I. INTRODUCTION
II. ETAT ACTUEL DU DEBAT SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE
A. NOUVELLES PREUVES SCIENTIFIQUES
B. REMPLACER KYOTO
III. IMPLICATIONS POUR LA REGION ARCTIQUE
IV. AUTRES LIENS ENTRE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET SECURITE
V. CONCLUSIONS
I. INTRODUCTION
1. En 2007, les plus grands scientifiques mondiaux ont démontré que le réchauffement de la planète est une réalité et qu'il résulte (avec un taux de certitude de 90%) de l'activité humaine. La même année, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) de l’ONU a reçu le prix Nobel de la paix pour son quatrième rapport d'évaluation (4AR), qui prédit un réchauffement généralisé de 1,8 à 4°C au cours du XXIe siècle, avec une montée du niveau des océans de 18 à 59 cm. L'océan Arctique sera presque totalement débarrassé de sa glace pendant l'été. Les typhons et ouragans seront de plus en plus violents et les canicules plus fréquentes. D'ici 2050, la disponibilité en eau devrait diminuer de 10 à 30% dans certaines régions arides. Dans certains pays, le rendement de l'agriculture pluviale pourrait diminuer de moitié d'ici à 2020. Le réchauffement de la planète va sensiblement aggraver la malnutrition en Afrique. Vingt à 30% des espèces végétales et animales sont menacées d'extinction. Le GIEC préconise une action internationale concertée pour empêcher que le climat de la planète augmente de plus de 2°C par rapport à la période préindustrielle.
2. L'argument des sceptiques, pour lesquels le changement climatique est un phénomène naturel et non anthropique, ne peut plus être pris au sérieux, surtout depuis que les dernières observations en date ont montré que l'activité solaire est actuellement à son niveau le plus bas depuis les années 1960.1 Le réchauffement de la planète ne peut s'expliquer que par le fait que, comme le montre l'examen des couches de glace de l'Antarctique, la concentration de CO2 dans l'atmosphère n'a jamais été aussi élevée en 650 000 ans (période pour laquelle nous disposons d'informations).
3. Outre le 4AR, un autre document majeur, qui a largement contribué à sensibiliser l'opinion publique au phénomène du changement climatique, est le rapport Stern rédigé à la demande du gouvernement britannique. Ce rapport analyse l'incidence économique du réchauffement de la planète et conclut que, sous l'effet du changement climatique, l'économie mondiale pourrait perdre chaque année 5% au moins (voire jusqu'à 20% au pire des cas) de son PIB. En revanche, un effort d'atténuation généralisé, comme par exemple une décarburation partielle des secteurs de l'énergie et du transport, l'investissement dans les énergies renouvelables et l'arrêt de la déforestation, ne coûterait que 1% du PIB mondial par an.
4. La prise de conscience massive de la crise mondiale de l’environnement, coïncidant avec l'élection d'un nouveau président aux Etats-Unis, permet de s'attendre à ce que la communauté internationale instaure un nouveau cadre mondial, plus rigoureux, pour remplacer le Protocole de Kyoto qui arrivera à expiration en 2012. Les grandes lignes de ce nouveau cadre devraient être présentées lors du prochain sommet de l'ONU sur le changement climatique, qui se tiendra en décembre 2009 à Copenhague.
5. Nul n'a oublié qu'en 2005, le Premier ministre britannique de l'époque avait dit du changement climatique qu'il serait, "à long terme probablement, le problème le plus sérieux auquel est confrontée la communauté internationale…". Et d'ajouter : "il n'y aura pas de véritable sécurité sur une planète ravagée par le changement climatique".2 A ce titre, le changement climatique ne peut qu'avoir de profondes implications pour la sécurité nationale. La première allusion à l'existence d'un lien entre le changement climatique et la sécurité viendrait de la déposition de l'océanographe américain Roger Ravelle devant le Congrès en 1956, lorsqu'il déclara que, si l'océan Arctique devenait navigable, "la Russie deviendra une grande nation maritime."3 Dans les années 1990, la Commission des forces armées du Sénat américain avait déclaré que le réchauffement de la planète représentait "une menace croissante pour la sécurité nationale". Le rapport du Pentagone de 2003, qui a fait date, étudiait le scénario d'un changement "brusque" (sur 10 à 15 ans) du climat et concluait que le changement climatique pourrait même déboucher sur un conflit nucléaire.4 L'OTAN envisage de plus en plus le changement climatique comme un problème de sécurité, qui devrait retenir l'attention du nouveau Concept stratégique. Au cours d'une conférence organisée conjointement par l'OTAN et la Lloyd's de Londres le 1er octobre 2009, le Secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a annoncé que le changement climatique peut avoir « des conséquences potentiellement graves sur la sécurité » et que « l'OTAN devrait lancer un débat sur la meilleure façon dont nous - l'OTAN en tant qu'organisation et chaque Allié pris séparément – pourrions aborder les volets sécuritaires du changement climatique.» Le présent rapport s'efforce d'analyser les liens existant entre le changement climatique et le domaine de la sécurité. Une attention particulière sera portée aux implications pour la sécurité de la région arctique, une question qui est actuellement parmi les plus débattues sur la scène internationale. Mais tout d'abord, le rapporteur souhaite remettre brièvement en perspective le débat actuel sur le changement climatique.
II. ETAT ACTUEL DU DEBAT SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE
A. NOUVELLES PREUVES SCIENTIFIQUES
6. Les prédictions du 4AR restent d'actualité, alors même qu'elles étaient peut-être trop timides. Des constatations scientifiques ultérieures ont révélé l'ampleur du problème. Les chercheurs du GIEC continuent de publier des études qui corrigent sensiblement les conclusions du 4AR. A titre d'exemple, l'équipe internationale dirigée par le scientifique américain Joel B. Smith a démontré que les phénomènes météorologiques extrêmes – comme les sécheresses, les ouragans, les inondations et les vagues de chaleur – peuvent être déclenchés par des hausses minimes des températures moyennes. D'autre part, cette étude établit l'existence incontestable d'un lien entre la hausse des concentrations de gaz à effet de serre et la canicule de 2003, qui a fait des dizaines de milliers de victimes en Europe.5
7. Plusieurs auteurs du 4AR ont récemment admis que les conclusions de 2007 étaient trop mesurées. Actuellement, de l'avis général, une hausse des températures moyennes de 2°C avant la fin du siècle est considérée comme une estimation irréaliste. En théorie, l'objectif de ne pas dépasser cette hausse est réalisable, mais la volonté politique fait incontestablement défaut. Il faut savoir que cette hausse de 2°C aurait déjà des conséquences désastreuses, en particulier pour certains Etats insulaires. Un groupe de 43 pays milite activement pour l'abaissement de cet objectif à 1,5°C.6 Actuellement, la température mondiale moyenne dépasse de 0,7°C celle de la période préindustrielle et de 0,3°C celle de la période 1961-1990.
8. D'après les dernières observations, les calottes glaciaires polaires fondent à un rythme accéléré. En plus de l'élévation des températures, les calottes glaciaires souffrent aussi des infiltrations d'eau de mer dans les fissures, un phénomène que le 4AR n'a pas pris en compte. En conséquence, il est plausible que le niveau des océans monte de 50 cm à un mètre dans le courant du siècle (plutôt que de 18 à 59 cm, comme le prévoyait le 4AR).7
9. Une des erreurs d'appréciation les plus flagrantes du 4AR semble être l’importance excessive accordée à la solidité des glaces de l'Antarctique et du Groenland. Au moment la rédaction de ce présent rapport, un bloc de glace de la taille de l'Etat du Connecticut se détachait de la plate-forme de glace de Wilkins. En 2008, une masse de glace comparable s'est détachée et est tombée à la mer dans la même région. Ces incidents n'entraîneront pas d'élévation du niveau de l'océan puisque ces plaques flottaient déjà sur l'eau, mais ils montrent que la calotte glaciaire antarctique est plus fragile qu'on ne le pensait.8 La dislocation de la couche de glace continentale de l'Antarctique aggraverait fortement le problème de la hausse du niveau des océans.
10. Les climatologues du monde entier sont de plus en plus préoccupés par les conséquences que pourrait avoir le dégel du permafrost dans les régions septentrionales, en particulier en Sibérie. Le permafrost renferme des quantités énormes de méthane et autres gaz à effet de serre qui, si elles étaient libérées, pourraient avoir des conséquences catastrophiques. Le méthane est un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO2. Les scientifiques estiment que 100 milliards de tonnes de ces gaz pourraient être libérés avant la fin du siècle par un réchauffement des températures. Cela équivaudrait à 270 ans de rejets de gaz à effet de serre dans l'atmosphère au rythme actuel. La majorité des ressources en méthane se trouve en Sibérie, où le réchauffement général, de 2 à 3°C, est plus rapide que partout ailleurs. Le risque posé par le dégel du permafrost est particulièrement inquiétant parce qu'il pourrait entraîner un "emballement de l'effet de serre", à savoir que plus les quantités de méthane rejetées dans l'atmosphère seront importantes plus elles contribueront à la hausse des températures mondiales moyennes qui, à son tour, réchauffera les couches profondes du permafrost, avec pour effet de libérer encore plus de méthane. Ainsi, le processus pourrait s'entretenir de lui-même et ruiner les efforts visant à atténuer le changement climatique.9
11. Un autre danger que les scientifiques soulignent de plus en plus est celui du changement des régimes de circulation des courants océaniques (étudié en détail dans le rapport de l'Assemblée de 2005 "Les changements climatiques dans l'Arctique : Défis pour la communauté de l'Atlantique Nord" [180 STC 05 F]) qui, une fois encore, a été largement négligé par le 4AR. Tandis que certains sont convaincus que le tapis roulant océanique à l'échelle du globe – dont le Gulf Stream est un élément – pourrait s'arrêter complètement, il est évident que le mouvement ralentit en raison d'un apport croissant d'eau douce provenant de la fonte des calottes polaires et des glaciers. Des scientifiques ont établi une corrélation entre les changements de circulation des courants océaniques et les régimes des précipitations dans certaines régions. Les climatologues en particulier ont beaucoup de raisons de croire qu'un ralentissement du tapis roulant entraînerait une perturbation, voire un bouleversement total du régime de la mousson en Asie du Sud. Si cela devait se produire, il en résulterait de fortes sécheresses qui provoqueraient une effroyable catastrophe humanitaire dans une région où vivent deux milliards d'habitants.10
B. REMPLACER KYOTO
12. Comme nous l'avons vu, la communauté internationale a entamé une autre phase de discussions sur un nouveau pacte sur le climat destiné à lutter contre le changement climatique. Ces négociations devraient dégager – d'ici la conférence des Nations unies de Copenhague, en décembre 2009 – un nouveau cadre universel pour remplacer le Protocole de Kyoto en 2012.
13. Le dernier cycle de négociations en date, à Bonn (Allemagne), fin mars et début avril 2009, a été plus encourageant que les précédents en raison, pour une grande part, du changement d'attitude de la délégation américaine et de la démarche plus constructive de certains pays en développement. Toutefois, pays industrialisés et pays en développement n'ont pas pu trouver un terrain d'entente sur certaines grandes questions, comme les taux de réduction des émissions. Plusieurs dizaines de pays en développement veulent absolument pour 2020 un objectif de réduction de 45% par rapport aux niveaux de 1990. L'Union européenne propose actuellement une réduction de 20%, tout en laissant entendre qu'elle pourrait aller jusqu'à 30% si d'autres grands pays d'émission l'accompagnent. Or, la nouvelle administration américaine parle jusqu'à présent de ramener les émissions à leur niveau d'avant 1990.11 D'autres grandes questions restent sans réponse : 1) le nouveau texte devrait-il prévoir des mécanismes d'échange de permis d'émission ? 2) les pays en développement devraient-ils aussi avoir des plafonds d'émission ? 3) dans quelle mesure les pays industrialisés devraient-ils aider les pays en développement par la nouvelle technologie ? 4) comment durcir les politiques d'adaptation dans des régions déjà affectées par le changement climatique ?
14. Pendant les pourparlers de Bonn, en juin 2009, aucun accord ne s'est dégagé sur la question d'un financement destiné à aider les pays en développement à atténuer le réchauffement climatique et à s'y adapter. On y a toutefois accepté les principes régissant les termes des contributions financières, qui soulignent que les notions de capacité à payer et de responsabilité des émissions devraient constituer la base de ce financement. Toutes les décisions concernant d'autres aspects du financement ont été reportées à l'automne12. Les discussions informelles qui se sont tenues dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) du 10 au 14 août 2009 n'auraient, semble-t-il, permis que des progrès partiels13.
15. En marge d'une réunion du G8 qui s'est tenue en Italie le 9 juillet 2009 - le Forum des grandes économies, qui rassemble les 17 pays responsables de 75% de l'ensemble des émissions, s'est engagé en faveur d'un objectif mondial de réduction des émissions de 80% d'ici 205014. Quoi qu'il en soit, le flou est de mise pour ce qui est de l'année de référence pour le calcul des réductions d'émissions. La déclaration publiée à l'issue de la réunion dit seulement que les réductions devraient être "comparées à 1990 ou à des années plus récentes", de sorte que de nombreux observateurs ont qualifié les résultats du G8 de trop "vagues" et insuffisants pour enrayer le réchauffement de la planète en l'absence d'un objectif de mi-parcours décisif15.
16. Le succès des négociations et, par voie de conséquence, des efforts d'atténuation dépend dans une large mesure de l'attitude des Etats-Unis, deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de serre (derrière la Chine). L'approche de la question du changement climatique du président Obama est fort différente de celle de son prédécesseur. Il a déclaré dans le passé que les Etats-Unis avaient eu tort de ne pas ratifier le Protocole de Kyoto.16 Il a promis que les Etats-Unis joueront un rôle moteur et proposeront des solutions multinationales concrètes pour s'attaquer au problème. En juin 2009, le Congrès des Etats-Unis a voté une réduction des émissions de 17% par rapport aux niveaux de 2005 pour 2020 et de 83% pour 2050. Par ailleurs, le Climate Change Bill a instauré un système national de plafonnement et d'échange et impose aux producteurs d'électricité de recourir à l'énergie solaire et éolienne à hauteur de 15% de leur production.17
17. Si ces déclarations et ces mesures sont encourageantes, reste à voir si elles se concrétiseront effectivement au niveau international. Le négociateur américain sur le changement climatique, Jonathan Pershing, a été critiqué pour son manque d'ambition dans les négociations de Bonn. Les négociateurs américains affirment que les Etats-Unis n'accepteront que des réductions "politiquement et économiquement réalisables".18 L'acceptation par les Etats-Unis d'obligations internationales d'une certaine importance dépendra dans une large mesure de l'acceptation par la Chine d'au moins certaines obligations. Par conséquent, le succès des pourparlers bilatéraux entre Washington et Pékin sera aussi un facteur important à prendre en considération en vue de la conférence de Copenhague.
18. La Chine19 et l'Inde20 ont adopté leurs premiers plans nationaux de lutte contre le changement climatique en 2008, en donnant la priorité aux sources d'énergie renouvelables. Classés parmi les plus gros producteurs mondiaux de gaz à effet de serre, ces deux pays ont refusé tout objectif contraignant en matière d'émissions, arguant que les principaux responsables du problème sont les pays développés riches21. Le 28 juillet 2009, au terme de deux jours de discussions de haut niveau, les représentants de la Chine et des Etats-Unis ont signé un mémorandum d'accord sur les modalités de réduction des émissions en prévision de la conférence des Nations unies qui se tiendra à Copenhague en décembre22. Bien que ce document n'arrête pas d'objectifs fermes, il réitère l'engagement en faveur de l'accord de coopération de dix ans signé par l'administration Bush en 2008 et inaugure un nouveau dialogue sur le changement climatique assorti de réunions régulières. Dix domaines de coopération sont cités, parmi lesquels le rendement énergétique, les énergies renouvelables, l'utilisation plus propre du charbon, les technologies de réseau intelligent, les voitures électriques et la recherche et développement23.
19. Le Brésil24, en revanche, met l'accent sur le ralentissement de la déforestation. Son plan promet de faire de ce pays un acteur plus influent dans les discussions sur le changement du climat de la planète, en contribuant à faire pression sur les Etats-Unis et l'Union européenne pour qu'ils acceptent des réductions des émissions de nature à contrecarrer les effets nocifs du changement climatique, ce qui pourrait, par voie de conséquence, encourager les pays riches à faire davantage pour inciter financièrement le Brésil à préserver ses forêts pour le bien de l'humanité.
20. Certains observateurs25 pensent que le véritable changement pourrait venir d'une attitude récalcitrante de la Russie dans les négociations. La Russie est le troisième plus grand pollueur mondial, derrière la Chine et les Etats-Unis. Elle n'a signé le Protocole de Kyoto en 2004 qu'après de laborieuses discussions sur l'opportunité, pour elle, d'accepter un objectif de réduction des émissions. Nombreux sont ceux, à Moscou, qui pensent que le coût de mesures, fussent-elles limitées, serait supérieur aux avantages qui pourraient en découler. A moins d'une évolution sensible de la ligne officielle, on peut s'attendre à ce que les négociateurs russes réclament un plan de compensation à Copenhague.
21. Le rapport 2007 de la Commission des sciences et des technologies ("Changements climatiques : l’après-Kyoto" [177 STC 07 F bis]) et la résolution de l'Assemblée qui l'a suivi (Résolution 367 sur "Renforcer la réaction mondiale face au changement climatique") recommandaient la prise en compte, dans le nouveau cadre, des éléments et principes suivants :
1) la participation de tous les Etats (celle des Etats-Unis et de l'Australie est essentielle) ;
2) les réductions des émissions doivent être consenties par tous, pas uniquement les pays industrialisés ;
3) des réductions plus importantes des émissions pour la prochaine phase ;
4) les pays industrialisés doivent réduire davantage leurs émissions sur leur sol plutôt que de s'en remettre excessivement à l'achat de crédits d'émission par le jeu des "mécanismes flexibles" ;
5) de nouvelles initiatives s'imposent pour venir en aide aux communautés déjà menacées ;
6) favoriser un effort d'investissement dans les technologies "vertes", en particulier les énergies renouvelables et le piégeage et le stockage du carbone ;
7) le lancement de nouvelles initiatives en matière de rendement énergétique.
Le rapporteur est convaincu que ces recommandations ont conservé toute leur actualité.
22. Les chiffres publiés le 11 août 2009 par la CCNUCC26 montrent que les engagements en matière de réduction des émissions pris à ce jour par les pays industrialisés équivalent à une réduction de 15 à 21% par rapport aux niveaux de 1990. C'est fort loin des 25 à 40% que le GIEC juge nécessaires pour bloquer le réchauffement global sous le seuil critique de 2°C.
23. Les observateurs tempèrent maintenant les espoirs qu'ils avaient mis dans Copenhague27, la perspective d'un accord global s'estompant pour céder la place à un cadre de base auquel on pourrait ensuite donner de la consistance dans le courant de 2010.
24. Les chapitres qui suivent étudient les défis plus spécifiques que pose le changement climatique, en particulier ceux qui pourraient avoir des implications dans le domaine de la défense et de la sécurité.
III. IMPLICATIONS POUR LA REGION ARCTIQUE
25. Avec la fonte de la glace polaire, le dépeçage du plateau continental situé sous l'Arctique pourrait constituer le dernier grand conflit territorial de notre planète. Certains ont déjà parlé à ce propos d'une "course à l'Arctique", précisant qu'elle est déjà lancée depuis longtemps. Une nouvelle voie maritime internationale pourrait s'ouvrir, à savoir le passage entre l'Asie du Nord-Est et l'Europe du Nord, qui serait beaucoup plus court que le transit par les canaux de Panama ou de Suez. On s'attend aussi à ce que le changement climatique déclenche une série de revendications sur des territoires sous-marins, le but étant de s'approprier d'importantes réserves de pétrole, de gaz et d'autres minéraux. Selon l'US Geological Survey, l'Arctique renferme jusqu'à 30% des réserves mondiales de gaz non découvertes et 13% pour le pétrole, la plus grande partie se trouvant en mer, à moins de 500 mètres de profondeur.28
26. L'océan Arctique et le pôle Nord n'appartiennent à personne mais, en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) signée en 1982 et en vigueur depuis 1994, chaque pays côtier dispose de droits d'exploitation dans une "zone économique exclusive". Le traité reconnaît la souveraineté d'un pays sur sa plate-forme continentale jusqu'à 200 miles nautiques du rivage et au-delà si le pays peut apporter des preuves étayant ses prétentions. Les pays de l'Arctique ont un délai de dix ans à dater de la ratification pour prouver le bien-fondé de leurs revendications. En outre, le traité définit les droits d'utilisation de la mer, fixe des règles en matière de navigation, de pêche et de développement économique et arrête aussi des normes environnementales.29 Les Etats-Unis, qui sont pourtant un pays arctique de par les côtes de l'Alaska, est le seul de cette catégorie à ne pas être partie à la CNUDM. Mais, comme l'a montré la signature de la Déclaration d'Ilulissat, adoptée pendant la Conférence sur l'océan Arctique qui s'est tenue du 27 au 29 mai 2008 au Groenland, les Etats-Unis affirment leurs droits souverains, leur juridiction et leurs obligations sur une portion de la région arctique. Dans cette déclaration, les représentants des cinq nations arctiques – Canada, Danemark, Etats-Unis, Norvège et Russie – rappellent que "un cadre juridique international important s'applique à l'océan Arctique (…) Le droit de la mer, notamment, énonce des droits et obligations importants concernant la délimitation des limites extérieures du plateau continental", et par conséquent, il n'est "pas besoin d'élaborer un nouveau régime juridique international exhaustif pour régir l'océan Arctique".
27. Les Etats-Unis, le Canada et la Russie sont parmi les pays qui revendiquent une souveraineté sur le territoire arctique aux côtés des pays nordiques. Les observateurs pensent que la Chine va aussi se mettre sur les rangs et réclamer sa part des réserves énergétiques.30 L'exprésident russe Vladimir Poutine a qualifié cette question de la souveraineté de "bataille sérieuse, compétitive" qui "va devenir de plus en plus féroce."31 Effectivement, l'été dernier, la Russie a envoyé un sous-marin de poche planter son drapeau sur le fond océanique, sous le pôle Nord, pour démontrer sa capacité technologique. La Russie revendique aussi une part plus importante de l'Arctique, parce qu'elle prétend que la dorsale sous-marine Lomonosov dans l'Arctique, longue de 1240 miles, est reliée à la Sibérie orientale.32 La Commission des limites du plateau continental33 a rejeté la demande de la Russie pour insuffisance de preuves, mais elle est persuadée que cette dernière sera en mesure de déposer, dans les délais, une requête en bonne et due forme pour la plate-forme continentale arctique. Entre-temps, la Russie accroît ses activités militaires dans la région34 et, en septembre 2008, son Conseil de sécurité nationale s'est réuni dans une base d'un de ses territoires les plus septentrionaux. Des rumeurs disent que le président Dmitri Medvedev a demandé un texte de loi démarquant de manière unilatérale les frontières de la Russie dans l'Arctique.35 Récemment, le Conseil de sécurité russe a préparé un projet de document arrêtant sa stratégie en matière de sécurité nationale jusqu'en 2020. Cette nouvelle stratégie accorde une large place aux ressources énergétiques de l'Arctique et le document en question souligne que la Russie a l'intention de protéger ses intérêts nationaux par "une politique étrangère pragmatique" qui n'exclut pas le recours à la force dans la lutte internationale pour les ressources en hydrocarbures. La Russie ne nie pas que cette stratégie puisse compromettre l'équilibre des forces dans des zones proches de sa frontière.36 A l'inverse, par la Déclaration d'Ilulissat, elle s'engage, aux côtés de quatre autres Etats riverains de l'océan Arctique à "respecter ce cadre juridique [CNUDM] et à régler pacifiquement tout différend territorial éventuel".
28. Les Etats-Unis et le Canada sont en désaccord sur la question de la souveraineté sur le passage du Nord-Ouest, qui fait communiquer les océans Atlantique et Pacifique. Le Canada affirme que ce chenal est en territoire canadien, tandis que les Etats-Unis le considèrent au contraire comme une voie d'eau internationale. Le 12 janvier 2009, la Maison-Blanche a officiellement rendu public le texte d'une nouvelle directive sur l'Arctique, quelques jours à peine avant la prestation de serment de Barack Obama. La nouvelle politique arctique réitère le statut de voie d'eau internationale du passage du Nord-Ouest et souligne le litige frontalier dans la zone riche en ressources naturelles de la mer de Beaufort.37 Le document prône aussi une participation des Etats-Unis à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer et une poursuite de la coopération entre les pays du Conseil de l'Arctique (à savoir le Canada, le Danemark, les EtatsUnis, la Finlande, l'Islande, la Norvège, la Russie et la Suède).
29. Le Canada a entamé l'exercice militaire le plus important jamais réalisé dans la région arctique et a récemment annoncé la création de son premier port en eau profonde et d'une base militaire dans la région arctique. Avec le changement climatique, l'envolée des cours du pétrole et la dégradation de l’environnement, la question de la souveraineté sur l'Arctique est devenue le sujet de préoccupation majeur du Canada dans les domaines de l'économie, de la défense et de la diplomatie. Chaque jour, des articles sont publiés sur la question, qui est même devenue un sujet de polémique aux dernières élections.38 En guise de réponse à la nouvelle politique américaine, le Premier ministre canadien, Stephen Harper, a souligné que son "gouvernement affirmera sa souveraineté sur tous ses territoires terrestres et maritimes", en ajoutant qu'une coopération est absolument impérative pour faire en sorte que l'Arctique soit pacifique et ne devienne pas une voie de passage pour la contrebande et autres types de risques pour la sécurité.39
30. La souveraineté sur l'Arctique a aussi été largement commentée par les médias aux EtatsUnis, en particulier pour ce qui a trait à la ratification de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Ses opposants font remarquer que la ratification de cette dernière empiéterait sur la souveraineté militaire et économique des Etats-Unis, tandis que ses partisans soulignent que les Etats-Unis devraient tirer le meilleur parti des règles internationales existantes. Comme l'écrit le New York Times, "la Convention, actuellement à l'examen devant le Sénat, codifierait et optimiserait la reconnaissance internationale des droits des Etats-Unis sur une des plates-formes continentales les plus grandes et les plus riches en ressources au monde."40 La nouvelle administration Obama devrait être favorable au traité, ce qui aurait pour résultat d'accélérer la course au développement de l'Arctique.41
31. On peut lire dans le dernier rapport du GIEC42 que la calotte glaciaire se réchauffe plus vite que le reste de la planète et que la glace disparaît progressivement. C'est un scénario catastrophe pour l'écosystème arctique, pour les ours polaires et la vie animale en général, mais aussi pour les populations autochtones comme les Inuits et les Samis dont les cultures ancestrales reposent sur la présence de la glace. Depuis le début des années 1990, la sécurité de l’environnement est devenue le sujet de préoccupation majeur de la coopération internationale dans le Nord circumpolaire. Le besoin de comprendre les causes de la dégradation naturelle et la volonté de développer la compréhension scientifique sont à l'origine de la création du Conseil de l'Arctique en 1996, dont le mandat porte essentiellement sur la sécurité environnementale. Des résultats positifs ont été obtenus dans la lutte contre les substances polluantes internationales, mais beaucoup moins a été fait pour le changement climatique, la contamination par le mercure et la pollution pétrolière et gazière.43
32. L'Union européenne porte aussi une attention accrue à la question de l'Arctique en raison de l'ampleur politique que cette dernière va prendre. En mars 2008, l’UE a publié une étude qui souligne les menaces pour l'Europe résultant du dégel de l'Arctique. Tout en réclamant des mesures de sauvegarde environnementale pour la région, la Commission souligne que "l'exploitation des ressources en hydrocarbures de l'Arctique et l'ouverture de nouvelles voies de navigation peuvent être bénéfiques". La Communication sur "L'Union européenne et la région arctique" publiée en novembre 2008 décrit le rôle de l'Union européenne et expose ses centres d'intérêt. Elle arrête des objectifs de politique et recommande une série de mesures dans les domaines de la recherche, de l’environnement, des populations autochtones, de la pêche, des hydrocarbures, de la navigation, du cadre politico-légal de l'Arctique et de la coopération avec les organisations régionales. Trois objectifs principaux sont au programme de l'UE : la protection et la préservation de l'Arctique en accord avec sa population, la promotion de l'exploitation durable des ressources et la gouvernance multilatérale de l'Arctique.44
33. Enfin, en tant que région d'importance majeure, tant du point de vue stratégique que de celui de la sécurité, le Grand Nord reste un sujet d'attention permanent pour l'OTAN. Dans l'allocution inaugurale qu'il a prononcée à Reykjavik le 29 janvier 2009, le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a évoqué les nouveaux défis dans la région arctique et les rapports entre les différents intérêts en présence d'un point de vue politique, militaire et économique. Il s'est en outre penché sur le rôle futur de l'Alliance et sur ses liens avec d'autres acteurs internationaux de premier plan.45 Quatre grandes questions vont devoir retenir l'attention de l'Alliance dans les années à venir :
34. Premièrement, l'augmentation des activités de navigation dans la région arctique, qui va entraîner un accroissement de l'activité humaine et des menaces potentielles, comme, par exemple, des catastrophes écologiques. L'OTAN a clairement un rôle à jouer, parce qu'elle dispose de l'expérience nécessaire pour coordonner les interventions et les opérations de secours.
35. Deuxièmement, la possibilité accrue d'une exploitation des richesses minérales et des réserves énergétiques du Grand Nord. L'OTAN pourrait être concernée dans de nombreux domaines, tels que le recoupement de l'information et du renseignement, la projection de la stabilité, la coopération régionale, l'appui à la gestion des conséquences et la protection des infrastructures critiques.
36. Troisièmement, la question des prétentions territoriales. L'OTAN pourrait offrir un forum dans lequel quatre pays riverains de l'Arctique pourraient échanger des informations, discuter et comparer leurs préoccupations.
37. Quatrièmement, la question de l'augmentation des activités militaires régionales, qui pose la question très délicate du rôle que l'Alliance pourrait jouer à l'avenir dans la région du Grand Nord.
38. Dans son allocution, Jaap de Hoop Scheffer a souligné que le rôle qui conviendrait le mieux à l'OTAN dans la région "s'inscrit dans une approche générale, associant d'autres acteurs tels que le Conseil de l'Arctique et l'Union européenne", et il a ajouté que "l'OTAN doit continuer à suivre l'évolution de la situation, à mettre ses connaissances à niveau et à chercher des opportunités d'action courante". Toutefois, il est essentiel que l'OTAN "ne se laisse pas entraîner sur la voie de la régionalisation, parce que cette voie conduit à la fragmentation, ce que nous devons éviter à tout prix". Il existe une base solide de coopération entre les pays arctiques, mais "la nécessité de garantir la transparence, de bâtir la confiance et de favoriser la coopération" 46 avec la Russie est également affirmée en tant qu'objectif futur nécessaire.
39. L'exercice militaire Loyal Arrow, qui a eu lieu dans le nord de la Suède en juin 2009 avec la participation d'éléments de la Force d'intervention de l'OTAN, témoigne de l'intérêt croissant de l'Alliance pour la région septentrionale. La Norvège, membre de l'OTAN, a décidé de déplacer le haut commandement opérationnel de ses forces armées de Stavanger, dans le sud, à Reitan, au-delà du cercle polaire, une décision "correspondant à l'intérêt croissant du gouvernement pour les régions septentrionales".47
40. Les revendications territoriales, les différends relatifs à l'énergie et aux ressources, les nouvelles voies de navigation transarctiques pour le commerce international, les incidences sociales et environnementales d'une activité militaire accrue, les droits et besoins des populations autochtones, la protection de l’environnement (bouleversements climatiques, extinction de la flore et de la faune) : toutes ces questions extrêmement sensibles ne manqueront pas de mettre l'Arctique en tête de l'agenda des relations internationales pendant les prochains mois.
IV. AUTRES LIENS ENTRE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET SECURITE
Carte 1 : Conflits générés par le changement climatique
Source: WBGU 2007: World in Transition – Climate Change as a Security Risk.
41. Certains experts entrevoient trois types de scénarios de conflit actuel et futur déclenché par le changement climatique. Premièrement, des guerres pour le contrôle de ressources causées par une pénurie de matières premières industrielles vitales telles que le pétrole ou des minerais ; deuxièmement, des guerres pour le contrôle de ressources causées par le réchauffement de la planète, comme des guerres de l'eau lorsque les précipitations diminuent dans des zones de cultures vivrières ; et enfin, ce qui pourrait être la conséquence de guerres pour le contrôle de ressources, des guerres de migration dans lesquelles des populations, forcées de quitter des régions inhabitables, propagent l'instabilité à des régions limitrophes.48
42. Changement climatique, planification militaire et politiques d'approvisionnement. De plus en plus de spécialistes des questions militaires et du renseignement49 sont persuadés que le changement du climat va poser des défis stratégiques de haute importance dans les années à venir, avec la perspective d'interventions militaires pour faire face aux conséquences de tempêtes, de sécheresses, de mouvements migratoires et de pandémies. En outre, les crises provoquées par le climat pourraient affaiblir les gouvernements, nourrir le terrorisme et déstabiliser des régions entières.
43. Une des études majeures sur les rapports entre le changement climatique et la sécurité nationale ayant suscité beaucoup d'attention est le rapport intitulé National Security and the Threat of Climate Change qu'a publié en 2007 un groupe de 11 généraux et amiraux à trois et quatre étoiles américains à la retraite, et qui insiste sur le fait que le changement climatique devrait être traité comme une menace pour la sécurité nationale et ses conséquences prises en compte dans la planification militaire.
44. Ce rapport aboutit aux conclusions suivantes :
* Le changement climatique attendu présente des menaces graves pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Il pourrait perturber les échanges économiques, même dans des pays développés comme les Etats-Unis, exacerber les conflits en cours, faire augmenter l'immigration et, de ce fait, susciter de nouvelles menaces et ouvrir de nouvelles possibilités au terrorisme.
* Le changement climatique fait s'accroître de façon exponentielle les menaces résultant de l'instabilité politique, de l'extrémisme et de l'autoritarisme, des catastrophes naturelles et humanitaires dans certaines des régions les plus instables du monde.
* Le changement climatique attendu va accroître les tensions, même dans des régions stables du monde. Cela explique la nécessité d'un réexamen de la Stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis, tenant compte de la planification opérationnelle et de la préparation aux impacts environnementaux futurs.
* Le changement climatique, la sécurité nationale et la dépendance énergétique sont des défis de dimension mondiale liés entre eux. C'est pourquoi il faut promouvoir les sources d'énergie de remplacement, afin de réduire la dépendance du pétrole importé.
45. Le rapport formule plusieurs recommandations :
* Les conséquences du changement climatique pour la sécurité nationale devraient être pleinement prises en compte dans les stratégies de sécurité et de défense nationales.
* Les Etats-Unis devraient s'impliquer davantage, aux niveaux national et international, dans la lutte pour la stabilisation du changement climatique afin d'éviter d'ébranler la sécurité et la stabilité mondiales.
* Les Etats-Unis devraient s'efforcer de venir en aide aux pays – africains en particulier – dotés de gouvernements faibles et susceptibles d'être fortement déstabilisés par l'impact climatique.
* Le département de la Défense devrait adopter des technologies et processus innovants, afin d'améliorer la force de combat américaine par le rendement énergétique.
46. Les simulations de conflits et les études de renseignement effectuées aux Etats-Unis ont mis en évidence plusieurs régions vulnérables, dont l'Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud et méridionale qui, dans les 20 à 30 prochaines années, pourraient subir des pénuries alimentaires, des pénuries d'eau et de graves inondations susceptibles de "nécessiter un secours humanitaire ou une intervention militaire des Etats-Unis". L'Africa Command, le nouveau commandement unifié américain pour l'Afrique, sera confronté à d'énormes besoins opérationnels du fait de la vulnérabilité de la région aux phénomènes climatiques extrêmes50. Les responsables de la planification militaire américaine étudient aussi les moyens de protéger leurs grandes bases navales de Norfolk, en Virginie, et de San Diego contre la montée du niveau des océans et les grandes tempêtes résultant du changement climatique. Diego Garcia, l'atoll de l'océan Indien servant de plate-forme logistique pour les forces américaines et britanniques au Moyen-Orient, est également exposé et nécessite des plans de protection.51
47. La National Defense University52, un organisme financé par le département américain de la Défense et basé à Washington, inclut dorénavant le changement climatique dans son analyse stratégique en utilisant des modèles climatiques qui s'appuient sur des programmes et recherches météorologiques réalisés pour le compte de la Navy et de l'Air Force par la NASA et la National Oceanic and Atmospheric Administration. Le National Intelligence Council (NIC) a rendu publique en 2008 sa première évaluation des implications du réchauffement de la planète pour la sécurité nationale. Ses conclusions mettent en garde contre le fait que "les demandes d'intervention humanitaire pourraient mettre à rude épreuve les structures de transport et de soutien, ce qui obérerait l'état de capacité opérationnelle et affaiblirait la capacité stratégique pour les opérations de combat"53.
48. Dans l'état actuel des choses, la National Defense Strategy américaine de juin 2008 considère simplement le changement climatique comme une source d'incertitude dans le contexte stratégique.54 Bien que l'administration Obama n'ait pas encore publié de National Security Strategy, plusieurs signes indiquent qu'elle recommandera de prendre en compte ces dimensions sécuritaires. Le discours inaugural de Barack Obama et les priorités pour la défense et l’environnement citées sur le site Internet de la Maison-Blanche évoquent une crise mondiale du climat et des menaces pour la sécurité au XXIe siècle qui nécessitent de nouvelles capacités militaires, une approche gouvernementale concertée et des alliances de sécurité mutuelle.55 La Secrétaire d'Etat Hillary Clinton a qualifié le changement climatique d'"élément central d'un engagement plus large et plus vigoureux avec la Chine"56. La directrice de l'Agence pour la protection de l’environnement, Lisa Jackson, souscrit ouvertement à des initiatives visant à lutter contre le réchauffement de la planète57 et, dans sa première Evaluation annuelle de la menace, le directeur du Renseignement national, Dennis Blair, a repris l'ancienne expression "sécurité environnementale"58. De plus, le Pentagone va ajouter un chapitre sur le climat à la Quadrennial Defense Review (QDR), qu'il publiera en février 2010, tandis que le Département d'Etat se penchera sur la question dans sa nouvelle Quadrennial Diplomacy and Development Review59.
49. Le grand problème pour les gouvernements et les militaires est de prévoir les types de missions que les forces armées seront appelées à mener dans un monde transformé par des changements climatiques profonds et de tenir compte des conséquences de ces changements pour l'équipement militaire. Geoff Dabelko, du Woodrow Wilson Center, repense les fondements de la stratégie de sécurité nationale américaine. La QDR soulignait que, parmi les incidences du changement climatique sur les rôles et les missions des militaires, se dessinent plus spécialement en Afrique des perspectives d'opérations de Phase Zéro60, consistant à poursuivre des objectifs de développement liés à l’environnement et à recourir à des activités liées à l’environnement partout dans le monde en tant que mesures de renforcement de la confiance entre militaires. Lorsqu'ils définissent le contexte opérationnel, les nouveaux manuels de campagne de l'armée américaine prévoient que le changement climatique va exacerber la situation déjà difficile de beaucoup de pays en développement en déclenchant de gigantesques crises humanitaires.61 Le Joint Operating Environment 2008 du commandement des forces interarmées américaines évoque également les menaces graves liées au changement climatique et souligne la nécessité d'une force militaire américaine formée et équipée en conséquence.62
50. Les forces armées britanniques ont amorcé, elles aussi, une adaptation majeure de leurs activités de défense au changement de l’environnement dans la Climate Change Strategy63 publiée en décembre 2008. Il s'agit d'une des trois stratégies lancées par le ministère de la Défense afin d'associer les thèmes du développement durable et de la défense. Tout en se préoccupant modérément de réduire les émissions de carbone de l'armée, le rapport souligne la nécessité "d'adopter et de mettre en œuvre un processus efficace qui permette aux activités de défense de s'adapter en permanence à un climat changeant.64" Cette stratégie cite trois grands domaines devant s'adapter aux effets du changement climatique : la planification de la structure des forces, la formation aux nouveaux scénarios climatiques et la nécessité de la mise en place d'une planification intergouvernementale et internationale de la sécurité climatique avec les EtatsUnis, les principaux alliés de l'Union européenne, la Chine et l'Inde ; le développement d'équipements et de services aptes à relever les défis du climat dans lequel les forces de défense opéreront à l'avenir ; et la nécessité d'assurer un état de défense capable d'adaptation aux changements de régimes météorologiques et à la fréquence et l'intensité des phénomènes extrêmes65. Pour 2020, "tous les équipements mis en service devront être conçus pour fonctionner normalement dans tout l'éventail des environnements opérationnels futurs prévisibles".66
51. Enfin, la plupart des spécialistes67 émettent quatre grandes recommandations pour que les forces armées soient en mesure de relever le défi du changement climatique pour la sécurité :
* Les stratégies de sécurité et de défense nationale devraient pleinement prendre en compte les implications du changement climatique pour la sécurité.
* Les forces armées des pays occidentaux devraient s'engager dans des programmes de coopération militaire avec des forces armées étrangères dans le but de les aider à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et, surtout, de promouvoir la stabilité et la sécurité directement par le biais d'opérations militaires, et indirectement par une aide au développement liée au changement climatique.
* Les forces armées nationales devraient renforcer leurs capacités opérationnelles grâce à une puissance de combat plus économe en énergie et à un équipement spécial pour les conditions climatiques extrêmes.
* Les ministères de la Défense des pays occidentaux devraient évaluer l'incidence sur les installations militaires du monde entier de la montée du niveau des océans, des phénomènes météorologiques extrêmes et d'autres conséquences attendues du changement climatique sur les 30 à 40 prochaines années.
52. Progression de la pauvreté et de la malnutrition. L'histoire démontre l'existence d'un rapport direct entre les fluctuations des températures et la montée de la violence. Une étude publiée en 2007 par des chercheurs chinois, américains et britanniques aboutit à la conclusion que "les fluctuations à long terme de la fréquence des conflits et des changements démographiques suivent les cycles des changements de température."68 Elle souligne que la "pénurie de ressources alimentaires dans des zones peuplées accroît l'éventualité de conflits armés, famines et épidémies". L'existence d'un tel lien de cause à effet est extrêmement inquiétante, étant donnée l'ampleur exceptionnelle du changement climatique que nous vivons présentement.
53. On dénombre actuellement près de trois milliards de personnes vivant dans la pauvreté dans le monde. Il faut s'attendre à ce que, dans les 50 à 100 prochaines années, deux autres milliards au moins viennent grossir leurs rangs.69 Près d'un milliard de personnes souffrent de sous-alimentation et, si la température de la planète s'élève de plus de 2°C avant la fin du siècle, la productivité céréalière mondiale va diminuer, ce qui aura pour effet d'aggraver encore le problème. Le rapport du GIEC estime que, sous l'effet du changement climatique, les rendements agricoles pourraient parfois diminuer de 50% dans certains pays d'Afrique d'ici 2020. De l'avis général, la lutte pour la nourriture engendrée par le changement climatique serait à l'origine des conflits armés et des crises humanitaires qui frappent ou ont frappé le Darfour et le Rwanda. Le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a déclaré publiquement que le changement climatique est la cause fondamentale du conflit du Darfour. La baisse de 30% des précipitations au cours des 40 dernières années au Sahara et la progression du désert ont entraîné entre les fermiers noirs et les nomades arabes des tensions qui ont dégénéré en un conflit ethnique entre populations noires et arabes du Soudan.70
54. Migration. Une des conséquences sociales les plus évidentes du changement climatique est la montée de l'immigration attendue, au départ, de communautés frappées par la montée du niveau des océans, les sécheresses, les inondations et les famines. Si le niveau des océans s'élève d'un mètre – scénario relativement plausible –, une quarantaine de millions de migrants fuiraient le seul Bangladesh. Le spécialiste de l’environnement Norman Myers affirme qu'au milieu des années 90, il y avait dans le monde 25 millions de migrants pour raisons environnementales et que ce chiffre passera à 150 millions d'ici 2050,71 mais ces chiffres doivent être pris avec circonspection. La migration est un phénomène extrêmement complexe et, dans l'état actuel des choses, il est pratiquement impossible d'évaluer l'ampleur de la migration pour raisons environnementales. D'après le rapport 2007 du Groupe de travail II du GIEC, "des études des déplacements de population à l'intérieur du Bangladesh et vers l'Inde voisine ont fait apparaître des liens évidents avec le risque accru d'inondations résultant du changement climatique. Mais cette migration doit aussi être replacée dans le contexte de l'évolution des perspectives économiques dans ces deux pays et dans la mégapole de Dacca, des aspirations grandissantes des populations rurales pauvres du Bangladesh, des règles de dévolution des terres et d'un processus en cours d'aliénation des terres au Bangladesh. (...) On peut aussi soutenir que la montée des conflits ethniques peut être en rapport avec la compétition pour des ressources naturelles de plus en plus réduites en raison du changement climatique, mais un grand nombre d'autres causes intermédiaires ou contributives de conflits internes à des groupes ou entre plusieurs groupes doivent aussi être prises en compte. C'est par exemple le cas de grands conflits générés par l’environnement en Afrique, qui résultent davantage d'une relative abondance que d'une pénurie de ressources telles que le pétrole, les diamants, le cobalt ou l'or. "72
55. Bien que les données fiables manquent, la migration environnementale n'en constitue pas moins un phénomène important, parce qu'elle pourrait devenir la source majeure de menace pour la sécurité nationale liée au changement climatique. Des vagues inattendues de réfugiés climatiques pourraient substituer aux schémas de migration actuels d'autres schémas auxquels nos sociétés ne sont pas préparées, et engendrer des foyers d'agitation sociale, voire des soulèvements politiques et des conflits régionaux. D'après un rapport du Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS), la Chine pourrait être confrontée à la nécessité de déplacer les populations de ses zones côtières en raison de la montée du niveau de la mer, accroissant ainsi la pression sur les territoires peu peuplés de l'Est de la Russie et créant une source de tensions entre les deux pays.73
56. Un aspect intéressant de la migration qui pourrait avoir un effet indirect en termes de sécurité nationale est le fait que la plupart des migrants sont de jeunes hommes. En quittant leur pays, ils affaiblissent le réservoir de recrutement des forces armées et des groupes insurrectionnels. Leur départ a aussi pour effet de concentrer sur ceux qui restent la pression des obligations familiales, les détournant ainsi des tentations militaires.74
57. Pénuries d'eau. La plupart des historiens sont convaincus que les progrès de la gestion de l'eau et de l'irrigation ont constitué une pierre angulaire de la civilisation humaine en modelant les réseaux sociaux et les hiérarchies politiques. La redistribution des ressources hydriques qu'impose le réchauffement de la planète menace de détruire ces structures sociétales et les liens mis en place.
58. Les effets négatifs du changement climatique seront beaucoup plus sensibles dans les régions où l'eau est déjà une denrée rare. On estime que d'ici 2025, cinq milliards de personnes vivront dans des régions touchées par la pénurie hydrique et, pour cinq cents millions d'entre elles, cette pénurie sera la conséquence du réchauffement planétaire.75 Les tensions engendrées par la question de l'eau se durcissent dans certaines régions : au cours des sept dernières années, on a dénombré dix incidents violents en Asie du Sud, contre trois à peine dans les 53 années qui ont précédé.76
59. Un aspect lié aux ressources hydriques qui pose problème est que les efforts consentis pour accroître l'approvisionnement en eau dans un pays ne peuvent se faire qu'au détriment des voisins situés en aval. Ainsi, 17% des ressources hydriques du bassin de la mer d'Aral sont situés en Afghanistan. Le fait de s'approprier une part plus importante de ces ressources pour développer l'agriculture afghane, d'une importance cruciale pour la reconstruction du pays, ferait gravement empirer la situation en Ouzbékistan et au Turkménistan, ce qui pourrait avoir des conséquences négatives pour la stabilité de la région d'Asie centrale.77 La pollution de l'eau par des pays d'amont peut aussi empoisonner les relations entre voisins ; c'est par exemple le cas de la pollution du bassin fluvial du Kura-Araks, dans le sud du Caucase, qui contribue encore à la détérioration des relations déjà tendues entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie.78
60. Il faut savoir qu'il y a eu très peu de "guerres de l'eau" jusqu'à présent et beaucoup d'experts doutent que la pénurie hydrique puisse déboucher sur des conflits armés entre pays riverains. En réalité, c'est dans ce domaine que plusieurs projets de coopération multinationale prometteurs ont été lancés et pourraient encore être lancés. La coopération transfrontalière dans le domaine de la gestion de l'eau dans les Balkans, en Asie centrale et du Sud et entre Israël et la Jordanie pourrait avoir un effet extrêmement positif sur la stabilité politique et la sécurité de ces régions. A titre d'exemple, la coopération fructueuse entre l'Inde et le Pakistan dans le domaine de la gestion transfrontalière de l'eau est un des plus importants facteurs d'amélioration des relations et d'apaisement des tensions entre les deux pays.79
61. Maladies. Les changements de températures et de régimes des précipitations favorisent la propagation d'agents pathogènes dans des populations dépourvues d'immunité génétique ou d’immunité acquise. D'après les calculs de l'Organisation mondiale de la santé (l’OMS), 154 000 personnes meurent chaque année de maladies dont la propagation a été facilitée par le changement climatique. Si les choses ne changent pas, ce chiffre devrait doubler d'ici 2020.80 Les conclusions du GIEC indiquent que la hausse des températures et l'augmentation des précipitations dans des r, 3;gions précédemment exemptes de paludisme (comme l'Australie orientale ou la région de Nairobi, au Kenya) génèrent des conditions propices pour les vecteurs du paludisme que sont les moustiques anophèles. De même, les escargots qui transmettent la schistosomiase et les fleurs d'eau associées au choléra vont proliférer dans les régions où augmenteront les précipitations. En revanche, bien entendu, dans les régions où le changement climatique devrait entraîner une baisse des précipitations, ces maladies devraient reculer.81
62. Le lien entre la propagation des maladies et la sécurité nationale est un lien indirect. Des experts éminents, dont le lauréat du prix Nobel d’économie Robert Fogel, estiment que la santé publique est le moteur de l'économie : la maladie fait baisser la productivité, réduit l'épargne et l'investissement, et est particulièrement préjudiciable pour les pays en développement à forte intensité de maind’œuvre. On estime que, dans les pays où il est endémique, le paludisme ralentit de 1,3% la croissance du PIB.82 Dans ces conditions, la maladie contribue à la pauvreté générale et aux tensions sociales dans les régions et les pays qui sont touchés et pourrait provoquer des déferlements de violence. Toutefois, des études complémentaires s'imposent pour pouvoir évaluer objectivement le lien existant entre la propagation des maladies et la sécurité mondiale, certains faisant valoir que les épidémies "rapprochent les Etats plus souvent qu'elles ne les divisent".83 Il se pourrait que la coopération internationale et régionale dans le domaine de la lutte contre les maladies, de même que la présence d'organisations internationales, telles que la Croix-Rouge internationale et l’OMS, neutralisent les risques que la propagation de ces maladies présente pour la sécurité nationale.
63. Catastrophes naturelles. On estime que les catastrophes naturelles touchent chaque année 250 millions de personnes dans le monde. Selon une récente étude d'Oxfam International, ce chiffre passerait à 375 millions d'ici à 2015. Les catastrophes induites par le changement climatique, telles que les sécheresses et les inondations, sont beaucoup plus fréquentes et dévastatrices que les phénomènes n'ayant aucun rapport avec le changement climatique, comme les tremblements de terre.84
64. La hausse d'intensité et de fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes exige de développer des systèmes d'alerte précoce et des capacités de gestion des crises humanitaires. Les Etats-Unis eux-mêmes, malgré leurs ressources énormes, ont eu beaucoup de mal à gérer l'ouragan Katrina. La plupart des pays les plus vulnérables sont mal préparés à ce type de catastrophes. Bien qu'ils ne constituent pas intrinsèquement une menace pour la sécurité nationale, les phénomènes météorologiques extrêmes pourraient provoquer de nouvelles vagues de migration, engendrer l'instabilité politique intérieure et durcir la lutte pour la nourriture, l'eau et d'autres ressources vitales.
V. CONCLUSIONS
65. Bien que les scientifiques comprennent de mieux en mieux le phénomène du changement climatique, les variables sont tellement nombreuses que les projections actuelles pourraient changer du tout au tout. La plupart des prévisions partent du postulat que le climat va changer de manière progressive. Or, on ne peut exclure la possibilité d'un changement climatique brusque, une fois que seraient dépassés certains seuils naturels (ou "points de bascule"). A titre d'exemple, la libération soudaine du méthane emprisonné dans la toundra sibérienne ou l'arrêt du tapis roulant océanique pourraient avoir des conséquences difficilement imaginables en l'état actuel, et auxquelles il est pratiquement impossible de se préparer. Le changement climatique soudain est un cas classique de "probabilité faible/conséquences graves" et il n'existe pas de solution toute faite face à un tel dilemme.
66. En théorie, les sociétés comme les décideurs politiques sont conscients du défi que représente le changement climatique. D'après un sondage d'opinion réalisé en 2008 par Climate Confidence Monitor dans 12 pays industrialisés et en développement, 77% de la population souhaiteraient que les pouvoirs publics fassent davantage pour réduire les émissions de carbone. Même en Chine, le taux de soutien populaire à des réductions plus substantielles des émissions atteint 62%. Cependant, lorsqu'il est question de mesures plus concrètes et de sacrifices personnels, l'enthousiasme chute et seule la moitié des personnes interrogées se disent prêtes à changer de mode de vie pour réduire leur empreinte écologique.85
67. Convaincre le public et les décideurs politiques de s'attaquer sérieusement au problème du changement climatique est une mission extrêmement difficile, parce que le problème ne semble pas urgent : il peut se passer des années, voire des décennies avant que les changements en cours produisent des effets adverses. De plus, on pourrait même connaître des phases de plusieurs années de baisse des températures moyennes, qui inciteraient certains à conclure que "le réchauffement climatique est terminé". A longue échéance, la tendance au réchauffement est incontestable, mais ce fait passe généralement inaperçu.
68. En revanche, l'adoption de mesures radicales peut être découragée par une impression selon laquelle le changement climatique est un phénomène inévitable. Dans une certaine mesure, le réchauffement planétaire est déjà irréversible. Les océans absorbent quelque 90% de toute la chaleur excédentaire dégagée par les gaz à effet de serre et cette gigantesque masse d'eau va continuer à réchauffer l'atmosphère pendant des années.86 Même si toutes les émissions de carbone anthropique s'arrêtaient du jour au lendemain, il faudrait des décennies, voire des siècles pour que la nature et les océans absorbent tout l'excédent de CO2 déjà présent dans l'atmosphère. Même en l'an 3000, la concentration de CO2 serait encore supérieure d'un tiers à celle de l'ère préindustrielle.87 Grossir démesurément le défi du changement climatique et exagérer ses conséquences néfastes est en réalité contre-productif.
69. Quoi qu'il en soit, le rapporteur est convaincu que la communauté internationale en général et l'Organisation de l'Atlantique Nord en particulier doivent redoubler d'efforts pour atténuer les effets du changement climatique. Continuer comme avant n'est pas une solution et notre inaction aurait des conséquences désastreuses, y compris pour la sécurité nationale et mondiale. L'OTAN doit inscrire à son programme l'examen des implications du changement climatique pour la sécurité, un thème qui doit aussi figurer dans le nouveau Concept stratégique, de même que dans la planification militaire. Nos structures de défense nationale devraient contribuer à l'effort général d'atténuation en réduisant leur empreinte écologique (à titre d'exemple, le secteur américain de la défense est le premier consommateur d'énergie de ce pays). La recherche militaire devrait aussi consentir davantage d'efforts au développement de technologies plus vertes pouvant aussi être utilisées dans le civil. Les technologies d'économie d'énergie et les meilleures pratiques tirées du secteur civil de la recherche peuvent également être appliquées aux opérations et équipement militaires. Globalement, il est essentiel de renforcer le dialogue entre la communauté environnementale et l'armée. Le succès remporté par la table ronde intitulée "Défense et environnement" qui a eu lieu le 6 octobre 2008 lors de la Conférence mondiale de l'UICN (Union internationale pour la Conservation de la nature) à Barcelone est un bon début.»
70. Il faut donner au Grand Nord une place plus importante dans les préoccupations de l'OTAN. Tout bien considéré, tous les pays de la région, à l'exception de la Russie, sont membres de l'Alliance. L'OTAN doit trouver des solutions pour contribuer à renforcer la sécurité et éviter la montée de tensions et l'apparition de risques dans cette région, principalement en se dotant de capacités d'intervention d'urgence et de mécanismes de partage de l'information. L'Alliance doit faire la démonstration de sa solidarité, mais son rôle devrait être complémentaire à celui des autres structures multinationales de la région, sans chercher à s'y substituer. Il est essentiel de rechercher une coopération constructive avec la Russie afin de trouver des solutions durables pour l'avenir de l'Arctique.
71. Avant tout, il faut cependant que les pays de la communauté euro-atlantique donnent l'exemple en promouvant un après-Kyoto ambitieux et universel. Pour l'essentiel, les grandes lignes du nouveau pacte climatique sont claires : il doit imposer des réductions des émissions plus importantes aux pays industrialisés et comporter des engagements des pays en développement à limiter, eux aussi, leurs émissions en échange d'une aide sous la forme de technologies vertes et de numéraire. Le Mécanisme du développement propre de Kyoto existe déjà en tant que mécanisme de transfert de technologie occidentale et d'assistance financière vers les pays en développement, mais il ne suffit certainement pas et devrait être assorti d'un fonds mondial ou d'un autre type de mécanisme d'assistance. Le système universel d'échange de quotas de carbone ne doit comporter aucune faille, qui permettrait de poursuivre à peu de frais des activités émettrices de carbone.
72. Dans le contexte actuel de la crise financière et économique mondiale, le rapporteur souhaite conclure en citant les propos d'Yvo de Boer, négociateur-en-chef sur le climat à l'ONU : "la crise financière vient de ce que nous avons vécu au-dessus de nos moyens financiers. La crise du climat vient de ce que nous vivons au-dessus des moyens de la planète".
1 Solar Wind Blows at 50-year Low. By Jonathan Amos. BBC News. 24 septembre 2008.
2 The Strategic Implications of Climate Change. By Alan Dupont. Survival. 1er juin 2008.
3 A National Security Issue? How People Tried to Frame Global Warming. By Spencer R. Weart. Global Climate Change: National Security Implications. mai 2008. P. 28.
4 Introduction. By Carolyn Pumphrey. Global Climate Change: National Security Implications, mai 2008. p. 1.
5 Climate Change Panel Issues New Warning. By Randolf E. Schmid. Associated Press. 24 février 2009.
6 EU: Earth Warming Faster. Reuters. 7 avril 2009.
7 A Sinking Feeling. The Economist. 12 mars 2009.
8 Giant Mass of Antarctic Ice ‘Set for Collapse’. By Anil Ananthaswamy. New Scientist. 07 avril 2009.
9 Arctic Meltdown Is a Threat to Humanity. By Fred Pearce. New Scientist. 25 mars 2009.
10 Ibid.
11 Bonn Climate Talks Create Better Atmosphere, But Few Results. By Jean-Marie Macabrey. New York Times. 8 avril 2009.
12 EU to Postpone Decision on Climate Finance until Autumn, EurActive, 19 juin 2009. At: http://www.euractiv.com/en/climate-change/eu-postpone-decision-climate-finance-autumn/article-183326. Consulté le 31 août 2009.
13 Bonn Climate Talks ‘Augur Badly’ for Copenhagen Summit, EurActive, 18 août 2009. At: http://www.euractiv.com/en/climate-change/bonn-climate-talks-augur-badly-copenhagen-summit/article-184601?Ref=RSS. Consulté le 31 août 2009.
14 Ban Criticises G8 Climate Efforts, 9 juillet 2009. At:Http://News.Bbc.Co.Uk/2/Hi/Europe/8141715.Stm Consulté le 2 septembre 2009.
15 G8 2050 Climate Pledge Fails To Convince, Euractive, 10 juillet 2009. http://www.euractiv.com/en/climate-change/g8-2050-climate-pledge-fails-convince/article-183932.
Consulté le 31 août 2009
16 Obama Sees ‘Big Political Struggles’ on Post-Kyoto. By Edwin Chen and Hans Nichols. Bloomberg.com. 7 avril 2009.
17 Barack Obama’s US Climate Change Bill Passes Key Congress Vote, Suzanne Goldenberg, The Guardian, 27 juin 2009. At: http://www.guardian.co.uk/environment/2009/jun/27/barack-obama- climate-change-bill. - 21 août 2009
18 UN Demands More Climate Ambition. By Richard Black. BBC News. 9 avril 2009.
19 Climate change policy: Brazil, China, India and Russia, Leslie Nielson, Parliament of Australia, Parliament Library, http://www.aph.gov.au/library/pubs/bn/2008-09/climatechange.htm consulté le 1er septembre 2009
20 Summary: India's National Action Plan on Climate Change, Government of India, juin 2008, Pew Center on Global climate Change. at: http://www.pewclimate.org/international/country-policies/india- climate-plan-summary/06-2008 , consulté le 1er septembre 2009
21 India Envoy: 'Not enough progress towards a Climate deal', Euractive, 6 mai 2009. at: http://www.euractiv.com/en/climate-change/india-envoy-progress-climate- deal/article-182028 consulted 2 september 2009.
22 Obama Opens Policy Talks With China, Mark Landler, The New York Times, 28 juillet 2009. At: http://www.nytimes.com/2009/07/28/world/28strategy.html. Consulté le 1er septembre 2009
23 US and China Sign Memorandum on Climate Change, Sue Pleming, Reuters, 28 juillet 2009. At: http://www.reuters.com/article/GCA-GreenBusiness/idUSTRE56R4W320090728 Consulté le 28 août 2009
24 Ibid 19.
25 Russia's Climate policy fails to raise hopes, Euractive, 19 mai 2009. at: http://www.euractiv.com/en/climate-change/russia-climate-policy-fails- raise-hopes/article-182458. consulted on 2 septembre 2009
26 Bonn Climate Talks ‘Augur Badly’ for Copenhagen Summit, EurActive, 18 août 2009.
27 UN’s climate chief warns of real risk of failure at climate change talks, David Adam, guardian.co.uk, 14 August 2009. at: http://www.guardian.co.uk/environment/2009/aug/14/bonn-climate-change-talks consulté le 2 septembre 2009
28 Assessment of Undiscovered Oil and Gas in the Arctic. Report. Science 29 mai 2009
29 As Arctic ice melts, U.S. moves to OK sea treaty, The Associated Press, 4 octobre 2007. http://www.msnbc.msn.com/id/21131181/. Consulté le 26 janvier 2009.
30 Arctic’s thaw brings security risks for NATO, 30 janvier 2009, The International Herald Tribune http://www.iht.com/articles/ap/2009/01/30/europe/EU-Iceland-NATO.php.
31 Arctic Super Powers to meet in Greenland – Will global warming trigger a WWIII? International Herald Tribune, 21 mai 2008 http://www.iht.com/articles/ap/2008/05/21/europe/EU-GEN-Denmark-Arctic-Claims.ph consulté le 26 janvier 2009.
32 Près des deux tiers des réserves de gaz naturel non encore découvertes se trouvent dans les provinces russes, le bassin de Sibérie occidentale et le secteur oriental de la mer de Barents qui chevauche les eaux territoriales de la Russie et de la Norvège. La Russie détient déjà les réserves de gaz naturel les plus vastes du monde, avec des réserves prouvées de 45 trillions de mètres cubes.
Arctic may hold as much as a fifth of undiscovered oil and gas reserves, Jad Mouawas, The International Herald Tribune, 24 juillet 2008
http://www.iht.com/articles/2008/07/24/business/arctic.php?page=2 consulté le 30 janvier 2009.
33 http://www.un.org/Depts/los/clcs_new/clcs_home.htm
34 The Arctic contest heats up, The Economist, 9 octobre 2008.
35 Russian leader pushes for Arctic boundaries: Medvedev’s goal might collide with Canadian territorial claims, National Post, 18 septembre 2008, p. A8.
36 Russia flexes its military muscle, Roger McDermott, Guardian.co.uk, 4 janvier 2009 http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2009/jan/04/russia consulté le 29 janvier 2009.
37 Bush takes final swing at Arctic sovereignty, Randy Boswell and Mike Blanchefield, National Post, 12 janvier 2009.
38 Le nouveau gouvernement conservateur canadien est conscient que le principe premier de la souveraineté sur l'Atlantique est "l'utiliser pour ne pas le perdre", comme l'a déclaré le Premier ministre Stephen Harper. Le Canada va dépenser 100 millions de dollars américains pour construire son premier port maritime en eau profonde dans l'Arctique, à Nanisivik, à la pointe nord de l'île de Baffin.
Time to use it or lose it: Harper declares, The Gazette, 11 août 2007
http://www.canada.com/montrealgazette/news/story.html?id=f1cbc914-e437-4378-b1be-91c47540631c&k=2141 consulté le 26 janvier 2009.
39 Ice Retreat prompts Bush shift in Arctic Policy, A. Revkin, The New York Times, 29 janvier 2009 http://dotearth.blogs.nytimes.com/2009/01/13/in-parting-move-bush-sets-arctic-priorities consulté le 29 janvier 2009.
40 Treaty on Ice, John B. Bellinger, The New York Times http://www.nytimes.com/2008/06/23/opinion/23bellinger.html?_r=2&oref=slogin&pagewanted=print consulté le 26 janvier 2009.
41 Europe joins international contest for Arctic’s resources, Ian Traynor, The Guardian, 21 novembre 2008.
42 Changements climatiques 2007 : http://www.ipcc.ch/ipccreports/tp-climate-change-water.htm
43 Arctic Sovereignty and Security in a Climate-changing World, Alec Crawford, Arthur Hanson et David Runnalls, novembre 2008, International Institute for Sustainable Development. http://www.iisd.org
44 http://ec.europa.eu/commission_barroso/borg/topics/arctic_en.htm,
http://www.europa-eu-un.org/articles/en/article_8312_en.htm
45 Academic Roundtable: ‘Security Prospects in the High North: Geo strategic Thaw or Freeze?’ Reykjavik, Iceland, 29-30 janvier 2009, www.ndc.nato.int
46 Allocution du Secrétaire général de l'OTAN : Security Prospects in the High North, Reykjavik, 29 janvier 2009.
47 A clear investment in defence. Press release. Ministry of Defence of Norway. 28 mars 2008
48 Resource Wars and Rising Powers, Shrinking Planet. By Michael Klare. Cited by Climate of War. By Trefor Moss. JDW, 22 avril 2009
49 Climate Change Seen as Threat to US Security, John M. Broder, The New York Times, 9 août 2009. At: http://www.nytimes.com/2009/08/09/science/earth/09climate.html?_r=2&ref=earth Consulté le 28 août 2009.
50 Climate of War, Trefor Moss, Jane’s Defence Weekly, 22 avril 2009.
51 Climate Change Seen as Threat to US Security, John M. Broder, The New York Times, 9 août 2009
52 National Defense University identifies Climate Change as Security Threat, Nate Kharrl, Ecofactory.At: http://www.ecofactory.com/news/national-defense-university-identifies-climate-change-security-threat-081109. Consulté le 31 août 2009
53 National Intelligence Council Report: Sun setting on the American Century, Tim Reid, The Times, 21 novembre 2008. At: http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/us_and_americas/article5202497.ece Consulté le 31 août 2009
54 La National Defense Strategy de juin 2008 décrit l’environnement stratégique en ces termes : "Au cours des vingt prochaines années, les pressions physiques - démographie, ressources, énergie, climat et environnement - pourraient se conjuguer avec un changement social, culturel, technologique et géopolitique accéléré pour ajouter à l'incertitude … La politique de défense actuelle doit prendre en compte ces sources d'incertitude … l'interaction de ces changements avec les pressions actuelles et futures exercées par les ressources, l’environnement et le climat peuvent engendrer de nouveaux défis pour la sécurité … et poser de nouveaux risques pour la communauté internationale". National Defence Strategy, juin 2008, Robert M. Gates, Washington, Department of Defence, 2008, pp 4-5. : http://www.defenselink.mil/news/2008%20national%20defense%20strategy.pdf Consulté le 31 août 2009.
55 Energy and Environment, The White House. At: http://www.whitehouse.gov/issues/energy_and_environment/ Defence, The White House. At: http://www.whitehouse.gov/issues/defense/. Consulté le 31 août 2009
56 Clinton Paints China Policy with a Green Hue, The New York Times, 22 février 2009. At: http://www.nytimes.com/2009/02/22/world/asia/22diplo.html. Consulté le 31 août 2009.
57 Ms. Jackson Makes a Change, The New York Times, 23 février 2009. At: http://www.nytimes.com/2009/02/23/opinion/23mon3.html. Consulté le 31 août 2009
58 Taking Up the Security Challenge of Climate Change, Rymn J. Parsons, Strategic Studies Institute, août 2009. At: http://www.strategicstudiesinstitute.army.mil/pdffiles/PUB932.pdf. Consulté le 31 août 2009
59 Climate Change Seen as Threat to US Security, John M. Broder, The New York Times, 9 août 2009. At: http://www.nytimes.com/2009/08/09/science/earth/09climate.html?_r=2&ref=earth Consulté le 28 août 2009
60 Africa Command: US Strategic Interests and the Role of the US Military in Africa, Lauren Ploch, 28 juillet 2009, Congressional Research Service Report 7-5700. http://assets.opencrs.com/rpts/RL34003_20090728.pdf. Consulté le 2 September 2009
61 Taking Up the Security Challenge of Climate Change, Rymn J. Parsons, Strategic Studies Institute, août 2009. At: http://www.strategicstudiesinstitute.army.mil/pdffiles/PUB932.pdf. Consulté le 31 août 2009
62 Challenges and Implications for the Future Joint Force, The Joint Operating Environment 2008, United States Joint Forces Command. At: http://www.jfcom.mil/newslink/storyarchive/2008/JOE2008.pdf . Consulté le 31 août 2009
63 Climate Change Strategy 2008-2013, Military of Defence of the United Kingdom.
At:http://www.woking.gov.uk/environment/climatechangestrategy/climatechange.pdf. Consulté le 31 août 2009.
64 Climate of War, Trefor Moss, Jane’s Defence Weekly, p. 26, 22 avril 2009
65 MOD Climate Change Strategy 2009, UK Ministry of Defence, décembre 2008, p 17.
At: http://www.mod.uk/NR/rdonlyres/73ED201B-CC03-41B4-8936-6BED49469D6E/0/ClimateChangeStrategy2009.pdf Consulté le 31 août 2009
66 Climate of War, Trefor Moss, Jane’s Defence Weekly, p. 26, 22 avril 2009.
67 Taking Up the Security Challenge of Climate Change, Rymn J. Parsons, Strategic Studies Institute, août 2009.
National Security and the Threat of Climate Change, Center for Naval Analyses, avril 2007. At: http://www.cna.org/nationalsecurity/climate/
68 Climate Change and Security. By Jürgen Scheffran. Bulletin of the Atomic Scientists. mai/juin 2008.
69 A Threat Assessment. By Richard A. Matthew. Global Climate Change: National Security Implications. mai 2008. P. 60.
70 Climate change as the ‘new’ security threat: implications for Africa. By Oli Brown, Anne Hammill and Robert McLeman. International Affairs 83: 6 (2007).
71 Climate Change and Security. By Jürgen Scheffran. Bulletin of the Atomic Scientists. mai/juin 2008.
72 IPCC Working Group II Report. Box 7.2. 2007.
73 Climate Change and Security. By Jürgen Scheffran. Bulletin of the Atomic Scientists. mai/juin 2008.
74 Climate Change, Population Movements, and Conflict. By Timothy J. McKeown. Global Climate Change: National Security Implications. mai 2008. P. 109.
75 The Strategic Implications of Climate Change. By Alan Dupont. Survival. 1 juin 2008.
76 A Threat Assessment. By Richard A. Matthew. Global Climate Change: National Security Implications. mai 2008. P. 65.
77 Water, Climate Change, and Human Security. By Erika Weinthal. Global Climate Change: National Security Implications. mai 2008. P. 83.
78 Regional Security Implications of Climate Change. By Achim Maas and Dennis Tänzler. Adelphi Report. janvier 2009.
79 Climate Change and Conflict. International Crisis Group Report 2008
80 The Strategic Implications of Climate Change. By Alan Dupont. Survival. 01 juin 2008.
81 On Climate Change and Infectious Disease: Implications for Political Destabilization and Conflict. By Andrew Price-Smith. Global Climate Change: National Security Implications. mai 2008. P. 91.
82 Ibid.
83 The Age of Consequences: the Foreign Policy and Security Implications of Global Climate Change. CSIS report. By Kurt M. Campbell, Jay Gulledge, J.R. McNeill, John Podesta, Peter Ogden, Leon Fuerth, R. James Woolsey, Alexander T.J. lennon, Julianne Smith, Richard Weitz, and Derek Mix. novembre 2007
84 The Right to Survive. The humanitarian challenge for the twenty-first century. Oxfam International. avril 2009.
85 Climate Change Survey Gives Mandate for Action. By Catherine Brahic. 26 novembre 2008.
86 Climate Change: The Next Ten Years. By Fred Pearce and Michael Le Page. New Scientist. 13 août 2008.
87 Effects of Climate Change Now ‘Irreversible’. New Scientist. 28 janvier 2009.