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> Accueil > Publications > Rapports de commission > 2007 Session annuelle > 173 PCNP 07 F bis - LE PAKISTAN : PROTAGONISTE DE LA STABILITE REGIONALE
173 PCNP 07 F bis - LE PAKISTAN : PROTAGONISTE DE LA STABILITE REGIONALE

Rasa JUKNEVICIENE (LITUANIE)
RAPPORTEUR FAISANT FONCTION

TABLE DES MATIERES

I.  INTRODUCTION 
II.  LE PAKISTAN ET LA STABILITE DE L'AFGHANISTAN 
III.  RELATIONS EXTERIEURES 
IV.  LE PAKISTAN ET L'INSURRECTION 
V.  PRINCIPAUX PROBLEMES DANS LES RELATIONS ENTRE LE PAKISTAN ET L'OTAN 
VI.  CONCLUSIONS 

 .
I.  INTRODUCTION

1.Les attentats du 11 septembre 2001 sont venus souligner l'importance stratégique du Pakistan pour la sécurité internationale. La coopération de ce pays est indispensable à la stabilisation de l'Afghanistan et à la lutte contre le terrorisme international, certes, mais aussi à l'endiguement de la prolifération des armes de destruction massive (ADM) et de leurs vecteurs. La réalité de la position centrale qu'il occupe dans ces domaines n'est guère contestée, mais les avis divergent sur la question de savoir s'il participe davantage du problème que de la solution. Le présent rapport tente d'expliciter en quelques pages les orientations du Pakistan sur le plan de la sécurité et, spécifiquement, celles qui touchent aux opérations de l'OTAN en Afghanistan ; il vise aussi à démontrer que sa contribution à la stabilité de son voisin du nord-ouest n'a pas été appréciée à sa juste valeur. Toutefois, Islamabad peut faire plus encore et, pour l'y inciter, l'OTAN en soi et ses pays membres devraient lui manifester plus d'attention, lui fournir assistance technique et formation et ouvrir avec lui un dialogue politique.


II.  LE PAKISTAN ET LA STABILITE DE L'AFGHANISTAN

2.Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le Pakistan se trouve en première ligne dans la guerre contre al-Qa'ida et les taliban et il joue un rôle clé dans la stabilisation de l'Afghanistan. Ces deux pays sont unis par des liens historiques et culturels extrêmement solides, sans compter que la sécurité de l'un est indissociable de celle de l'autre. L'évolution de la situation en Afghanistan aura de profondes répercussions sur le Pakistan. De la même manière, la tournure des événements au Pakistan influera sur la sécurité de l'Afghanistan. Dans les années 80, le premier a fourni au second une aide cruciale dans sa lutte contre l'occupant soviétique. A un moment donné, 30 à 35 % d'Afghans vivaient au Pakistan dans des camps de réfugiés.

3.Les troupes pakistanaises apportent une contribution non négligeable à la lutte contre al-Qa'ida et les taliban. Le pays partage les renseignements dont il dispose et ses forces de sécurité ont arrêté plusieurs dirigeants de l'organisation terroriste. De surcroît, elles ont appréhendé de nombreux individus soupçonnés d'être des taliban (plusieurs centaines rien que pour l'an dernier) et en ont remis la plupart aux autorités afghanes. Malgré des ressources limitées, il prend part aux programmes de reconstruction et de développement de son voisin et s'est engagé à y consacrer 300 millions de dollars ; un tiers environ de cette somme (quelque 110 millions) a déjà été déboursé. Cependant, Islamabad n'est toujours pas parvenu à régler le problème de l'insurrection en Afghanistan et de la montée d'un sentiment favorable aux taliban dans ses régions tribales.

4.Qui plus est, le Pakistan abrite sur son territoire entre 2,8 et 3,2 millions de réfugiés afghans. Lors de la visite de la Sous-commission en mars de cette année, le Premier ministre pakistanais, Shaukat Aziz, et d'autres hauts responsables gouvernementaux ont réaffirmé leur attachement sans réserve à la stabilisation de l'Afghanistan, qui " servirait les intérêts stratégiques, économiques et politiques de leur pays, sans parler de sa sécurité ". Ils ont fait observer que le Pakistan avait déployé 80 000 hommes et aménagé un millier de postes de contrôle le long de la frontière - une frontière poreuse - qu'il partage avec l'Afghanistan, rappelant que, côté afghan, on n'en dénombrait pas plus d'une centaine. Par ailleurs, plusieurs centaines de soldats pakistanais ont été tués ces dernières années, des pertes nettement plus lourdes que celles de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS). Enfin, l'influence des taliban dans les provinces frontalières - et, singulièrement, dans les régions tribales sous administration fédérale (RTAF) - comme dans les camps de réfugiés afghans du Balouchistan affaiblit le pouvoir d'Islamabad.

5.On a aussi reproché au Pakistan de ne pas offrir aux autorités de Kaboul tout le soutien voulu. On rapporte que des tribus pachtounes vivant dans les provinces pakistanaises proches de la frontière donnent asile à des taliban et à des combattants d'al-Qa'ida. Les partenaires de la coalition et le gouvernement afghan pressent de plus en plus vivement le pays de resserrer le contrôle des mouvements transfrontaliers de partisans supposés des taliban. Lors de sa visite, la Sous-commission a appris qu'une trentaine de milliers de personnes franchissaient chaque jour la frontière, qui s'étend sur 2 250 kilomètres. Les Pakistanais envisagent de dresser une clôture et d'aménager des champs de mines sur toute sa longueur, mais cela ne suffirait pas : non seulement le relief tourmenté de la région leur compliquerait la tâche, mais ils s'aliéneraient ainsi les Pachtounes, qui vivent des deux côtés de la frontière, et qui, par réaction, seraient encore moins enclins à coopérer avec les autorités d'Islamabad et la FIAS. Quarante pour cent des Afghans sont des Pachtounes, mais ceux-ci sont plus nombreux au Pakistan, où ils représentent 15 % de la population. De même, le Pakistan a fait part d'un projet de réimplantation en territoire afghan des camps de réfugiés proches de la frontière ; loin de résoudre les problèmes, cela ne ferait sans doute qu'aggraver le sort de ces réfugiés. Seule une amélioration de la coopération entre les deux pays pourra mettre un terme aux franchissements clandestins.

6.L'intensification de l'insurrection dans les provinces qui bordent la frontière a entraîné une détérioration des relations entre Islamabad et Kaboul. En outre, de hauts responsables afghans - dont le chef de l'Etat, M. Karzaï - ont affirmé à maintes reprises que le Pakistan continuait à s'immiscer activement dans les affaires de leur pays et tentait de le déstabiliser, des accusations que les autorités pakistanaises ne cessent de réfuter. Elles n'auraient, rétorquent-elles, rien à gagner à une " talibanisation " de l'Afghanistan. Le président du Pakistan, Pervez Moucharraf, et d'autres hauts personnages de l'Etat reprochent fréquemment aux Afghans de vouloir rejeter la responsabilité de leur propre échec sur leurs voisins ; ils font valoir que, du point de vue de la sécurité, la situation en Afghanistan est encore aggravée par l'absence d'un programme de reconstruction global, les carences du processus de réconciliation nationale, les retards dans la mise en place d'infrastructures matérielles et institutionnelles et les étroits rapports unissant drogue et insurrection. Ils ajoutent que Kaboul n'a pas installé assez de postes de contrôle pour surveiller les mouvements transfrontaliers. Enfin, ils rappellent que, non contentes de persister dans leur refus de reconnaître la ligne Durand en tant que tracé de la frontière internationale entre les deux pays, les autorités afghanes sont allées jusqu'à revendiquer la propriété des régions tribales pachtounes du Pakistan.

7.Pour quelques commentateurs critiques d'Islamabad, des éléments des forces de sécurité pakistanaises demeurent bien disposés à l'égard des taliban et ne considèrent pas nécessairement que la politique de lutte contre le terrorisme de leur pays serve les intérêts de ce dernier. Les mêmes commentateurs avancent l'hypothèse selon laquelle le Pakistan souhaite conserver l'atout stratégique des taliban, pour le cas où la guerre civile et le chaos submergeraient de nouveau l'Afghanistan. Le Premier ministre pakistanais et son ministre des Affaires étrangères, Khurshid Kasuri, ont repoussé ces allégations durant leurs entretiens avec les membres de la Sous-commission. M. Kasuri et plusieurs autres hauts responsables ont cependant admis l'existence d'une " relative sympathie envers les taliban dans la population des régions frontalières pakistanaises ", phénomène qu'ils expliquent par le fait que certains de ceux que l'on appelle aujourd'hui des " taliban " étaient autrefois connus sous le nom de " moudjahiddin " et luttaient au côté des résistants à l'occupation soviétique. Les Etats-Unis et leurs alliés les ont soutenus en fournissant argent et armes. Bon nombre des combattants islamistes " étrangers " vivent dans le pays depuis des années et ont entre-temps épousé des Pachtounes.


III.  RELATIONS EXTERIEURES

8.La politique du Pakistan vis-à-vis de l'Afghanistan est influencée par des considérations géographiques. Une impression d'" encerclement " prévaut dans les hautes sphères militaires et politiques. A la fragilité du voisin du nord-ouest, dont l'instabilité menace de déborder sur le territoire pakistanais, viennent s'ajouter des relations tendues, voire carrément hostiles avec l'Inde. Islamabad entretient également avec Téhéran des rapports fluctuants qui alternent entre coopération et conflit.

9.Les relations du Pakistan avec l'Ouest - et, plus spécialement, avec les Etats-Unis, son partenaire le plus important - sont inégales. A la différence de l'Inde, qui s'est trouvée un temps à la tête du Mouvement des non-alignés, le Pakistan faisait partie d'un dispositif créé pour faire pièce à l'ex-Union soviétique. Les relations entre Islamabad et Washington sont allées de l'étroite coopération à l'éloignement : lorsque le temps était au beau fixe, le Pakistan bénéficiait d'aides financières, d'armes perfectionnées, d'entraînement ; lorsque le climat se refroidissait, l'assistance militaire et l'entraînement étaient suspendus, ce qui n'incitait guère les Pakistanais à se fier aux Américains. Le rôle du pays sur le plan stratégique a perdu de son importance à la fin de la Guerre froide et l'absence des Etats-Unis et de la communauté internationale d'Afghanistan a suscité au Pakistan un sentiment d'abandon. Par contraste avec la cohésion sans précédent de l'alliance qui a vu le jour dans le prolongement immédiat des attentats du 11 septembre 2001, la confiance s'est affaiblie de part et d'autre à la suite d'une série d'événements : l'échec des tentatives d'arrestation d'Oussama ben Laden, la poursuite de l'insurrection en Afghanistan et, début 2004, les révélations sur le réseau de prolifération d'Abdoul Qadeer Khan. Le Pakistan tend à penser que sa contribution à la lutte contre les groupes terroristes n'a pas été appréciée à sa juste valeur. Les responsables pakistanais ont rappelé avec insistance aux membres de la Sous-commission que cette contribution dépassait celle de n'importe quel pays, Etats-Unis et autres Alliés compris. Aussi les seules relations extérieures stables du Pakistan sont-elles celles qu'il entretient avec la Chine.

10.Pakistan - Inde. Les relations du Pakistan et de l'Inde sont complexes ; une conscience aiguë de la menace indienne a engendré un sentiment d'amertume et de méfiance. Le premier voit d'un mauvais œil le développement de la présence et de l'aide de la seconde en Afghanistan, car il redoute d'être " encerclé " par les deux pays. Fin 2002, l'Inde a rouvert quatre consulats en Afghanistan et a promis une assistance financière de 750 millions de dollars, soit bien plus que ce que consent Islamabad.

11.Une bonne part de la politique adoptée par le Pakistan dans les domaines de la diplomatie et de la sécurité est largement influencée par la rivalité avec l'Inde, qui remonte à 1947, au moment de la partition du sous-continent indien et de l'accès à l'indépendance de ces deux anciennes possessions britanniques. Des conflits armés les ont opposés en 1947-1948, en 1965 et en 1971. Les relations bilatérales ont connu une forte tension après les attentats commis à l'Assemblée du Cachemire et au Parlement indien, respectivement en octobre et décembre 2001. Au mois de janvier de l'année suivante, près d'un million de soldats étaient massés de part et d'autre de la frontière et un conflit généralisé - qui aurait pu aisément dégénérer en guerre nucléaire - n'a été évité que de justesse.

12.Au centre du différend entre les deux pays, le Cachemire. Le Pakistan considère que le rattachement de ce territoire à l'Inde était illégal et contraire aux principes démocratiques, aussi est-il profondément mécontent du statu quo. Il souhaite parvenir à un règlement négocié et fait valoir qu'en refusant obstinément de tenir un référendum sur la question, New Delhi dénie au peuple cachemirien le droit de disposer de lui-même.

13.Les autorités indiennes accusent les services secrets pakistanais de tenter de les déstabiliser en apportant leur aide à des groupes de maquisards qui, à partir de bases arrière installées au Pakistan, traversent la Ligne de contrôle (LoC) pour lancer des raids au Cachemire - qui est placé sous le contrôle de l'Inde : voire sur le territoire indien proprement dit. Le Pakistan rejette ces allégations et déclare fournir aux groupes en question un soutien purement diplomatique. Qu'Islamabad ait réduit son assistance aux maquisards ces dernières années n'a pas apaisé les préoccupations de New Delhi. Autre litige opposant le Pakistan et l'Inde : le tracé des frontières terrestres et maritimes de Sir Creek (une zone dont on pense qu'elle est riche en pétrole et en gaz) et du glacier du Siachen.
14.Depuis son arrivée au pouvoir, en 1999, M. Moucharraf a fait montre de pragmatisme et, à la suite de l'initiative lancée en 2004 par le Premier ministre indien de l'époque, Atal Vajpayee, les relations bilatérales se sont améliorées. S'il ne fait pas la une de l'actualité, le processus de paix auquel a donné lieu cette initiative n'en donne pas moins des résultats tangibles, parmi lesquels on peut citer l'instauration d'un cessez-le-feu le long de la LoC, l'ouverture de nouvelles lignes de train et d'autobus transfrontalières et une reprise sensible des échanges commerciaux entre les deux pays. Mais, en dépit d'une multiplication des gestes de bonne volonté des deux côtés, un règlement rapide des différends majeurs semble difficilement envisageable : les tensions affleurent et il faudra du temps pour venir à bout d'une profonde méfiance mutuelle.

15.Le conflit du Cachemire et les dépenses de défense qu'il entraîne pèsent lourdement sur l'économie du Pakistan. Les forces armées pakistanaises (620 000 hommes) équivalent à environ la moitié de celles de l'Inde, qui compte pourtant sept fois plus d'habitants. Elles disposent en outre d'un arsenal nucléaire qui est pour beaucoup dans la taille du budget militaire. Le Pakistan n'a pas signé le Traité sur la non-prolifération (TNP) des armes nucléaires, pas plus que le Traité d'interdiction complète des essais d'armes nucléaires (TICE), d'ailleurs, et l'on estime qu'il possède entre 24 et 48 charges nucléaires à base d'uranium fortement enrichi. Selon le Fonds Carnegie pour la paix internationale, il aurait également produit une quantité - faible mais inconnue - de plutonium militaire, de quoi fabriquer entre trois et cinq armes nucléaires. L'Institute of Science for International Security (ISIS) indiquait récemment dans un rapport que le Pakistan construisait un nouveau réacteur nucléaire capable de produire du plutonium militaire, " augmentant ainsi de manière significative sa production de plutonium utilisable dans des armes nucléaires ". Si Islamabad tient à mener un programme nucléaire, c'est essentiellement pour faire pièce à la menace que représente à ses yeux la supériorité militaire classique et nucléaire de son principal rival, l'Inde. Les Pakistanais n'adhèrent pas à la doctrine dite du " non-recours en premier à l'arme nucléaire ", comme l'attestent les propos tenus par M. Moucharraf en mai 2002. Les dépenses militaires accaparent la plus grosse partie du budget national ; les estimations vont de 35 à 70 % (si l'on tient compte des retraites des militaires). Au total, entre 7 et 8 % du produit intérieur brut sont absorbés par la défense, chiffres à comparer à la proportion des dépenses publiques allouée à l'éducation (entre 3 et 4 % seulement).

16.Le Pakistan entretient de longue date une coopération militaire avec la Chine, notamment pour rétablir l'équilibre vis-à-vis de l'Inde. Islamabad et Pékin ont bâti un partenariat fructueux dans le secteur de la  technologie nucléaire et de celle des missiles. Les Chinois ont joué un rôle prépondérant dans le développement des infrastructures nucléaires pakistanaises, en particulier lorsque l'instauration dans les pays occidentaux de contrôles à l'exportation de plus en plus rigoureux compliquait l'acquisition de matières et de technologies ad hoc ailleurs. En 2005, le Pakistan et la Chine ont signé un traité de coopération et d'amitié.

17.Bien que le Pakistan ait eu de tout temps d'étroites relations avec l'Iran, ses rapports actuels avec son voisin islamique sont assez délicats. L'Iran a aidé le Pakistan dans les conflits qui ont opposé celui-ci à l'Inde en lui fournissant un soutien logistique ; le Pakistan, lui, a contribué à la mise en chantier du programme nucléaire de l'Iran avant même les transferts technologiques opérés par le réseau d'A. Q. Khan. Islamabad aurait signé avec Téhéran un accord de coopération nucléaire en 1986 (mais on ne sait rien de la teneur de l'accord) et des savants iraniens auraient été formés au Pakistan en 1988. Pourtant, les relations bilatérales se sont détériorées dans les années 90, en raison de divergences d'intérêts en Afghanistan et au sujet des taliban, et aussi, pour cause de rivalité économique en Asie centrale. Elles se sont améliorées avec la chute du régime des taliban en Afghanistan et l'ouverture du processus de paix indo-pakistanais évoqué plus haut. Islamabad, ainsi que Téhéran, ont des intérêts communs dans le domaine de l'énergie ; l'un et l'autre sont favorables à la construction de nouvelles voies de transport sillonnant le Pakistan à destination de l'Asie centrale et, plus particulièrement, de l'Inde et de la Chine. Cependant, l'attitude assez carrée de Téhéran, telle qu'elle est mise en évidence par la question de son programme nucléaire et sa confrontation avec la communauté internationale - et, singulièrement, avec Washington - a placé Islamabad dans une situation difficile. Les Pakistanais veulent coopérer avec l'Iran comme avec les Etats-Unis et redoutent une guerre entre les deux pays qui risquerait, selon eux, de compromettre gravement leur propre sécurité.


IV.  LE PAKISTAN ET L'INSURRECTION

18.S'il existe une incertitude quant à la position du Pakistan sur la nécessité de venir à bout de l'insurrection chez son voisin du nord-ouest et de stabiliser ce dernier, elle tient probablement aux capacités du pays plutôt qu'à sa détermination. Sur le plan de la sécurité, la situation est extrêmement complexe et s'est dégradée tout au long de l'année écoulée. Outre qu'elles entretiennent des relations difficiles avec les Etats voisins, les autorités d'Islamabad doivent faire face à de multiples dangers sur la scène intérieure. Le terrorisme et les violences sectaires font peser de graves menaces à travers tout le territoire. La faiblesse des institutions politiques, la corruption, l'impossibilité dans laquelle se trouve le Pakistan de définir son identité religieuse et ethnique et son incapacité chronique de subvenir aux besoins de la population restreignent l'aptitude du gouvernement à résoudre ce problème.

19.Eu égard à cette complexité, M. Moucharraf et son gouvernement ne disposent que d'une marge de manœuvre très limitée contre l'insurrection dans les régions qui bordent l'Afghanistan. Le soutien apporté par le Pakistan aux moudjahiddin afghans du temps de l'occupation soviétique et aux mouvements jihadistes du Cachemire a nui à la souveraineté de l'Etat en soi. Avant les attentats du 11 septembre 2001, le Pakistan était l'un des trois pays à reconnaître officiellement le régime des taliban en place à Kaboul et entretenait avec lui des relations relativement bonnes par l'intermédiaire, essentiellement, des services de renseignement. Il a effectué un virage à 180 degrés après ces attentats et s'est rangé au côté de la coalition conduite par les Etats-Unis, tant dans la campagne d'Afghanistan que dans la lutte contre les groupes terroristes. En retour, il a reçu quelque 10 milliards de dollars rien que des Américains et obtenu la levée des sanctions. Mais la décision de M. Moucharraf de prendre part à la " guerre contre la terreur " l'oppose directement aux chefs tribaux du pays, lesquels contrôlent les provinces et ont toujours été farouchement hostiles à toute forme d'ingérence gouvernementale sur leurs terres.

20.Pour mettre un terme aux passages clandestins et répondre aux pressions des Américains, le Pakistan a déployé des troupes dans les régions frontalières en 2004. Si cette tactique a bien fonctionné au début, elle a permis de détruire un certain nombre de camps et de quartiers généraux locaux servant à l'entraînement d'insurgés ouzbeks et autres, l'armée n'en a pas moins subi de lourdes pertes. D'autre part, plus son stationnement dans les régions tribales se prolongeait, plus elle apparaissait comme une force d'occupation et s'aliénait la population locale, compliquant encore l'exercice d'une quelconque autorité par Islamabad. En fait, une vaste partie de la région qui borde l'Afghanistan (notamment, les RTAF et la Province de la Frontière du Nord-Ouest) échappe, pour l'essentiel, au contrôle du gouvernement. Comme les forces armées manquent du matériel et de la formation requis pour s'attaquer aux insurgés, elles n'ont qu'une efficacité limitée dans le nord-ouest du pays : elles ont perdu de 700 à 800 hommes pour des résultats minimes, voire nuls. L'un des grands problèmes des RTAF demeure leur retard de développement ; on estime que plus de 90 % de leurs quelque six millions d'habitants vivent sous le seuil de la pauvreté.

21.Reconnaissant que la méthode adoptée envers les RTAF n'était pas la bonne, le gouvernement l'a modifiée ; l'an passé, il a ainsi signé avec les chefs tribaux de la région à la frontière de l'Afghanistan un accord qui confère à ceux-ci plus de souveraineté. Cette démarche a été critiquée par les Etats-Unis et d'autres pays de l'OTAN, qu'une reconstruction des infrastructures terroristes inquiète.

22.Si elle se concrétise, la nouvelle initiative d'Islamabad - l'aménagement de " zones propices à la reconstruction " (ZPR) dans les RTAF pour y relancer l'activité économique et, partant, créer des emplois et réduire la pauvreté - ira assurément dans le bon sens. Reste à voir, toutefois, si les autorités fédérales tiendront leurs promesses quant à l'amélioration des conditions d'existence dans les régions frontalières. De surcroît, les adversaires de l'accord avec les chefs tribaux affirment que ces derniers ont perdu leur influence et que, désormais, les RTAF ne sont pratiquement pas gouvernées. La rupture du cessez-le-feu dans le Waziristan du Nord, à la mi-juillet, par des activistes se désignant eux-mêmes comme des " taliban pakistanais " montre que l'accord n'a pas - du moins, pas encore - résolu les problèmes qui se posent dans ces régions.

23.Même si les faits devaient donner raison à M. Moucharraf, un problème de taille subsiste : celui du calendrier. Une amélioration de la sécurité en Afghanistan passe impérativement par l'élimination immédiate de l'insurrection et l'expulsion des insurgés de leurs sanctuaires des régions frontalières pakistanaises. Or la solution d'Islamabad s'inscrit dans le long terme : il faudra du temps pour qu'elle donne des résultats, sans compter qu'elle " s'appuie " sur des autorités locales faibles et ne disposant que de mécanismes de sécurité relativement médiocres.

24.En 2000, le chef de l'Etat pakistanais a mis en chantier un vaste et ambitieux programme de réforme nationale qui s'est traduit par une hausse notable du PIB (qui a gagné plus de 8 % entre 2004 et 2005, selon la Banque mondiale) et des réserves de devises, de même que par une réduction de la dette publique, qui est revenue à 55,4 % du PIB. De fortes disparités persistent toutefois entre les régions : l'accélération de la croissance économique et une répartition inéquitable des dividendes du pétrole ont élargi encore, et de manière spectaculaire, le fossé entre provinces riches et pauvres. Les secondes, comme le Waziristan ou le Balouchistan, sont celles où l'insurrection est principalement enracinée ; elles ont pris du retard sur le reste du pays et sont clairement à la traîne derrière le Punjab, la plus prospère des provinces.

25.Aussi bien, la faiblesse des institutions politiques continue à poser un problème fondamental qui limite l'aptitude du pays à s'atteler à l'éradication du fondamentalisme et du terrorisme. Certes, les forces armées pakistanaises apparaissent comme un garant fiable de la stabilité, mais le danger d'un divorce entre elles et la population va croissant. Les tentatives du chef de l'Etat pour démettre de ses fonctions le chef de l'appareil judiciaire, Iftikhar Chaudhry (accusé de méconduite et d'abus de pouvoir), ont suscité la plus grave contestation de son autorité à laquelle il ait jamais été confronté depuis son arrivée à la présidence, en 1999. La suspension de M. Chaudhry a encore affaibli les institutions. De plus, les événements de la Mosquée rouge d'Islamabad, assiégée pendant une semaine puis prise d'assaut par les forces armées pakistanaises, illustre parfaitement l'extrême inconfort de la situation que vit le gouvernement de M. Moucharraf. Celui-ci doit emprunter la mince ligne de crête qui sépare sa position d'allié de l'Ouest dans la " guerre à la terreur " de celle de président d'un pays qui a toléré les agissements d'extrémistes. Cette arme à double tranchant a nui à l'image du président pakistanais, tant aux yeux des Occidentaux que sur la scène intérieure. Il était donc de l'intérêt de M. Moucharraf de conserver une neutralité relative vis-à-vis des formations radicales, sans compter qu'il dépend, pour asseoir son régime militaire, de l'appui politique que lui accordent quelques partis religieux marginaux aux ramifications populaires étendues. Au moment où ces lignes ont été rédigées, les conséquences de la prise d'assaut de la Mosquée rouge - dont le bilan officiel s'élève à 108 morts et à un bien plus grand nombre de blessés - demeuraient incertaines. D'aucuns ont approuvé le comportement du chef de l'Etat, à commencer par la dirigeante de l'opposition en exil, Mme Benazir Bhutto, qui a estimé que ce dernier s'était ainsi départi d'une attitude " ambiguë " à l'égard du terrorisme et d'une " politique d'apaisement " envers les terroristes " qui avaient encouragé les activistes ". Mais, pour beaucoup, la répression des militants radicaux retranchés dans la Mosquée rouge va ternir un peu plus encore son blason auprès des partis religieux qui l'ont aidé à se maintenir au pouvoir. Les militants pro-taliban opposés à M. Moucharraf se sont lancés dans une série d'attentats dont on dit qu'ils sont une riposte au siège et à la prise d'assaut de la mosquée.

26.Il existe un lien direct entre sécurité et démocratie, et la faiblesse des institutions pakistanaises peut être imputée dans une large mesure aux lacunes de la culture démocratique du pays. Cela s'explique, pour une part non négligeable, par la corruption et l'inefficacité du système éducatif. Selon la Heritage Foundation, le taux moyen d'alphabétisme des adultes atteint à peine 43,5 % ; chez les femmes, ce chiffre est encore bien moindre. De plus, on constate de grandes disparités d'une province à une autre : c'est au Pendjab que le taux d'alphabétisme est le plus haut, et c'est au Bélouchistan et dans les régions frontalières du nord-ouest qu'il est le plus bas. Il s'agit là d'un point d'une importance cruciale : un système éducatif fort fait partie intégrante d'une société pondérée et tolérante, ce que les partis extrémistes mettent en question. Selon les estimations, un enfant sur trois étudie dans une madrassa (école coranique), où il reçoit une instruction religieuse, certes, mais aussi le gîte et le couvert. L'importance des madrassas trahit un sous-investissement récurrent dans les ressources humaines et les infrastructures nationales. Aussi bien, le gouvernement a fermé les yeux sur les activités du clergé fondamentaliste, de sorte que certaines madrassas ont pu professer des croyances radicales. Outre qu'elle favorise la participation politique, la démocratie apporte une certaine transparence et permet, au fil du temps, de vérifier et, au besoin, de rectifier les choix politiques, économiques, sociaux et autres d'une société, empêchant ainsi la marginalisation de telle ou telle autre composante de cette dernière. Si la prééminence de l'armée dans pratiquement tous les aspects de la vie publique pakistanaise a assuré au pays une forme de stabilité, elle a toutefois prélevé un lourd tribut politique, économique et social, et les Pakistanais sont de plus en plus nombreux à faire remarquer que les inconvénients du régime militaire l'emportent désormais sur ses bienfaits.

27.Le conflit avec l'Inde n'a pas seulement de graves conséquences économiques : il porte également atteinte au processus de démocratisation du Pakistan. L'une des principales questions auxquelles doit répondre le pays est de savoir s'il pourra conserver à plus long terme son budget militaire actuel sans entraver considérablement le développement économique et sociétal : l'une des principales causes de la chute de l'URSS a été ses gigantesques dépenses de défense (entre 15 et 17 % du PIB). Le Pakistan doit instaurer un juste équilibre entre ses dépenses et ses investissements dans la limite de ses ressources. Sa sécurité extérieure et intérieure est bel et bien subordonnée aussi à ses dépenses non militaires, et l'absence de développement et d'infrastructures en divers endroits - notamment dans les régions tribales du nord-ouest - a sapé l'autorité d'Islamabad et apporté de l'eau au moulin des partisans des taliban.


V.  PRINCIPAUX PROBLEMES DANS LES RELATIONS ENTRE LE PAKISTAN ET L'OTAN

28.Ces relations n'existent que depuis peu et sont essentiellement placées sous le signe de la situation en Afghanistan et de la campagne menée par l'OTAN dans ce pays. A la demande d'Islamabad, les Alliés ont pris part aux opérations de secours qui ont suivi le tremblement de terre d'octobre 2005 ; rappelons que ce cataclysme a fait plus de 73 000 morts, 70 000 blessés et quelque quatre millions de sans-abri. L'OTAN a mis en place un pont aérien par l'intermédiaire du Centre euro-atlantique de coordination des réactions en cas de catastrophe (EADRCC) et d'éléments de sa propre force de réaction : structures de commandement et de contrôle du niveau du quartier général déployé, unités du génie, hélicoptères et hôpitaux de campagne. Travaillant en étroite collaboration avec les autorités pakistanaises et l'ONU, elle avait pour tâche de veiller au bon fonctionnement de ce pont aérien et aux transports intra-théâtre, de réparer les infrastructures routières d'importance critique, d'aménager des abris provisoires et de fournir une assistance médicale. Entre le 11 octobre 2005 et le 1er février 2006, ses forces ont accompli 168 vols et livré 3 500 tonnes de produits et d'équipements de première nécessité. L'Alliance a également déployé des ingénieurs ainsi que des centres médicaux.

29.Par ailleurs, le Pakistan coopère avec l'OTAN dans le contexte de la Commission militaire tripartite, au sein de laquelle la FIAS siège à part entière. Pour faciliter la communication et la coopération, des officiers de liaison pakistanais sont installés à Kaboul et dans d'autres villes d'Afghanistan. Des membres des forces armées pakistanaises et de la FIAS se réunissent périodiquement avec des responsables des forces de la coalition pour discuter de la sécurité aux frontières et une cellule d'opérations de renseignement conjointes vient d'être créée. Tout récemment aussi, l'OTAN et Islamabad ont apporté la dernière touche à un accord aux termes duquel l'Alliance peut acheminer des troupes et du matériel à destination de l'Afghanistan via le Pakistan.

30.La prolifération des ADM et de leurs vecteurs continue à poser un problème dans les relations entre ce dernier et l'OTAN. Islamabad occupe une place de première importance dans la lutte contre cette prolifération, mais ses antécédents en la matière sont inquiétants et sapent sa crédibilité auprès de la communauté internationale et, plus spécialement, des pays occidentaux. Le savant nucléaire pakistanais le plus en vue, Abdoul Qadeer Khan, a vendu dans le monde entier des technologies névralgiques relevant du domaine nucléaire et des missiles. Entre la fin des années 80 et le milieu des années 90, les laboratoires de recherche Khan (LRK) ont aidé l'Iran à acquérir des centrifugeuses destinées à l'enrichissement de l'uranium ; depuis le début des années 90 jusqu'en 2002 environ, la Libye a reçu des plans, des composantes, des centrifugeuses complètes et de l'uranium faiblement enrichi, de même qu'un modèle d'arme nucléaire. De plus, les LRK ont mis au point des missiles en collaboration avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC).

31.D'aucuns ont avancé que, en raison de leur coopération avec l'Iran, la RPDC et l'Irak, les autorités pakistanaises auraient pu être informées des transferts effectués par le réseau d'A. Q. Khan, et de graves questions se posent quant à leur rôle dans le fonctionnement dudit réseau. On se demande également si elles ont pris toutes les mesures que méritaient les agissements du physicien : elles ont placé ce dernier en résidence surveillée mais empêchent les enquêteurs étrangers de communiquer avec lui.

32.Les risques de voir des terroristes s'emparer d'ADM sont sans doute plus grands au Pakistan que dans d'autres pays, y compris l'Irak, la Libye, la RPDC ou l'Iran, compte tenu de l'incessant combat que doit mener Islamabad contre le fondamentalisme.


VI.  CONCLUSIONS

33.Le Pakistan revêt une importance stratégique pour la lutte contre l'extrémisme international et pour la stabilisation de l'Afghanistan. C'est un allié potentiel de l'OTAN et nous avons tout intérêt à améliorer les capacités de ses forces armées face à l'insurrection. Nous devons reconnaître son rôle et sa contribution dans le domaine de la sécurité de son voisin du nord-ouest et lui donner les moyens d'en faire plus.

34.Il est arrivé que le Pakistan participe tout à la fois du problème que pose la stabilisation de l'Afghanistan et de sa solution. Il peut s'investir davantage dans la lutte contre les taliban. Cependant, la politique occidentale à son égard se caractérise par son manque de continuité et de cohérence. Nous devons surmonter notre méfiance et aider Islamabad à échapper à l'isolement. Pour venir à bout de l'insurrection, il a besoin d'une aide accrue de la part de la communauté internationale et, spécifiquement, des Alliés. Il faut aussi mieux coordonner l'assistance fournie au pays et les autorités pakistanaises doivent être tenues de rendre des comptes plus précis sur l'usage qu'elles en font.

35.Nous devons instaurer un partenariat durable avec le Pakistan pour pouvoir œuvrer effectivement à la stabilisation de l'Afghanistan et vaincre les taliban et les adeptes du terrorisme international. Le rapporteur suggère donc que l'OTAN ouvre un dialogue politique avec les autorités pakistanaises. Dans le prolongement de la visite de Shaukat Aziz au siège de l'OTAN en janvier, suivie, début mai, du premier voyage officiel jamais effectué par un Secrétaire général de l'OTAN au Pakistan, celle-ci a engagé un processus visant à nouer des rapports de confiance avec Islamabad. Nous devrions aussi fournir à ses autorités une assistance technique grâce à laquelle elles pourraient surveiller plus étroitement les mouvements transfrontaliers. Qui plus est, l'Alliance devrait envisager d'ouvrir au Pakistan un plus grand nombre d'activités de son Partenariat pour la paix, au cas par cas, et d'augmenter à cet effet le budget disponible. A ce jour, Islamabad a été invité à prendre part à cinq activités mais n'a pu donner suite à ces invitations, faute de fonds suffisants. Il faut espérer que le financement de la participation du Pakistan à des activités de formation pourra être accru. Par ailleurs, l'OTAN a acquis une expérience considérable dans la réforme de la défense et, notamment, dans la sécurité frontalière. Voilà un secteur dans lequel l'UE, elle aussi, assume des fonctions de plus en plus importantes, et le rapporteur souscrit à l'idée d'une coopération entre l'OTAN et l'UE pour renforcer les capacités pakistanaises en la matière. En outre, pour conserver le Pakistan dans notre camp, nous devons toucher une plus large partie de sa population : la grande majorité de celle-ci se montre critique à l'encontre de l'OTAN et nous devons informer nos détracteurs de la vraie nature de l'Alliance et de ses activités. L'Assemblée parlementaire de l'OTAN peut ici jouer un rôle crucial en approfondissant les relations avec le Pakistan. Le rapporteur se félicite vivement que l'Assemblée ait ouvert un dialogue politique avec le Parlement de ce pays après la visite de la Sous-commission à Islamabad au début de cette année.

36.Il y a lieu aussi de traiter la question du comportement du Pakistan en ce qui concerne la prolifération des ADM. Il n'y a pas de dialogue entre l'OTAN et Islamabad à ce sujet, et il serait judicieux de remédier à cette situation. Par exemple, les Pakistanais pourraient être régulièrement invités aux séminaires qu'organisent autour de ce thème l'OTAN et son Centre sur les ADM. Certes, l'Alliance ne joue pas un rôle dynamique dans la non-prolifération, mais elle pourrait songer à persuader le Pakistan d'adhérer au TNP et au Régime de contrôle de la technologie des missiles (MTCR). Dans cette perspective, Islamabad devrait adopter des dispositions pour le contrôle interne des technologies relatives aux missiles et au nucléaire.

37.Cependant, un rapprochement entre l'OTAN et le Pakistan ne doit pas apparaître comme une démarche hostile à l'Inde. Bien plutôt, l'OTAN en tant que telle et ses membres devraient approuver et soutenir le processus de paix indo-pakistanais. Par exemple, ils pourraient ouvrir aux deux pays l'Initiative de coopération d'Istanbul.

38.La communauté internationale peut et doit contribuer à la définition d'une frontière agréée entre le Pakistan et l'Afghanistan. La Commission militaire tripartite, où siègent les Etats-Unis, l'OTAN, le Pakistan et l'Afghanistan et qui fait office d'organe de coordination des politiques relatives aux réfugiés afghans, pourrait être utilisée à cet effet.

39.Enfin, la politique la plus efficace à l'égard du Pakistan serait que les Alliés tiennent leurs promesses en Afghanistan. Ils doivent maintenir leur engagement et s'employer davantage à stabiliser le pays, en particulier dans le sud. Le Pakistan a, bien évidemment, des responsabilités à assumer à ce propos, tout comme il est de son propre intérêt de venir en aide à son voisin du nord, mais il incombe collectivement à la communauté internationale d'annihiler le terrorisme et les activités insurrectionnelles en Afghanistan.


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