TABLE DES MATIERES
I. INTRODUCTION
II. SESSION 1: LA MAURITANIE: STABILITE INTERNE ET SECURITE REGIONALE
III. SESSION 2: SECURITE ET DEVELOPPEMENT EN MAURITANIE: LE ROLE DES ORGANISATIONS INTERNATIONALES
IV. SESSION 3: ISLAM ET DEMOCRATIE
V. SESSION 4: LE CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN: REPERCUSSIONS SUR LA STABILITE DE LA REGION
VI. SESSION 5: COOPERATION REGIONALE
I. INTRODUCTION
1. Le 10ème séminaire du Groupe Spécial Méditerranée (GSM) s'est tenu à Nouakchott, en Mauritanie, du 17 au 19 octobre 2004. Ce séminaire a réuni les membres des délégations d'Algérie, de Jordanie, du Maroc et d'Israël et de nombreux observateurs non parlementaires, institutions et centres de recherche qui ont participé aux débats. Pour la première fois, le GSM recevait le Secrétaire Général de l'Union Interparlementaire Arabe (UIPA), M. Nour Eddine Bouchkouj ainsi que le Secrétaire Général du Conseil consultatif de l'Union du Maghreb Arabe (UMA), M. Said Moughadam.
2. La Mauritanie est un pays mitoyen de plusieurs entités géopolitiques différentes, le Maghreb, l'Afrique sub-saharienne, le Sahel et le monde méditerranéen. Bien que -de part sa géographie- ce pays ait une vocation plutôt Atlantique, il partage avec ses voisins de la méditerranée un certain nombre de préoccupations sécuritaires qui ont été évoquées au cours de ce séminaire.
3. Dans leur discours d'ouverture du séminaire, S.E M. Rachid Ould Saleh, président de l'Assemblée nationale de Mauritanie ainsi que M. Chérif Ahmed Ould Mohamed Moussa, Chef de la délégation mauritanienne auprès de l'AP-OTAN, ont souligné la " relation organique " existante entre la sécurité et le développement, tous deux facteurs de stabilité. La politique actuelle du pays, initiée par le président Ould Taya, vise à promouvoir en priorité la lutte contre la pauvreté et l'analphabétisme. La Mauritanie est une terre d'échanges et d'interaction et sa position géographique la lie aux pays du Maghreb et de la Méditerranée. Ce pays a la ferme conviction que seul le dialogue et la compréhension mutuelle pourront venir à bout des nouvelles menaces apparues dans la région telle que le terrorisme, l 'extrémisme et les trafics illégaux. M. Boucheron (France), président du GSM, a remercié les autorités du parlement et du gouvernement mauritaniens pour leur accueil et l'organisation de ce séminaire dans leur pays qui fait partie intégrante de la zone de partenariat de l'OTAN.
4. Dans son intervention sur "Le rôle de la Mauritanie au sein des organisations régionales et internationales", M. Mohamed Vall Ould Bellal, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, a exprimé ses inquiétudes face à la phase de transition actuelle que traverse le monde depuis la fin du système bi-polaire. Il insiste sur le manque de visibilité en politique internationale et souligne que l'apparition de menaces "sans frontières" tel que le terrorisme, a bouleversé toute la région. La Mauritanie a une position unique et stratégique de pont entre l'Afrique et le monde arabe, et elle est particulièrement préoccupée par la montée des extrémismes, la prolifération des réseaux maffieux et terroristes, la constante augmentation des flux migratoires vers l'Europe et la pauvreté dans la région. Le ministre a présenté aux membres du GSM les principaux piliers de la politique étrangère de son pays. La première priorité de cette politique est d'ancrer la Mauritanie dans l'enceinte internationale des pays démocratiques tournés vers le progrès et la paix dans le monde. Le ministre rappelle à ce sujet la contribution de son pays aux négociations sur le Sahara Occidental ou son rôle initiateur du mouvement pan-sahélien contre le terrorisme. La Mauritanie poursuit également une politique d'équilibre géopolitique. En raison de sa position géostratégique, la Mauritanie ne souhaite pas être " prisonnière " d'une alliance ou d'une autre. Grâce à une politique de diversité, la Mauritanie contribue à l'effort régional pour le maintien de la paix. Ainsi, la Mauritanie est active au sein de la Ligue arabe dont elle a actuellement la Présidence du conseil ; elle participe au Forum des 5+5 ; elle est un membre actif des dialogues méditerranéens de l'Union européenne et de ceux des institutions de l'OTAN. Elle entretient des liens très étroits avec les membres de La Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDAO). Elle est membre de l'UMA, de l'UIPA, de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et de son Union Interparlementaire, de l'Union Africaine (UA) et de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), entre autres.
5. A une question de M. Ricciotti (Italie) sur les relations de la Mauritanie avec les institutions financières internationales, le Ministre a expliqué que son pays, dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, met en œuvre de nombreux projets sociaux, économiques, éducatifs, sanitaires et écologiques pour améliorer la situation des populations les plus démunies. Le ministre a également repris un commentaire de M. Erdem (Turquie) pour souligner les nombreux efforts de la Mauritanie afin de promouvoir une coopération régionale pour lutter contre le terrorisme, notamment avec le Niger et le Tchad ou encore grâce à l'initiative pan-sahélienne.
II. SESSION 1: LA MAURITANIE: STABILITE INTERNE ET SECURITE REGIONALE
6. M. Isselmou Ould Mohamed, président de l'Association mauritanienne de suivi-évaluation (AMSE), Secrétaire général de l'Association mauritanienne des statisticiens (AMS) a présenté les caractéristiques socio-économiques de son pays. Le dernier recensement en 2000 fait état d'une population totale de 2,5 millions de personnes, dont quelque 50% a moins de 15 ans, 60% moins de 20 ans... L'espérance de vie à la naissance est de 54 ans, mais malheureusement le pays est encore frappé par un taux important de mortalité infantile. Il note qu'en 1965, 70% de la population était nomade, ce qui n'est le cas aujourd'hui que pour un peu moins de 5% de la population. Il ajoute que la capitale abrite presque un quart de la population du pays, ce qui engendre de nombreux problèmes urbains. M Mohamed fait également état d'un recul relatif de la pauvreté dans son pays entre 1992 et 2000. Néanmoins 46% de la population vit encore sous le seuil absolu de pauvreté contre 56% en 1993. En 1977, date du 1er recensement national, 77% de la population était analphabète. Aujourd'hui, le taux d'analphabétisme ne touche plus que 46% de la population, ce qui est une tendance encourageante. Il rappelle que la moyenne africaine pour ce même taux est de 58% de la population, celle de l'Europe 10% et 30% pour l'Asie. Enfin, il ajoute qu'environ 1% de la population, selon les statistiques disponibles, serait touchée par le virus du SIDA. M Mohamed souligne que les deux principales causes de conflits dans le monde sont les disputes pour le contrôle de l'eau et des ressources pétrolières. Cette région n'échappe pas à la règle et un sérieux contentieux persiste au sujet du fleuve Sénégal. Il existe un autre désaccord avec la Guinée au sujet de la gestion des réserves d'eau placées en amont de la Mauritanie. Il regrette l'absence de dispositif régional pour la régulation des ressources, et suggère la création d'une "zone de prospérité" au niveau régional, qui permettrait non seulement d'éloigner les risques de conflits, mais surtout favoriserait un partage des ressources et un développement économique conséquent.
7. Dans son intervention sur "Les enjeux stratégiques liés au développement de l'industrie pétrolière en Mauritanie", M. Mohamed Ould Awa, Directeur du projet du développement du champ pétrolier de Chinguitty note un intérêt accru pour son pays depuis la découverte d'importants champs de pétrole. Il souligne l'importance, pour son pays, de bien envisager les conséquences à venir de l'exploitation du pétrole sur le fonctionnement de l'économie, l'écologie... Il est convaincu que la Mauritanie doit également s'attacher à promouvoir le développement durable, la répartition équitable des ressources et des revenus du pétrole et la promotion d'autres secteurs de l'économie. Il est crucial d'engager les partenaires régionaux et pays limitrophes dans une coopération régionale renforcée. La Mauritanie a actuellement découvert deux importants champs de pétrole qui offrent une réserve estimée à 120 millions de barils. L'exploitation attendue de ces gisements devrait atteindre bientôt une production journalière de quelque 75 000 barils de pétrole. Il rappelle que, malheureusement, les échanges économiques avec les pays économiquement défavorisés sont loin d'être équitables. Par exemple, aujourd'hui, le Tchad vend son baril de pétrole à 26 USD, alors qu'il s'échange sur les marchés à plus de 60 USD par baril.
8. Les deux intervenants répondant aux questions ont particulièrement insisté sur le besoin de coopération régionale à tous les niveaux, en raison de l'interdépendance de tous les pays de la région, qu'il s'agisse de l'approvisionnement en eau, du contrôle des territoires et des frontières ou de la lutte contre la pauvreté et contre l'inégalité.
9. Dans son allocution principale sur "le rôle de la Mauritanie dans l'espace euro-méditerranéen et les risques de radicalisation de l'Islam en Afrique subsaharienne", M. Jean-François Daguzan, Maître de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique et rédacteur en chef de la revue Maghreb-Machreck rappelle que le contrôle de l'espace sahélien est une importante question stratégique. Pivot entre le Maghreb et l'Afrique noire, la Mauritanie fait la synthèse des cultures et influences locales ainsi que des vocations terriennes et maritimes des pays de la région. Dans cet espace Sahara-Sahel, la présence de groupes actifs terroristes et islamistes est avérée. L'ensemble de la région est touché par les mouvements d'émigration clandestine, souvent en transit vers l'Europe, mais également par le développement de trafics illégaux difficilement contrôlables. Malgré une prise de conscience tardive, un processus de collaboration et de lutte contre le terrorisme se met en place au niveau régional. Débats au sein de l'Union Africaine, réunions des ministres de la Justice de l'UMA, création d'un centre de lutte contre le terrorisme à Alger sont quelques exemples de cette mobilisation des pays de la région. En 2002, le Département d'Etat américain met en place un programme d'assistance à la lutte contre le terrorisme, " L'initiative pan-sahélienne (PSI)". Ce programme, de 125 millions de USD pour 5 ans, est ouvert au Mali, au Niger, au Tchad et en Mauritanie et comprend plusieurs projets pour l'amélioration de la protection des frontières, la surveillance des mouvements migratoires, la lutte contre le terrorisme et la coopération pour renforcer la stabilité régionale. Bien que le Processus de Barcelone ait été bouleversé par les tremblements politiques liés à la guerre en Irak et ait peut-être déçu certaines attentes de ses partenaires méditerranéens, il est important que l'Europe renforce le dialogue et la coopération avec cette zone stratégique de la Méditerranée, du Sahara et du Sahel. En premier lieu, la Mauritanie doit devenir un partenaire central dans cet échange et un membre à part entière d'Euromed.
10. Au cours du débat, M. Daguzan a réitéré qu'il ne s'agit pas de radicalisation de l'Islam mais des individus. La présence de l'AP-OTAN dans ce pays est un signe de l'ouverture et de la tolérance de ce pays. Cette visite offre une occasion exceptionnelle de faire connaissance avec cette partie du monde. Il est crucial de développer une connaissance du monde et de la culture arabo-islamiques dans nos sociétés occidentales afin d'éviter les amalgames entre la religion de l'Islam et la terreur ou l'extrémisme politico-religieux qui est le fer de lance de beaucoup de terroristes. Il convient de rappeler que les Oulémas de Mauritanie, dans une Fatwa publiée en 2003, ont officiellement condamné le terrorisme.
III. SESSION 2: SECURITE ET DEVELOPPEMENT EN MAURITANIE: LE ROLE DES ORGANISATIONS INTERNATIONALES
11. Dans son intervention sur "Les Etats-Unis, l'OTAN et le Maghreb arabe: Coopération et partenariats", S.E. M Joseph Lebaron, Ambassadeur des Etats-Unis auprès de la République Islamique de Mauritanie a souligné l'importance de soutenir la Mauritanie dans ses efforts pour coaliser les forces régionales afin de renforcer la lutte contre le terrorisme. Le dialogue avec les institutions de l'OTAN est un élément important pour cette entreprise. Les Etats-Unis souhaitent activement contribuer à l'institution d'une stabilité durable dans la région et estiment que la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la mise en place d'institutions démocratiques contribuent à établir la prospérité et la sécurité dans la région. Dans cette perspective, le gouvernement américain est associé à de nombreux projets tels que la formation des forces armées, l'assistance technique à la "Force d'action rapide" mise place dans le cadre de l'initiative pan-sahélienne ainsi que l'aide au renforcement des mesures de contrôle et de sécurité aux frontières du pays.
12. A la question de M. Rivière (France), l'Ambassadeur Lebaron a déclaré qu'il y avait en effet un risque de prolifération des armes légères dans la région. Il a ajouté que son gouvernement développait à cet effet des programmes de formation à l'attention des militaires et des représentants de la société civile. La Mauritanie est un pays ouvert au dialogue. Mme Cecile Molinier, Représentant-résident du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en Mauritanie, a ajouté au sujet de la prolifération des armes légères, que les Nations Unies ont nommé un représentant spécial chargé de présenter un rapport sur la situation actuelle dans la région. De plus, la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDAO) a mis en place un moratoire sur la circulation des armes légères.
13. Répondant à une question du président Boucheron sur l'importance des ressources énergétiques mauritaniennes, l'Ambassadeur a précisé que l'évaluation des réserves de pétrole en Mauritanie était en cours, mais qu'il était probable que la Mauritanie ait des réserves comparables à celles de la Guinée.
14. M. Jean-Eric Paquet, Représentant de la délégation de la Commission européenne en Mauritanie a brièvement présenté aux membres du GSM l'essence des programmes de coopération européenne en Mauritanie. La coopération avec la Mauritanie s'inscrit dans le cadre des accords ACP de Lomé puis de Cotonou depuis 2000. Cette coopération privilégie la sécurité et le développement. Les programmes de la Commission assistent les autorités de ce pays à lutter contre la pauvreté et le crime organisé, à promouvoir la bonne gouvernance, à protéger l'environnement et à s'attaquer à toute autre cause potentielle d'insécurité. L'accord de coopération signé en 2001 avec la Mauritanie attribue un budget de 120 millions d'euros, dont quelque 15% est alloué aux programmes d'appui institutionnel (la bonne gouvernance, la promotion et le développement de la société civile et des institutions). La Commission soutient également un bon nombre de projets liés à la lutte contre la pauvreté. Il s'agit en particulier des projets de développement durable axés sur le développement des régions et des infrastructures. Elle assiste également la remise en marche des systèmes d'irrigation et de forages, la réflexion sur la gestion de l'eau et l'utilisation de l'énergie solaire.
15. Mme Molinier est intervenue sur les récentes évolutions de ce pays du point de vue politique, économique et social. Ce pays s'efforce depuis deux décennies de s'ajuster à la dynamique internationale et a mis en place dès 1986 un véritable "plan de démocratisation de la vie publique". Ce plan a débuté la même année par l'organisation des premières élections pluralistes dans l'histoire du pays depuis son indépendance, acquise en 1960. Ce processus a subi une accélération significative en1991-1992 avec l'adoption par référendum d'une constitution garantissant les libertés fondamentales et qui mettait ainsi fin à treize années de régime d'exception. Les partis d'opposition ont obtenu 11 sièges à l'Assemblée nationale aux dernières élections, ce qui est un signe de bon fonctionnement de la vie civique. Il en est de même pour la presse, dont la diversité et le ton prouvent une certaine liberté de parole. La Mauritanie, qui a récemment signé un large éventail de conventions internationales en matière de droit de l'Homme, s'efforce de promouvoir des progrès dans ce domaine ainsi que d'encourager la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. Mme Molinier souligne les progrès remarquables réalisés dans le domaine de l'éducation, et note que le taux brut de scolarisation dans le primaire dépasse les 90%. Elle relève néanmoins l'absence de progrès voire d'inquiétantes tendances dans le domaine de la santé et notamment la persistance d'importants taux de mortalités infantile et maternelle et la progression du SIDA, de la tuberculose et du paludisme.
16. Mme Molinier, répondant à une question de M. Bayley (Royaume-Uni), a déclaré qu'en effet il était très important pour le pays de lier étroitement l'exploitation du pétrole à la question globale du développement. En particulier, il est essentiel que la Mauritanie soit vigilante et prenne toutes les mesures nécessaires afin de protéger la nature et l'équilibre écologique des conséquences possibles de l'exploitation du pétrole. Ceci est particulièrement vrai pour la protection des ressources halieutiques.
17. M. Bouvard (France) s'interroge sur la situation des droits de la femme et sur la persistance de pratiques s'apparentant à l'esclavage. Mme Gürel (Turquie) demande à Mme Molinier ce qu'il en est de l'accès à l'éducation pour les filles. Mme Molinier souligne que la Mauritanie a signé la Convention contre les discriminations à l'égard de la femme. Elle ajoute que le pays montre une réelle volonté de briser les tabous dans ce domaine et que depuis deux ans, de gros efforts sont accomplis pour réfléchir et prendre des mesures contre la violence à l'encontre des femmes, comme les mutilations génitales. L'esclavage en Mauritanie est un sujet récurrent qui a d'ailleurs été récemment débattu par le Comité contre la discrimination raciale à Genève. L'esclavage a été aboli en 1981 dans ce pays. Il est en pratique difficile de distinguer l'esclavage du travail forcé, certains cas d'esclavages sont encore présentés officiellement comme des cas de dépendance économique. La Mauritanie a également entrepris de très sérieux efforts dans le domaine de l'éducation. Elle précise que 48 % des élèves d'écoles primaires sont des filles. Mme Rich (ONG allemande) souligne que les résultats doivent être également mesurés en terme de qualité de l'éducation et pas seulement de quantité d'élèves allant à l'école.
18. M. Mohamed Abdulla Beyli (Mauritanie) ajoute qu'il n'y a plus d'esclavage en Mauritanie, mais qu'il existe des survivances du passé. Aujourd'hui, les " Haratines ", représentants les descendants des esclaves, participent avec l'ensemble de la population aux efforts nécessaires pour liquider totalement les iniquités et la discrimination dans ce pays. M. Moussa rappelle les nombreux projets menés en collaboration avec le clergé islamique et les Oulémas pour éradiquer les " séquelles de l'esclavage " et les pratiques inhumaines et inacceptables telles que l'excision ou la polygamie.
19. Mme Matt Mint Ewnen (Mauritanie) souligne que d'immenses progrès ont été récemment achevés dans ce domaine grâce à la volonté politique existante dans le pays, mais également en raison d'une application juste des normes de l'Islam qui protèges les droits de la femme. En conséquence, en Mauritanie la femme bénéficie d'un accès à la vie professionnelle et publique. Elle demande également une clarification des concepts de terrorisme et d'intégrisme plusieurs fois mentionnés au cours de ce débat. M. Khiar (Algérie) ajoute que les pays du Maghreb sont des cibles particulières des terroristes. Il faut donner des moyens aux pays de cette région pour lutter contre ce fléau terroriste qui les touche en premier lieu. M. Boucheron répond qu'en effet, il faut se garder de tout amalgame rapide et inexact. Le terrorisme n'est pas un fait islamique puisque toutes nos sociétés sont touchées par ce phénomène, actes terroristes des militants chrétiens contre l'avortement en Europe ou aux Etats-Unis, assassinat d'I. Rabin par les extrémistes juifs ou les assassinats d'otages par des musulmans en Irak.
20. A une question de M. Ould Diah (Mauritanie) sur l'interaction entre développement et construction de l'Etat de droit, Mme Molinier rappelle les déclarations du Secrétaire Général des Nations Unies. " Il n'y a pas de développement sans paix et sans stabilité ". Elle souligne l'importance du volet " Etat de droit " des programmes de développement. M. Paquet soutien cette théorie et ajoute que, dans le cadre des accords de Cotonou, un chapitre entier recommande la promotion du dialogue politique, les réformes démocratiques et la consolidation de l'Etat de droit. D'ailleurs, la Commission européenne sponsorise de plus en plus de projets pour l'appui institutionnel, le développement de la société civile et des institutions.
IV. SESSION 3: ISLAM ET DEMOCRATIE
21. Dans son intervention, le professeur Mualla Selçuk, Doyenne de l'Université d'Ankara, faculté de théologie, a présenté une vision de la démocratie à travers une lecture du Coran. Elle souligne que le Coran établit des principes fondamentaux qui soutiennent le principe de la démocratie. Il s'agit du principe de Taa'ruf qui littéralement signifie la connaissance de l'autre. Ce principe inclut les valeurs de justice, d'assistance et de compréhension mutuelles ainsi que les principes de concertation et de tolérance qui sont des fondements du système démocratique. L'Islam envisage les relations humaines à travers les principes de raison et de liberté et prône le principe du libre arbitre. Le Coran montre le chemin de la connaissance nécessaire à la prise de décision mais responsabilise l'individu face à ses devoirs et ses décisions.
22. M. Hamden Ould Tah, Islamologue, déclare que l'Islam est une religion de dialogue et de réflexion avec autrui. Un des principes de base de l'islam est la " Shura ", la consultation des sages complétée par l'acceptation de ses décisions par les masses. C'est sur ce principe que se sont érigées les civilisations islamiques avant la colonisation. La période de colonisation a imposé de nouvelles normes à ce système qui, depuis, a perdu son homogénéité. L'Islam est donc en plein processus de redéfinition de ses principes. La définition de la démocratie comme " le gouvernement du peuple par le peuple " est en contradiction avec la loi de droit divin de l'Islam, car c'est une définition laïque de la communauté et des relations humaines. Néanmoins, l'Islam est une religion souple qui s'est adaptée aux évolutions socio-politiques et accepte désormais que les élites politiques et les dirigeants soient choisis par le biais d'élections. L'élection est provisoire alors que la nomination divine est éternelle. Il y a acceptation du vote pour des motifs organisationnels. La raison d'Etat est un autre concept qui ne trouve pas sa place dans la conception religieuse de l'organisation de la vie politique en terre d'Islam. Il y a donc encore beaucoup à faire dans le domaine du rapprochement entre les principes théologiques et religieux de l'Islam et le droit constitutionnel contemporain. Ce rapprochement ne peut se faire que par le dialogue et l'échange.
23. M. Lellouche (France) soulève la question de l'acceptation de la séparation du temporel et du spirituel. Est-ce qu'une République Islamique peut promouvoir la séparation des pouvoirs voire même l'égalité homme/femme ? M.Ould Tah précise qu'il faut conserver une double approche dans ce débat, considérer la religion de l'individu et le système étatique qui voudrait protéger les valeurs de l'Islam. Il y a de plus, beaucoup de mauvaises interprétations des principes de l'Islam, son appropriation comme slogan de guerre par les terroristes en est un exemple. M. Samba (Mauritanie) ajoute que le débat sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat est typiquement un débat occidental et ne se pose pas en Mauritanie. M. Abderrahman Lmtioui (Maroc) ajoute qu'un régime monarchiste peut également être une démocratie. M. Pilka (Pologne) déclare que la question centrale dans ce débat sur l'Islam et la démocratie est le respect des choix individuels, et la récente " crise du foulard " en France le prouve. Un participant a également relevé que M. Bourguiba avait en son temps interdit aux fonctionnaires de faire le Ramadan, car l'efficacité de l'administration en souffrait trop. C'est donc une preuve que le pouvoir réglementaire n'est pas toujours dominé par le religieux. Il rappelle également qu'un responsable politique qui n'est pas élu n'est pas forcément non-démocratique.
V. SESSION 4: LE CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN: REPERCUSSIONS SUR LA STABILITE DE LA REGION
24. S.E.M. Boaz Bismuth, Ambassadeur d'Israël en Mauritanie se félicite de cette rencontre et exprime son souhait que cette occasion se renouvelle. Israël ne veut pas croire que cette guerre est une fatalité. Malgré la déception des espoirs mis dans le processus d'Oslo, il réitère toute la confiance de son pays dans le processus de négociation. Il note qu'Israël a le devoir de protéger sa population civile, comme l'autorité palestinienne a le devoir de protéger la sienne. Les autorités israéliennes ont été fortement déçues du manque de soutien de la part des Palestiniens pour mettre fin au désordre et aux agressions terroristes. Malheureusement cette année a encore été marquée par de nombreuses pertes civiles et militaires. Aucune nation au monde n'a été aussi touchée que l'Etat d'Israël par des attentats suicides. " Depuis septembre 2000 plus de 900 israéliens ont été assassinés au cours d'attentats ". Afin de faire face à cette nouvelle vague de violence, l'Etat d'Israël érige une barrière de sécurité. " L'absence d'une telle barrière facilite les infiltrations dans les localités israéliennes ". L'ambassadeur ajoute que " le droit à l'autodéfense est inscrit dans le droit international ". L'objectif de cette " barrière n'est pas d'annexer des terres palestiniennes ou de modifier le statut juridique des Palestiniens ". Cette solution est apparue la seule pouvant permettre aux autorités israéliennes de protéger sa population. Il est essentiel pour relancer le processus de paix sur la base de " la feuille de route " que les Palestiniens remédient à cette situation chaotique et de violence. Ils devraient notamment " démanteler les organisations terroristes, confisquer les armes, arrêter ceux qui planifient et perpètrent des attentats terroristes, cesser l'initiation, l'encouragement à la violence et reprendre la coopération sécuritaire avec Israël ". Enfin, l'ambassadeur réaffirme la conviction et la volonté de son pays à trouver une solution politique à ce conflit meurtrier. Il souligne que l'existence de relations diplomatiques entre Israël et trois pays du monde arabo-musulman, l'Egypte, la Jordanie et la Mauritanie, est un signe important et positif pour le dialogue au Moyen-Orient. Il regrette néanmoins la fermeture des représentations diplomatiques israéliennes à Tunis et Rabat à la suite du déclenchement de la seconde Intifada et espère que les négociations en cours faciliteront la réouverture de ces représentations.
25. Dans son intervention, S.E.M. Abdel Shafi Mahmoud Siyam, Ambassadeur de Palestine en Mauritanie souligne que malheureusement depuis la conférence de Madrid, non seulement la situation sur le terrain se détériore, mais qu'il n'y a aucun signe positif pour une reprise des négociations. En accord avec la légalisation internationale et les normes onusiennes, l'autorité palestinienne désire créer un Etat avec sa capitale. Depuis le discours de M. Arafat à l'ONU en 1974, c'est la politique poursuivie par l'Autorité palestinienne. La situation actuelle montre malheureusement qu'Israël n'est pas prêt à respecter les conventions internationales et les accords signés entre les deux parties, quand bien même assorties de garanties internationales. Il faut être réaliste et décrire la situation dans les faits et telle qu'elle est. La Palestine est une victime de l'oppression des faibles par les forts, et n'est en rien responsable de l'arrêt des négociations. Les Palestiniens ont avancé des propositions concrètes et objectives qui n'ont pas trouvé de soutien. Il estime que les Palestiniens ont également fait de sérieuses concessions qui n'ont pas été suivies de résultats. Il souligne également l'ambiguïté politique de certaines puissances et en particulier note des positions contradictoires américaines. Il ajoute que la partie palestinienne est convaincue qu'une politique de " deux poids-deux mesures " ne peut qu'aggraver la situation et mettre en danger toute reprise des négociations. C'est pour cela que l'Autorité palestinienne estime qu'il est essentiel que l'ONU ait un rôle décisif de médiateur afin de garantir l'impartialité et l'équité dans les négociations. Il ne faut pas oublier que tous les pays de la région sont des victimes du terrorisme. Il s'agit de ne pas utiliser la lutte contre le terrorisme comme prétexte à d'autres objectifs politiques comme cela a été également le cas pour l'intervention en Irak. Il ne faut pas oublier les 8 000 prisonniers palestiniens incarcérés par les autorités israéliennes dans des conditions atroces. C'est un autre obstacle à l'institution d'une relation de confiance nécessaire à la reprise des négociations. L'Autorité palestinienne ne voit d'autre option qu'un retrait le long des frontières de 1967, une indemnisation des confiscations et destructions et demandait à l'époque une levée évidente de l'embargo à l'encontre du président Arafat. L'instabilité de la région est le résultat de l'absence de paix, les Palestiniens voulant construire la paix et remédier aux causes de l'instabilité et promouvoir le développement dans la région. Les Palestiniens ont choisi la démocratie et la paix, ils doivent être soutenus dans leurs efforts.
26. M. Moussa note que le " mur " sépare les Palestiniens d'autres Palestiniens ou de leurs terres. Il rappelle que le retrait de Gaza ne doit en aucun cas donner lieu au renforcement de la colonisation en Cisjordanie. Mme Ewnen souligne que la présence aujourd'hui des représentants des deux parties au conflit est un signe positif. M. Bayley déclare que dans son pays chaque nouvelle victime israélienne a comme effet d'augmenter la sympathie pour la cause israélienne. Il ajoute que la construction du " mur " est non seulement une évidence de la politique d'apartheid mais également un obstacle absolu à la construction d'un Etat palestinien, qui ne peut pas être économiquement viable dans cette situation d'isolement. M. Rivière fait état de sa déception quant au message politique présent dans les livres scolaires palestiniens où sur les cartes ne figure pas l'Etat d'Israël et son histoire ignorée. Il est essentiel de développer une connaissance et une compréhension mutuelle pour préparer la paix. M. Momani (Jordanie) rappelle que malheureusement Israël a remis en cause certains de ses accords avec la Jordanie, en particulier sur la gestion de l'eau. Il ajoute que la politique de colonisation pratiquée par Israël et la construction du mur risquent d'avoir comme conséquence un nouvel afflux de Palestiniens migrant vers la Jordanie. Plus d'un tiers de la population jordanienne est d'origine palestinienne et la plupart des terres qui sont actuellement colonisées en Palestine appartenaient à ces réfugiés vivant désormais en Jordanie. En conséquence, toute possibilité de retour disparaît. Il rappelle également que de nombreux Jordaniens sont détenus par les autorités israéliennes qui refusent de les libérer. Il ajoute que les autorités jordaniennes s'inquiètent fortement des radiations émises par le réacteur israélien qui augmente les risques de cancer dans la région. Il s'indigne de l'absence de réaction internationale à ce sujet très préoccupant et du fait qu'Israël ne se préoccupe pas de la santé des Jordaniens. M. Kara (Israël) note que le mur suit - pour une grande partie - la frontière de 1967. Sa présence est justifiée par un besoin de sécurité et une absence totale d'interlocuteurs responsables. M. Samba dénonce les amalgames. Ce conflit doit être envisagé sous son aspect historique et politique, et la question du terrorisme ne peut que retarder la discussion sur les vraies causes du conflit.
VI. SESSION 5: COOPERATION REGIONALE
27. M. Nour Eddine Bouchkouj a brièvement présenté les activités de l'UIPA, organisation qu'il représente. L'UIPA, créée en 1974 à Damas, rassemble 22 pays membres, également tous membres de la Ligue Arabe. Son but est de promouvoir les échanges politiques et le dialogue entre les parlements arabes. A cet effet, l'UIPA organise des débats sur les évolutions régionales, le développement de la démocratie, la promotion des droits de l'Homme et soutient des recherches et des études sur les intérêts et questions pan-arabes. L'UIPA comprend une conférence se réunissant une fois tous les deux ans, un conseil se réunissant une fois par an (45ème session en 2004) et un secrétariat international situé à Damas en Syrie. Deux nouvelles commissions seront créées dans un avenir proche, la " Commission pour l'étude de la situation des handicapés dans le monde arabe " ainsi que la " Commission pour la lutte contre la corruption dans le monde arabe ". Elles viendront compléter les 5 commissions déjà existantes : les commissions " juridique ", " politique et relations internationales ", " finance et économie ", " culture, environnement et éducation " et " femme et l'enfant ". L'UIPA accorde une grande priorité au dialogue arabo-africain. Elle se réunit une année sur deux dans un pays africain. La Mauritanie a une place privilégiée au sein de ce dialogue et participe activement à toutes les activités de l'Union.
28. M. Said Moughadam note que le Maghreb arabe couvre quelque 6 millions de km2 ou 18% du continent africain et 40 % du monde arabe. C'est une zone étendue et riche en ressources naturelles et en potentiel humain. Il n'y a, en fait, " qu'un seul peuple maghrébin " qui inclut plus de 80 millions d'individus. Il existe une réelle proximité culturelle et historique entre les cultures arabes, méditerranéennes et du Maghreb. Le terme de " Maghreb " est d'ailleurs ancien puisqu'il était utilisé par l'empire ottoman pour faire la différence entre le Maghreb et le Mashrek arabes. C'est le 10 juin 1988 que les dirigeants du Maghreb arabe on signé le document constitutif de cette Union maghrébine. Les institutions prévues par le Traité ont été mises en place : Conseil des ministres des Affaires étrangères, Comité de Suivi, Secrétariat général, Conseil Consultatif et Commissions ministérielles spécialisées, véritables chevilles ouvrières de l'action maghrébine commune. Ce sont ces commissions qui furent à l'origine de l'élaboration des 37 conventions et accords maghrébins conclus jusqu'à nos jours dans le cadre de l'UMA. En matière économique, l'UMA envisage dans un premier temps le développement d'une zone de libre-échange pour tous les produits d'origine maghrébine, d'une union douanière et d'un marché commun, dans un deuxième temps, et au long terme la constitution d'une union économique globale comme dernière étape de ce processus d'intégration. Quelque 150 membres de l'Algérie, de la Libye, du Maroc, de la Mauritanie, de la Tunisie, (30 membres par pays) forment " le conseil de la Shura du Maghreb arabe " pour un mandat de cinq ans. Le siège de l'organisation se trouve au Maroc, son Conseil en Algérie, la banque pour le développement est en Tunisie, la Mauritanie abrite son université et son académie des sciences et la Libye abrite le siège de ses institutions éducatives et culturelles. Cette organisation a l'ambition au long terme de se transformer en véritable parlement maghrébin.
29. M. Daguzan souligne que malgré les nombreuses initiatives existantes pour soutenir le développement d'une réelle coopération régionale, celle-ci n'a pas encore abouti et reste très théorique. Il semble que le dialogue régional est très souvent bloqué par des questions politiques. Ces blocages devraient être dépassés pour promouvoir activement la coopération transfrontalière, essentielle au développement et à l'équilibre économique, commercial, sécuritaire et environnemental de la région. M. El Hafedh (Mauritanie) souligne l'importance de re-dynamiser les dialogues pan-africain et arabo-africain. Il rappelle que la nation arabe " est blessée " notamment par le conflit au Proche-Orient mais également par la guerre en Irak ou la crise au Soudan. Et que dans ce contexte, seules la solidarité et la coopération peuvent aider les pays de la région à surmonter - en commun - leurs problèmes. M. Khalidou (Mauritanie) regrette que ces initiatives, qui à l'origine portaient les espoirs de nombreux peuples et nations, n'aient pas encore abouti et réitère la nécessité de relancer le dialogue. M. Samba ajoute que malheureusement il y a également des facteurs de blocage interne à la région tel que le conflit sur le Sahara occidental.