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AccueilSALLE DE PRESSE200831 mars 2008 - DES RÉUNIONS DE PARLEMENTAIRES DE L’OTAN EN TURQUIE RÉVÈLENT : FRUSTRATION LIÉE AUX NÉGOCIATIONS AVEC L’UE, AMBITIONS RÉGIONALES ET DIFFICULTÉS INTERNES

31 mars 2008 -DES RÉUNIONS DE PARLEMENTAIRES DE L’OTAN EN TURQUIE RÉVÈLENT : FRUSTRATION LIÉE AUX NÉGOCIATIONS AVEC L’UE, AMBITIONS RÉGIONALES ET DIFFICULTÉS INTERNES

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Une délégation de quinze parlementaires de dix pays différents, menée par Tchetin Kazak (Bulgarie), président de la sous-commission sur la gouvernance démocratique de la Commission sur la dimension civile de la sécurité de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, s’est rendue, du 24 au 27 mars 2008, à Istanbul et à Ankara (Turquie). Lors de réunions avec des représentants du parlement et des membres du gouvernement, des responsables de l’Union européenne (UE) et des experts indépendants, ils ont examiné certains des principaux problèmes auxquels se heurte la Turquie, tant sur le plan intérieur qu’international, notamment le processus d’adhésion à l’UE, les ambitions régionales du pays, la question de la laïcité, le problème kurde, et la lutte contre le terrorisme.

Le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE figurait en bonne place dans les discussions. Des responsables turcs ont déploré la lenteur des négociations, affirmant que les raisons officielles données par l’UE ne sont que des excuses face à l’opposition que suscite chez certains dirigeants européens la demande d’adhésion de la Turquie, position qu’ils ont qualifiée de peu clairvoyante et en contradiction avec les précédents engagements faits par l’UE envers la Turquie. Certains responsables ont rejeté catégoriquement toute idée de partenariat privilégié à la place de l’adhésion. Qui plus est, ils ont fait observer que les hésitations de l’UE risquaient de se mettre à dos la population par rapport à l’entrée du pays dans l’UE.

Certains ont déploré la suspension de négociations sur six chapitres en raison du refus de la Turquie d’ouvrir ses ports et ses aéroports aux avions et aux navires chypriotes et ont dénoncé les contradictions dont fait preuve l’UE dans sa façon d’envisager le problème de Chypre. Ils ont fait observer que ce sont les Chypriotes grecs qui ont rejeté le plan de paix Annan appuyé par l’UE, alors que la Turquie a joué un rôle positif, s’employant courageusement à convaincre les dirigeants du camp turc de soutenir le plan. L’UE, ont-ils également souligné, ne s’est pas acquittée du rôle qui lui revenait et refuse toujours d’engager des relations commerciales avec les autorités turco-chypriotes. A cet égard, il est difficile pour la Turquie de faire de nouvelles concessions. Quoi qu’il en soit, un règlement rapide de cette question pourrait intervenir compte tenu du changement récent à la tête de la République de Chypre.

Des membres du parlement et des responsables gouvernementaux ont réaffirmé que la Turquie était fermement décidée à engager des réformes qui, ont-ils souligné, sont nécessaires pour le pays indépendamment de la progression des négociations avec l’UE. Plusieurs responsables et experts indépendants ont fait valoir que la position géostratégique de la Turquie, passerelle entre l’Eurasie et le Moyen-Orient, doit être vue comme un atout important pour l’Union européenne. La Turquie considère ses relations avec l’Europe, d’une part, et avec ses voisins à l’Est et au Sud, d’autre part, comme complémentaires et se renforçant mutuellement, ces deux aspects augmentant l’intérêt que présente la Turquie pour l’autre partie.

Hilmi Güler, le ministre turc de l’énergie, a également souligné que la Turquie a pour ambition de devenir une plate-forme énergétique et a présenté des plans visant à développer les corridors existants Est-Ouest et Nord-Sud. Il est convaincu que ces nouvelles voies d’acheminement de l’énergie permettraient à la Turquie de jouer un rôle de premier plan pour la sécurité énergétique de l’Europe.

Cette visite s’est tenue à un moment clé de la vie politique turque, alors qu’un combat oppose les partisans du parti AKP au pouvoir et les forces laïques. Les tensions qui ont entouré l’élection de Abdullah Gül à la présidence en 2007, la controverse suscitée par une décision de lever l’interdit sur le port du voile à l’université et le recours juridique visant à interdire l’AKP et à exclure ses principaux responsables des activités politiques sont parmi les signes les plus récents de cet affrontement.

Interrogé à propos du sort d’une telle action juridique, Mustafa Aydin, professeur à l’université TOBB, a expliqué que le problème ne tenait pas aux juges mais au droit, lequel donne au pouvoir judiciaire les moyens d’engager une action contre les partis politiques. Des amendements à la Constitution sont actuellement envisagés pour éviter qu’une telle action ne se reproduise, ne faisant que compromettre la progression démocratique de la Turquie.

La situation de la population kurde en Turquie est un autre problème majeur. Le journaliste Cengiz Candar a expliqué à la délégation qu’il s’agissait d’une question extrêmement délicate en Turquie où l’existence d’un « problème kurde » en tant que tel n’a jamais été reconnue de manière officielle. On s’est davantage consacré au développement économique du sud-est de la Turquie et à la lutte contre le terrorisme du PKK. M. Candar a fait valoir que le terrorisme n’est qu’une retombée de la question kurde et y apporter une solution isolerait le PKK et saperait sa base de soutien. D’après M. Candar, la création d’une région kurde autonome en Irak, même si la Turquie ne peut guère s’en inspirer, devrait inciter le gouvernement actuel à étudier les moyens de répondre aux revendications politiques de la population kurde de Turquie. Une solution serait de nouer le dialogue avec la province irakienne du Kurdistan. Un tel geste enverrait un message positif à la population kurde de Turquie, équivalant à une reconnaissance de facto de l’identité kurde. M. Candar a également suggéré que, ayant reçu un mandat clair de la part de la population lors des élections de 2007, le gouvernement devrait tenir sa promesse et mettre en place une constitution démocratique et civile et, à cet égard, œuvrer en faveur d’une nouvelle définition de la citoyenneté. Si le fédéralisme est hors de question pour la Turquie, le gouvernement devrait également envisager des mesures accordant davantage d’autonomie à l’échelon municipal.

S’agissant de la récente intervention militaire de la Turquie contre le PKK dans le nord de l’Irak, plusieurs orateurs ont fait valoir que la stabilité de l’Irak est essentielle pour la Turquie. Tout en faisant observer que plusieurs zones du nord de l’Irak échappent au contrôle des autorités fédérales ou même régionales, ils ont salué dans l’ensemble les signes récents d’un renforcement de la coopération avec l’Irak, ainsi qu’avec les Etats-Unis, pour lutter contre les terroristes du PKK basés dans le nord de l’Irak.

Des responsables gouvernementaux ont confirmé que la lutte contre le terrorisme est l’une des priorités de la Turquie, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de ses frontières. Le vice-premier ministre Cicek a expliqué à la délégation que le terrorisme demeure une menace de premier plan pour le pays. Les efforts ont porté principalement sur le PKK, dont les agissements, d’après un responsable, ont coûté la vie ces 25 dernières années à quelque 35 000 personnes, toutes nationalités, origines ethniques et croyances confondues. M. Cicek a lancé un appel en faveur d’une plus grande coopération internationale au service de la lutte contre le terrorisme, déplorant le manque de cohérence dont font preuve certains alliés de la Turquie dans leur manière d’aborder ce problème, ce qui, dans certains cas, a réduit l’efficacité des efforts déployés par la Turquie. Il a notamment dénoncé l’application inappropriée ou incomplète du principe « poursuivre ou renvoyer » et le sanctuaire que représentent pour certains terroristes connus – dont des membres du PKK – certains pays européens.

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