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29 octobre 2007 - POUR BELGRADE, TOUTE DÉMARCHE UNILATÉRALE AUTOUR DU STATUT DU KOSOVO NUIRAIT À L’INTÉGRATION EUROPÉENNE DE LA SERBIE

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Une déclaration d’indépendance unilatérale de la part du Kosovo porterait un coup sévère au régime démocratique, encore fragile, de la Serbie, entraverait la marche de ce pays vers l’intégration euro-atlantique et nuirait à la stabilité régionale. Tel est le message prééminent que des législateurs et des responsables gouvernementaux serbes ont adressé aux membres de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN et aux délégués de diverses organisations internationales qui s’étaient réunis à Belgrade, du 25 au 27 octobre, pour le 67e séminaire Rose-Roth.

La situation sur le terrain demeure très incertaine. De nombreux participants ont fait part de leurs inquiétudes quant aux remous qu’une telle démarche unilatérale provoquerait en Serbie et chez les Serbo-Kosovars. D’autres ont cependant indiqué que l’on ne pouvait non plus prédire à coup sûr l’évolution de la situation au Kosovo si le statu quo devait se prolonger.

Face à la crise qui se profile à l’horizon, Kai Eide, ancien envoyé spécial de l’ONU au Kosovo, a lancé un appel général à la modération et pressé la communauté internationale de « ne négliger aucune piste » susceptible de déboucher sur un compromis acceptable par les deux parties avant le 10 décembre, date butoir fixée par le secrétaire général des Nations unies pour les négociations de la troïka Union européenne-Etats-Unis-Russie. Il a toutefois lancé un avertissement : le maintien du statu quo pourrait déstabiliser les autorités de Pristina. Il est plus que jamais nécessaire de jouer franc-jeu et de clôturer le dossier. « Il faut savoir mettre un point final à cette question », a dit M. Eide.

Durant son exposé, le diplomate norvégien a vivement reproché à la communauté internationale de ne pas avoir donné aux Albano-Kosovars « assez de motifs susceptibles de les encourager » à appliquer les normes conçues pour assurer la viabilité du Kosovo sur le double plan politique et économique.

Arben Qirezi, conseiller auprès du Premier ministre du Kosovo, s’est dit en désaccord avec M. Eide sur l’application de ces normes et a souligné que bon nombre des dispositions du plan Ahtisaari avaient d’ores et déjà été adoptées. Il a également accusé Belgrade de saper le processus en encourageant les Serbo-Kosovars à boycotter les élections et à ignorer les Institutions provisoires du gouvernement autonome (IPGA).

D’autres participants ont fait valoir qu’il était impossible de continuer à appliquer les normes suivant les modalités en vigueur et que le statu quo devenait intolérable. Steven Schook, adjoint au représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Kosovo, a déclaré qu’un authentique développement économique était extrêmement problématique en l’absence d’un règlement de la question du statut, car les investisseurs étrangers se gardaient de toute initiative tant que la clarté institutionnelle ne régnait pas. De surcroît, des signes inquiétants d’une perte de confiance dans les IPGA et dans l’action de la communauté internationale suscitent de graves inquiétudes pour la sécurité du Kosovo.

Le chef de l’Equipe de préparation de l’Union européenne au Kosovo, Jonas Jonsson, a affirmé qu’un nouvel arrangement inspiré du plan Ahtisaari et placé sous les auspices de l’Union européenne permettrait de réunir les principaux éléments requis pour la stabilité du Kosovo, dont une décentralisation institutionnelle et administrative, la protection du patrimoine culturel et le respect scrupuleux des droits de tous les groupes ethniques. La plupart des habitants du Kosovo partagent la même aspiration à devenir des citoyens de l’Union, facteur qui aide cette dernière à développer la société civile et à promouvoir la croissance économique. L’intervenant a déclaré : « Le Kosovo est un problème européen qui doit être examiné selon une perspective européenne. »

En revanche, le vice-ministre de Serbie pour le Kosovo-Metohija, Ljubomir Kljakić, a soutenu que les propositions contenues dans le plan Ahtisaari relevaient du principe des « deux poids, deux mesures » et qu’un Kosovo indépendant ne serait guère autre chose qu’une manifestation de néocolonialisme occidental. « Le Kosovo », a insisté l’intervenant, « est un “trou noir” qui ne saurait survivre économiquement en dehors de la Serbie. »

Des responsables et des experts de l’Union européenne ont brossé un tableau en demi-teintes de la progression de la Serbie sur la voie de l’intégration euro-atlantique. Judy Batt, de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne, a déclaré sans détour que « les perspectives européennes de la Serbie [étaient] à l’agonie », avant de poser la question : « Qui est le coupable ? » Tout en félicitant le gouvernement serbe de se montrer plus attaché que son prédécesseur à cette intégration, elle a déploré « la faiblesse chronique des moteurs internes de la réforme », réforme qui, d’ailleurs, n’existe qu’en raison des pressions exercées par le monde extérieur. L’intervenante a affirmé que les dirigeants serbes semblaient ne pas comprendre les règles du jeu ou, bien plutôt, donnaient l’impression de jouer à un tout autre jeu, « se servant du Kosovo comme d’un nouvel objet de contention entre l’Est et l’Ouest ». Elle a souligné que le règlement de la question du statut du Kosovo n’était pas une condition de l’intégration européenne de la Serbie mais que la persistance du problème n’en représentait pas moins une « entrave aux aspirations européennes de Belgrade ». Malheureusement, l’entrée dans l’Union européenne, longtemps perçue par la Serbie comme un aimant qui focaliserait l’attention et faciliterait la prise d’une décision impopulaire sur le Kosovo, perd précisément de son « magnétisme ».

Par ailleurs, la coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie continue à poser un grave problème et reste indispensable à l’approfondissement de l’intégration européenne du pays, comme l’a rappelé Carla Del Ponte, procureur général du Tribunal (lien).

Les représentants de l’OTAN ont, eux aussi, dépeint les relations entre la Serbie et l’Alliance en des termes nuancés. Invité à rejoindre le Partenariat pour la paix (PPP) en 2006, le pays a intensifié les efforts qu’il consacrait à une vaste réforme du secteur de la défense ; il a notamment mis sur pied à cette fin des groupes de travail dont le ministre de la Défense, M. Dragan Sutanovac, et le général Zdravko Ponos, chef de l’état-major général de l’Armée de Serbie, ont décrit les activités. Les représentants de l’OTAN ont toutefois indiqué qu’il restait beaucoup à faire. La Serbie ne montre pas de signes clairs d’engagement vis-à-vis de l’OTAN. Des mesures fondamentales – telle l’adoption de textes législatifs importants sur la défense et les forces armées – n’ont toujours pas été arrêtées, conséquence de la résistance que manifestent certains milieux à l’encontre de la réforme et des désaccords qui opposent les deux principaux partis de gouvernement. Le chef de la section Plans de forces de la division Plans de défense et opérations de l’OTAN, Frank Boland, a souscrit à l’évaluation « optimiste » que M. Sutanovac a présentée de l’état d’avancement de la réforme. Il a fait observer que ni la Serbie ni l’OTAN ne ménageaient pas leur peine et que Belgrade avait accompli des progrès significatifs au cours de l’année qui avait suivi son adhésion au PPP. Il a cependant déclaré que l’Organisation était prête à aller plus loin et à proposer, entre autres, un Plan d’action individuel pour le Partenariat et que, selon lui, la Serbie « ne tir[ait] pas encore pleinement parti de ce que le Partenariat p[ouvait] lui offrir ».

M. Eide a exprimé l’espoir qu’au moment où l’OTAN se préparait à tenir un important sommet à Bucarest, en avril 2008, tous les pays de la région seraient prêts à faire un pas de plus dans le sens de l’intégration. Il a toutefois lancé une mise en garde : les progrès accomplis par certains pays ne sauraient se ressentir du rythme plus lent de certains autres. Le directeur de la direction Intégration et Partenariat euro-atlantiques de l’OTAN, Jarosław Skonieczka, a élargi le débat autour de la poursuite de l’intégration en faisant observer que « la Serbie risqu[ait] d’être à la traîne » et que « la perspective d’une intégration à plusieurs vitesses [était] en passe de devenir une réalité pour la région ».

Le 67e séminaire Rose-Roth a réuni à Belgrade une soixantaine de parlementaires des pays alliés et des pays partenaires, de même qu’un nombre considérable d’universitaires et de spécialistes, qui ont pu s’entretenir avec des responsables gouvernementaux, des représentants d’organisations internationales et des façonneurs de l’opinion publique originaires des Balkans des principales questions qui se posent à cette partie du monde dans les domaines de la politique et de la sécurité.

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