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20 juin 2005 - LA DECENTRALISATION EST CRUCIALE POUR L'AVENIR DU KOSOVO [COMMUNIQUE DE PRESSE]

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Une décentralisation rapide et complète est une condition préalable essentielle à la participation de Belgrade aux négociations sur le statut du Kosovo. Telle est l'une des principales conclusions du séminaire Rose-Roth qui s'est tenu à Sveti Stefan (Serbie-et-Monténégro), du 16 au 18 juin 2005, sur le thème " Serbie-et-Monténégro : Comment réconcilier intégration et fragmentation ? " et qui a réuni des parlementaires, des spécialistes et des responsables gouvernementaux de la région et d'ailleurs. Le séminaire était consacré à deux grandes interrogations : quel avenir pour l'Union d'Etats Serbie-et-Monténégro ? Quel statut pour le Kosovo ? La communauté internationale a décidé que 2005 verrait les parties prenantes se rapprocher d'une solution, et l'ambassadeur de Norvège auprès de l'OTAN, M. Kai Eide, a été nommé aux fonctions de représentant spécial de M. Kofi Annan, avec pour mission de faire le bilan des normes démocratiques au Kosovo.

Une forte décentralisation politique et administrative est la seule façon de rassurer les Serbes de la province, de les convaincre qu'ils auront leur place dans le Kosovo à venir et qu'il n'est pas vain d'ouvrir des négociations : les représentants de Belgrade et de Priština sont tombés d'accord sur cet unique point fondamental concernant le statut actuel et futur du Kosovo. Sur tous les autres, les écarts de perception, d'interprétation et de compréhension sont considérables.

Selon M. Veton Surroi, les actes de génocide qu'elle a commis sous le régime Milosevic privent la Serbie du droit moral d'avoir son mot à dire quant à l'avenir de la province. Pour lui comme pour d'autres participants albano-kosovars au séminaire, les pourparlers sur le statut définitif ne peuvent déboucher que sur l'indépendance, assortie toutefois de garanties à l'intention des membres de la minorité serbe qui choisiraient de rester dans le nouvel Etat. La majorité des représentants serbes a continué à désigner le Kosovo sous le nom de " province méridionale du Kosovo-Metohija " et a estimé que toute référence à l'indépendance était contraire au droit international et à l'esprit de l'Acte final d'Helsinki, sans compter que l'octroi de l'indépendance au Kosovo serait un précédent fâcheux qui aurait de graves répercussions sur le mouvement de réforme à Belgrade comme sur la stabilité de la région. Les participants serbes s'en sont tenus à la formule " Plus que l'autonomie, moins que l'indépendance " et ont insisté pour que les normes touchant les Serbes du Kosovo soient appliquées intégralement.

Face à ces positions diamétralement opposées, la communauté internationale est confrontée à une alternative dont les deux propositions sont aussi peu réjouissantes l'une que l'autre : engager les discussions sur le statut définitif - discussions dont le résultat apparemment inévitable sera l'octroi de l'indépendance -, avec les retombées négatives que cela suppose pour la Serbie et les Serbes du Kosovo, ou prolongation du statu quo, au risque de provoquer la colère d'une population albano-kosovare déjà en proie à un sentiment de frustration. Existe-t-il une solution à mi-chemin entre des positions qui semblent à ce point irréconciliables ? Peut-on envisager des démarches susceptibles de favoriser compromis et concessions ? Dans quelle mesure l'inexorable poussée vers l'indépendance peut-elle s'accommoder de précédents accords sur l'intangibilité des frontières ?

Albano-Kosovars et Serbes n'ont pas été avares de conseils sur ce qu'il ne fallait pas faire mais ne se sont guère montrés disserts sur ce qu'il fallait faire. D'une manière générale, les deux parties semblent approuver la politique des trois " non " (non au statut d'avant 1999, non à toute partition, non à l'union du Kosovo avec un autre Etat, quel qu'il soit), mais leurs avis divergent sur l'application de cette politique. Pour Belgrade, il n'y a pour l'instant rien sur la table des négociations qui puisse s'opposer à une indépendance aussi inéluctable qu'inacceptable de la province. Des mesures plus immédiates doivent être prises.

Diverses solutions ont été examinées, dont une proposition de la Commission des Balkans - présentée par M. István Gyarmati - aux termes de laquelle le processus d'accession à l'indépendance serait indissociablement lié à l'intégration dans l'Union européenne. Cependant, l'absence d'équipe dirigeante responsable à Priština laisse présager une transition exagérément prolongée qui reporte cette intégration à une date éloignée. Tous ont convenu que la région faisait partie de l'Europe et M. Stefan Lehne, du Conseil de l'Union, a indiqué qu'en dépit d'autres problèmes tout aussi pressants l'engagement de cette dernière demeurait inébranlable. Malgré ces assurances, l'ombre de la crise constitutionnelle de l'Europe a plané sur les travaux, suscitant une grande nervosité chez les candidats potentiels et soulevant des interrogations sur la pertinence politique et pratique de la " carotte " de l'adhésion.

Le rôle de la communauté internationale au Kosovo a fait l'objet d'un long débat. Malgré des résultats limités sur le plan de la sécurité et de la construction institutionnelle - tels qu'ils ont été décrits par M. Francesco Bastagli, représentant spécial adjoint de la Mission des Nations unies au Kosovo (MINUK) -, la gravité de la situation économique et sociale dans la province reste abyssale. Voilà qui obligera certainement la communauté internationale à repenser la forme de son engagement, très vraisemblablement en démantelant la MINUK (dont beaucoup s'accordent à penser qu'elle fait partie du problème) et en amplifiant le rôle de l'Union européenne.

La maturité de l'équipe dirigeante kosovare a été mise en doute. Cette équipe pourra agir, a-t-il été affirmé, lorsqu'elle se verra confier davantage de responsabilités par la communauté internationale. Mais la question tacite était : que se passera-t-il si elle n'y parvient pas ? La communauté internationale pourra-t-elle empêcher le Kosovo de devenir le trou noir de l'Europe, une perspective à l'élimination de laquelle elle a consacré tant d'énergie et de ressources ?

Par comparaison avec la discorde et l'acrimonie qui ont présidé aux discussions sur le Kosovo, les débats de la première journée sur les relations entre la Serbie et le Monténégro ont pu sembler presque harmonieux. Presque, mais pas complètement, cependant, compte tenu de la persistance de divergences sur l'opportunité et la faisabilité d'une séparation de la Serbie-et-Monténégro (SCG) en deux Etats. Pourtant, les participants se sont dits optimistes : quelle que soit la voie choisie au lendemain du référendum de 2006, le calme et le sens des responsabilités l'emporteront. Si quelques participants ont lancé des avertissements, le sentiment a prévalu qu'il n'existait pas de motif intrinsèque d'instabilité. Des représentants de l'OTAN ont souligné que l'Alliance s'intéressait plus au processus en soi qu'à son résultat. Qu'il s'agisse d'un Etat ou de deux, ont-ils dit, tout rapprochement de l'OTAN implique que l'on prenne au sérieux la réforme de la défense et la planification des structures des forces. L'Organisation est disposée à faire profiter les intéressés de ses conseils et de son aide, mais elle doit être entendue pour que des progrès soient accomplis sur la voie de l'intégration. Par ailleurs, l'Alliance souhaiterait une amélioration substantielle de l'application des principes de bonne gouvernance, de transparence et de reddition de comptes.

 

 

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