NATO Parliamentary Assembly NATO Parliamentary Assembly
       Home
English Version   Version française   

MISSION
ORGANISATION
ACTIVITÉS
Sessions plénières
Activités des commissions
Politique d'ouverture
PUBLICATIONS
Rapports de commission
2010 Session de printemps
2009 Session annuelle
2008 Session annuelle
2007 Session annuelle
2006 Session annuelle
2005 Session annuelle
2004 Session annuelle
2003 Session annuelle
2002 Session annuelle
Archives (1996-2001)
Comptes rendus des réunions de commission
Recommandations de politique générale
Rapports de mission
Comptes rendus de séminaires
Groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient
Forum parlementaire transatlantique
La Russie et l'Ukraine
Discours et présentations
Publication spéciales
PRESSE
SECRÉTARIAT INTERNATIONAL
Personnel
Assistants de recherche
Postes vacants

English Version  English Version
Rechercher  Rechercher
Contactez-nous  Contactez-nous
Imprimer  Imprimer
Envoyer à un ami  Envoyer à un ami
Plan du site  Plan du site
Login  Login

Flux RSS  Flux RSS

> Accueil > Publications > Rapports de commission > 2010 Session de printemps > 052 ESCTER 10 F - LA RECESSION MONDIALE, LA PAUVRETE ET L’INSECURITE DANS LES PAYS EN DEVELOPPEMENT
052 ESCTER 10 F - LA RECESSION MONDIALE, LA PAUVRETE ET L’INSECURITE DANS LES PAYS EN DEVELOPPEMENT

JEPPE KOFOD (DANEMARK)
RAPPORTEUR

I.  INTRODUCTION 

II.  ORIGINE DE LA CRISE: DU NORD AU SUD, DU BOOM A L’ECROULEMENT 

III.  FLUCTUATIONS DES PRIX DES PRODUITS DE PREMIERE NECESSITE ET DES DENREES ALIMENTAIRES 

IV.  FLUX DE CAPITAUX 

V.  COMMERCE 

VI.  DEFIS BUDGETAIRES ET MACROECONOMIQUES 

VII.  RETOMBEES EN TERMES DE PAUVRETE 

VIII.  REACTION DE LA COMMUNAUTE  INTERNATIONALE FACE AUX BESOINS DES PAYS EN DEVELOPPEMENT 

IX.  AIDE AU DEVELOPPEMENT 

X.  CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS PRELIMINAIRES 

BIBLIOGRAPHIE 


I. INTRODUCTION

1.  La récente crise financière et économique mondiale représente le plus grand défi jamais posé aux décideurs économiques nationaux et internationaux depuis des décennies.  Cette crise affecte de manière catastrophique la vie de milliards d’individus et a des répercussions cruciales, à court et à long terme, sur les plans économique, politique et sécuritaire.  Elle a frappé tardivement, mais cruellement, les pays en développement – précipitant des millions de gens dans une pauvreté extrême, balayant des progrès récents en matière de développement et incitant certains décideurs dans les pays donateurs à bloquer l’aide au développement. Tout cela se produit à un moment particulièrement critique pour l’Alliance, en pleine phase de transition, alors qu’elle reconnaît de plus en plus que, lorsqu’un Etat devient fragile et que la pauvreté devient endémique, des problèmes très graves sur le plan  humanitaire, environnemental et sécuritaire surgissent.

2.  La crise mondiale a accentué davantage encore la précarité de millions de gens dans les pays en développement. Mais il est intéressant de noter que la communauté internationale semble avoir réagi avec plus d’empressement que par le passé à leur fâcheuse situation. La mondialisation a plus clairement mis en évidence les relations d’interdépendance étroite entre pays développés et pays en développement. Aujourd’hui, les décideurs internationaux se montrent plus réactifs que jadis aux défis uniques auxquels le monde en développement est confronté. 

3.  Depuis l’effondrement du système de Bretton Woods, les grandes crises financières trouvent généralement leur origine dans des pays en développement. Le dérapage de la croissance dans des pays avancés est un phénomène récent, voire inédit. La crise actuelle est unique en ce sens qu’elle a débuté aux Etats-Unis, au cœur même du capitalisme mondial, et ne s’est propagée que plus tard aux pays en développement. Par ailleurs, et cela n’a rien de surprenant, ses répercussions sont plus généralisées et plus profondes que les crises survenues précédemment en Amérique latine ou en Asie de l’Est. En fait, il a fallu près d’un an avant que l’impact total de la déstabilisation des marchés du crédit américains vienne frapper les pays émergents et en développement. Qui plus est, la vague de répercussions a été inégalement répartie entre ces pays, révélateur de la diversité de ce large éventail de pays dont certains rattrapent à toute vitesse les pays développés de l’hémisphère nord, alors que d’autres s’enlisent dans une crise économique profonde, parfois assortie de la faillite de l’Etat.  

4.  Les retombées immédiates de la crise dans les pays en développement se traduisent par des pertes massives d’emplois, le retour des migrants dans leur pays d’origine, la contraction des salaires, la diminution du rapatriement des rémunérations et le tarissement des apports de capitaux.  Les pays moins avancés doivent en outre faire face à une baisse soudaine des inscriptions dans les écoles de l’enseignement primaire et secondaire, à une réduction des niveaux de soins de santé, à une famine accrue et, dans certains cas, à une instabilité politique.  Dans les pays les plus pauvres, la crise entraîne une hausse du taux de mortalité, en raison notamment de la malnutrition.  Nombre de ces effets ont et auront de graves implications à long terme. La diminution du nombre d’inscriptions des enfants dans l’enseignement primaire, la malnutrition et la dégradation des normes de soins de santé peuvent réellement entraver la croissance et le développement des enfants, leur infliger des handicaps à vie et prélever un lourd tribut sur les sociétés dans lesquelles ils vivent.  Dans certains cas, l’incidence de la crise actuelle sur les pays en développement aura des conséquences dramatiques à long terme sur la situation sociale, économique et politique. Dans les cas les plus extrêmes, cet impact se traduira aussi par de sérieuses implications au plan de la sécurité. Il s’agit là d’une des raisons majeures, parmi plusieurs autres, pour lesquelles la communauté internationale doit tenir ses engagements à long terme et aider les pays en développement à mettre en place les conditions indispensables à un développement authentique et durable.

5.  La phase la plus aiguë de la crise économique semble aujourd’hui derrière nous, mais les dommages occasionnés aux pays en développement sont réels et auront des conséquences à long terme. Il est toutefois étonnant de constater que l’impact de cette crise a été moins désastreux que de nombreux économistes et experts en développement l’avaient prédit au départ. Si les  raisons en sont complexes et variées, il ne fait aucun doute que la réaction rapide de la communauté internationale et les rôles clés de pilotage joués par le G20, le FMI et la Banque mondiale figurent assurément parmi les explications possibles.  Mais le principal facteur a probablement été celui des réformes impressionnantes entamées par de nombreux pays en développement au cours de la dernière décennie.  Ces pays ont poursuivi des politiques macro- et microéconomiques plus saines qui ont consolidé leurs systèmes financiers et commerciaux. L’amélioration de la gouvernance, des réglementations et de la transparence ont donc fait en sorte que de nombreux pays émergents et en développement sont aujourd’hui mieux préparés à affronter des chocs externes tout en s’engageant sur la voie d’un retour relativement rapide à la croissance et à la stabilité.
 

II. ORIGINES DE LA CRISE : DU NORD AU SUD, DU BOOM A L’ECROULEMENT

6.  Le boom qui a marqué les marchés mondiaux du crédit de 2003 à 2007 était le fruit d’une combinaison fatale de facteurs – surabondance de liquidités, déséquilibres mondiaux et piètre réglementation des principales places financières du monde.  Les pays en développement ont profité de l’accroissement des liquidités et ont été les bénéficiaires d’une augmentation non négligeable des flux de capitaux pendant ce boom (Banque mondiale, 2010).  L’une des conséquences majeures de ce phénomène se situe au niveau des réformes bancaires, devenues nécessaires dans plusieurs pays pour pouvoir traiter et gérer cet apport massif de capitaux – ces pays devant accroître leur capacité d’  « intermédiation domestique »  pour les apports de capitaux étrangers. En général, l’accroissement des investissements étrangers est pris en charge par des institutions bancaires nationales ; l’augmentation de ces flux de capitaux engendre à son tour un élargissement de la base de liquidités et finit par submerger la capacité de ces institutions. L’une des principales différences entre les pays en développement en termes de capacités financières concerne le niveau des cadres de régulation, qui varient d’un pays à l’autre.  Les pays qui disposent d’une capacité de régulation plus évoluée sont mieux à même de canaliser les flux de capitaux vers des investissements productifs.  En d’autres termes, les capitaux sont généralement mieux exploités dans des pays qui disposent déjà de structures et de pratiques de gouvernance saines et solides (Banque mondiale, 2010).  Cela dit, aucune économie n’a pu échapper à la récession économique généralisée dont les premiers signes sont apparus en 2008.

7.  La crise financière a, effectivement, déclenché une contraction majeure - et sans précédent depuis la seconde Guerre mondiale - de la production et du commerce à l’échelle planétaire.  Il est important de rappeler que cette contraction a été le résultat de reculs marqués dans les économies des pays industrialisés.  De nombreux pays en développement ont souffert, alors qu’ils affichaient déjà des taux de croissance positifs en 2009. Les répercussions de la crise varient toutefois d’une région à l’autre et au sein même des régions ; aujourd’hui, la croissance est nettement inférieure à la moyenne.  L’Amérique latine et la région Asie centrale/Europe émergente ont vu leurs économies se contracter de 2,6% et 6,2%, respectivement.  Les quatre autres régions en développement ont toutes enregistré une croissance positive.  L’Afrique subsaharienne a connu une croissance modérée de 1,1%, de même que les régions Afrique du Nord/Moyen-Orient (+2,9%). En revanche, c’est à nouveau l’Asie émergente qui arrive en tête des taux de croissance en 2009, avec une progression du PIB en termes réels de 5,7% en Asie méridionale et de 6,8% dans la région Asie de l’Est/Pacifique. (Banque mondiale, GEP).  Ces chiffres incluent les puissances mondiales émergentes que sont la Chine et l’Inde, dont les économies ont été, une fois de plus, les plus performantes au monde. Il va de soi que la taille des pays concernés fausse en partie les statistiques. Si l’on exclut ces géants des moyennes, l’on s’aperçoit qu’en 2009 les économies des pays en développement ont reculé de 2,2% ; si l’on inclut la Chine et l’Inde, les chiffres révèlent au contraire une croissance de 1,2%. Il n’en demeure pas moins que, dans l’ensemble, le sud a obtenu de meilleurs résultats que le  que le nord et est parvenu à surmonter plus vite les répercussions négatives de la dernière crise sur la croissance. Malgré cela, les populations des pays en développement souffriront incomparablement plus, en raison de leur plus grande vulnérabilité.

8.  Lorsqu’on analyse la timide croissance et la récession qui ont marqué 2009 - et qui marqueront probablement aussi 2010 - il faut tenir compte des dix années de forte croissance qui ont précédé la crise mondiale. Entre 2003 et 2007, les économies en développement ont progressé en termes réels d’environ 7% en moyenne, chaque année du boom.  Même si la Chine et l’Inde ont été les principaux moteurs de cette croissance, avec des taux de 11% et 9% respectivement, presque tous les pays (en développement) ont affiché une performance nettement supérieure à celle des années 1990 et du début du nouveau millénaire. Le fait que cette croissance ait pu être atteinte avec un taux réduit de déséquilibres potentiellement préjudiciables à la durabilité de la croissance est plus révélateur encore. A titre d’exemple, rappelons que, sauf dans les pays émergents de l’Europe de l’Est, l’inflation en 2007 se situait aux alentours de 6%, dans un contexte marqué par d’importants apports de capitaux et une expansion  considérable du crédit.  Qui plus est, et si l’on fait à nouveau exception de l’Europe de l’Est, les déficits des comptes courants et les niveaux d’endettement brut sont, dans l’ensemble, demeurés modestes et supportables.

9.  Alors que les populations des pays en développement, et notamment celles des pays les moins avancés (PMA), souffrent énormément de la dernière crise mondiale, de nombreux investissements réalisés pendant la période du boom porteront leurs fruits à long terme. En effet, contrairement aux booms d’investissement précédents (comme ceux du milieu des années 1990), une proportion nettement plus importante des capitaux investis dans les pays en développement l’a été en vue de constituer des actifs immobilisés, plutôt que d’être affectée à des opérations ponctuelles de fusion & acquisition, de financement de la dette à court terme ou de consommation à outrance (CNUCED).  Ces investissements ont donc aidé de nombreux pays en développement à accroître leur réactivité et, par conséquent, à mieux résister à la tourmente qui a frappé récemment les marchés financiers.

10.  Nous savons à présent que l’assouplissement des conditions de crédit constaté depuis 2003 au niveau mondial n’était tout simplement pas tenable.  Pourtant, l’apport de capitaux relativement bon marché dans les économies en développement a aidé un certain nombre de pays à moyen revenu à sortir du ‘piège des capitaux’.  Entre 2000 et 2007, l’apport net de capitaux aux pays en développement a quintuplé, tandis que les marges d’intérêt sur la dette extérieure passaient de 6,56% à 1,68%. Associés à une vigoureuse réforme des institutions et des politiques, ces apports de capitaux ont aidé plusieurs pays en développement à commencer à bénéficier d’un meilleur rendement du capital, ce qui a amélioré leurs perspectives de croissance à long terme. Toute augmentation du ratio capital/rendement améliore incontestablement le potentiel économique d’un pays. En effet, si les taux de croissance du PIB ont été clairement impressionnants pendant les années du boom, la progression du rendement potentiel l’a été davantage encore. Bien sûr, la crise a nettement comprimé les flux de capitaux internationaux tout en accroissant le coût du crédit ; et la croissance du rendement potentiel a ralenti en conséquence.  Mais il ne fait aucun doute que les pays en développement sont mieux lotis qu’ils ne l’étaient il y a dix ans.  Alors que le rendement potentiel des pays en développement a explosé pendant le boom, puis a reculé avec la crise, la baisse de la croissance du rendement potentiel exprimée en points pour cent (soit environ 0,2 à 0,7 point pour cent de moins par an) est moins importante que la hausse enregistrée pendant le  boom (soit 1,5 point pour cent) par rapport à la période qui a précédé ce boom (1995002) (Banque mondiale, 2010).  Ce qui laisse supposer que les pays en développement ont clairement progressé pendant le dernier cycle conjoncturel mondial.

11.  Il convient de noter cependant qu’il existe des exceptions majeures à cette évolution.  L’Asie centrale et l’Europe émergente notamment ont appliqué des politiques financières et budgétaires intenables.  Les chiffres révèlent que les capitaux injectés dans ces régions ont été utilisés pour soutenir des niveaux de consommation déraisonnables, tandis que les déficits des finances publiques ne cessaient d’augmenter durant les années fastes, ne laissant que peu de marge de manœuvre une fois la fin de la prospérité venue (Rapport ESCEW AP-OTAN, 2010).  Quant au groupe très diversifié des pays les moins avancés, il reste confronté à des défis graves et persistants en matière de développement. Nous reviendrons plus en détail sur le sort de ces pays dans les pages qui suivent. 


III. FLUCTUATIONS DES PRIX DES PRODUITS DE PREMIERE NECESSITE ET DES DENREES ALIMENTAIRES

12.  Les défis que pose le développement aux pays du Sud en général sont symptomatiques non seulement de la récente crise financière, mais aussi de la crise alimentaire qui l’a précédée  et qui avait déjà commencé à bouleverser la vie de millions de gens.  La formidable croissance des pays en développement après 2003 a également propulsé à des niveaux record la demande mondiale de toute une série de produits de première nécessité. L’expansion accélérée des classes moyennes en Chine et en Inde a eu des répercussions particulièrement fortes à cet égard.  La progression de la demande de denrées alimentaires, en particulier d’aliments riches en protéines, a imposé une pression considérable sur l’offre de produits de première nécessité. Les hausses des cours de ces produits entre 2003 et 2008 ont été les plus spectaculaires en un siècle en termes de degré, durée et groupe de catégories de produits affectées (Banque mondiale, 2009).  Durant cette période, les prix réels des produits de première nécessité non énergétiques ont doublé et les prix réels de l’énergie ont bondi de 170%. (Banque mondiale, 2010).  Dans les pays en développement, ces hausses des prix ont surtout pénalisé les (plus) pauvres, entraînant dans certains cas une aggravation de la malnutrition et parfois même, de l’instabilité politique.

13.  Les fluctuations des cours des produits de première nécessité ont eu de profondes répercussions sur la croissance des pays en développement, dont beaucoup dépendent fortement des exportations de quelques produits spécifiques.  L’évolution des prix de quelques produits de première nécessité stratégiques seulement peut dès lors avoir un impact majeur sur les rentrées en devises étrangères dans des économies peu ou pas diversifiées. Gérer une économie conditionnée par la vente de produits de première nécessité pose des défis uniques en leur genre. Défis auxquels il convient d’ajouter l’interrelation croissante entre l’offre et la demande de carburants et de nourriture.  Les produits pétroliers sont des ingrédients de base essentiels pour l’agriculture ; récemment, le biocarburant à base de céréales est devenu un substitut majeur au pétrole et largement subventionné.  Résultat : lorsque les prix de l’énergie montent, ils entraînent aussi à la hausse ceux des denrées alimentaires et cela, au niveau mondial. Qui plus est, les récentes sécheresses en Afrique orientale et en Océanie se sont traduites par des récoltes désastreuses, provoquant une contraction supplémentaire de l’offre mondiale de produits alimentaires.  Ces fluctuations de prix ont évidemment des effets différents sur chacune des économies, les pays exportateurs de pétrole, par exemple, bénéficiant largement de la hausse des cours des carburants. 

14.  Il est paradoxal de constater que des centaines de millions de petits exploitants agricoles et de paysans ne sont pas parvenus à tirer parti de la hausse des prix des denrées alimentaires. Les prix des produits de première nécessité énergétiques stratégiques et des engrais ayant augmenté parallèlement à ceux des denrées alimentaires, les petits exploitants agricoles n’ont pas réussi, pour la plupart, à accroître les revenus de leur production.  (FAO, 2009)  Les salaires des travailleurs agricoles sans terre et les gains des petits exploitants ont stagné alors que le coût des denrées alimenaires de base explosait.  En effet, après des années de hausses régulières, les cours du blé, du riz et du soya ont brusquement doublé voire triplé au cours du premier trimestre 2008 (Banque mondiale, 2010).  De toute évidence, les dépenses alimentaires absorbent une part des revenus individuels bien plus importante dans les pays pauvres que dans les pays développés. Le doublement ou le triplement de ces coûts peut dès lors rapidement faire basculer des millions de familles dans la précarité.

15.  Ces hausses de prix substantielles se sont avérées de courte durée, la crise  financière mondiale ne tardant pas à saper la demande.  La demande énergétique a, elle aussi, chuté rapidement à la fois en réaction à l’explosion des cours et en raison de la baisse des revenus des consommateurs dans de nombreuses économies gourmandes en énergie. Cette évolution a allégé la pression sur les prix des denrées alimentaires, qui n’ont cependant pas baissé dans la même proportion que les cours de l’énergie étant donné la persistance de goulots d’étranglement sur les marchés.  A l’automne 2008, au lendemain de la faillite de Lehman Brothers, les prix des produits de première nécessité ont plongé dans des proportions comparables uniquement aux hausses de prix enregistrées au printemps de la même année. De juillet 2008 à février 2009, les prix des produits agricoles ont chuté de 30%, ceux des métaux de plus de 50% alors que ceux de l’énergie reculaient des deux tiers - une chute vertigineuse - en termes de dollars américains (Banque mondiale, 2010).  Depuis mars 2009, les cours ont cependant repris leur ascension parallèlement à la reprise de l’activité économique. De nombreux analystes mettent en garde contre un risque probable de chocs des prix dans le futur.

16.  Durant le premier semestre 2009, la demande de métaux comme l’aluminium et le cuivre a reculé de 19% et de 11% respectivement, puis a rebondi rapidement lorsque les producteurs ont commencé à reconstituer leurs stocks un peu partout dans le monde.  La Banque mondiale prévoit que les prix des de produits de première nécessité continueront à augmenter cette année, sans atteindre toutefois les pics enregistrés durant le boom.  Aujourd’hui, les prix des produits agricoles sont de 22% inférieurs à leur point le plus haut de juin 2008,  mais ils restent deux fois plus élevés que les niveaux planchers atteints il y a dix ans.  Une fois de plus, ce scénario offre des opportunités aux pays agricoles pauvres, pour autant qu’ils soient capables d’accroître leur productivité et leur rendement et qu’ils puissent développer des structures plus fiables les aidant à écouler leur production sur les marchés internationaux.  Inutile de dire qu’une plus grande ouverture des marchés agricoles et qu’un accroissement des investissements dans les systèmes d’irrigation, les routes, les ports, les équipements et les machines-outils sont indispensables pour parvenir à concrétiser ces gains potentiels.

17.  D’un point de vue économique, ces fluctuations de prix ont eu des répercussions diverses sur les différents pays en développement. Au total, le bilan dépend bien sûr dans une large mesure de la position du pays en tant qu’importateur ou exportateur net d’un produit de première nécessité donné, ainsi que de l’intensité avec laquelle ce produit est consommé sur le marché intérieur et/ou de sa pondération relative par rapport à l’ensemble des exportations et au PIB. Il faut tenir compte de la dépendance, d’une façon ou d’une autre, des revenus d’une large frange de la population vis-à-vis de la vente d’un produit de première nécessité en particulier ou d’un ensemble de produits de première nécessité, ou, au contraire, de la (forte) concentration de ces revenus dans les mains d’une élite extrêmement restreinte.  Enfin, l’aptitude d’un pays en développement à convertir des produits de première nécessité en produits semi-finis ou finis et, par conséquent, à profiter de revenus issus d’activités à plus haute valeur ajoutée, constitue aussi un élément majeur à ne pas sous-estimer.  Bien que de nombreux pays en développement dépendent largement des exportations de certains produits de première nécessité, ni les producteurs ni les consommateurs ne bénéficient, en fin de compte, d’une volatilité excessive des prix dans la mesure où celle-ci favorise le type d’incertitude qui décourage précisément l’activité économique.  

 

IV. FLUX DE CAPITAUX

18.  La crise mondiale s’est propagée essentiellement par le biais des interconnexions financières internationales.  L’accroissement rapide des flux financiers à destination des pays en développement durant le boom et leur contraction accentuée durant la récession mondiale ont joué un rôle essentiel dans ce scénario.  Au cours des dix dernières années, la composition des flux de capitaux internationaux a radicalement changé (BIS, 2009).  Dans les années 1980 et 1990, les apports de capitaux aux pays en développement étaient principalement considérés comme un outil de soutien à la dette à court terme, servant généralement à financer des déficits budgétaires ou à étayer la consommation, plutôt qu’à promouvoir la formation de capital sur le marché intérieur (BIS, Turner 1995). Au cours de la dernière décennie, une part nettement plus importante des apports en capitaux a été affectée à des investissements productifs.

19.  Dans l’ensemble, le niveau des apports de capitaux nets aux pays en développement est  resté inférieur à 1% du PIB jusqu’à la fin des années 1980.  Mais au cours des 10 à 15 années suivantes, ces flux de capitaux ont plus que doublé, même si tous les pays n’en ont pas bénéficié équitablement (FMI, base de données WDI).   Les pays à faible revenu (LIC) recevaient des flux nets représentant à peine 0,24% du PIB en 1988.  Entre 1997 et 2005,  ce chiffre a grimpé jusqu’à environ 2% du PIB, avant de passer à 2,87% en 2006, puis à 4,3% en 2007.  De 2000 à 2007, les investissements exprimés en pourcentage du PIB ont progressé de 32% à 38% en Asie de l’Est, et de 23% à 34% en Asie du Sud, avec, une fois de plus, des niveaux d’investissement particulièrement élevés en Chine et en Inde notamment.  Même s’il n’est pas facile de déterminer la productivité réelle de ces investissements, le taux d’expansion rapide des exportations et la part croissante de la production industrielle à valeur ajoutée par rapport à la production totale autorisent à penser que ces fonds ont été pour la plupart affectés à des usages productifs, en dépit du problème incontestable que représentent les créances douteuses dans certaines régions, y compris la Chine (FMI, base de données WDI)

20.  En 2009, les apports de capitaux  privés à destination du Sud en général se sont contractés de 795 milliards de dollars, soit une chute de 70% par rapport à l’apogée historique de 2007 (Banque mondiale, 2010).  Cependant, l’ampleur du repli fut nettement moindre que celle observée lors de crises précédentes et n’a pas bloqué les flux de capitaux dans la plupart des régions.  Si certains pays ont été effectivement privés de l’accès aux marchés de capitaux internationaux, davantage d’économies émergentes avancées sont restées en mesure d’émettre des obligations internationales qui ont trouvé preneurs.  Il est surprenant de constater qu’en 2009, les obligations d’entreprises émises dans les pays en développement ont atteint 109 milliards de dollars, soit près de 5  milliards de dollars de plus qu’en 2008, ce qui traduit la confiance des investisseurs.  Les émissions d’obligations d’Etat ont, elles aussi, remporté un vif succès. En 2009, la Turquie et les Philippines, par exemple, sont parvenues à lever des fonds à concurrence de 2 milliards de dollars pour la première et de 1,5 milliard de dollars pour les secondes. (Banque mondiale, 2010).  Ainsi, en dépit de la chute spectaculaire des taux d’investissement mondiaux au cours des deux dernières années, la dynamique à l’origine de la ‘fuite des capitaux vers la qualité’ a nettement moins joué que lors des crises antérieures.

21.  Par ailleurs, les niveaux d’investissement dans les économies émergentes et en développement devraient se relever plus vite que dans les économies avancées.  Selon la CNUCED (2009), les flux de capitaux privés à destination des pays en développement devraient progresser rapidement en 2010 et en 2011 et pourraient même atteindre, d’ici 2012, les niveaux records de 2007.  L’expansion majeure de l’épargne domestique et le développement de marchés de capitaux locaux durant le boom ont également contribué à compenser la baisse des investissements étrangers. Un rapport de la Banque mondiale fait état de nouvelles émissions d’actions à concurrence de 98 milliards de dollars dans les économies émergentes au cours des 11 premiers mois de 2009, soit 66 milliards de dollars de plus que durant la même période en 2008.


V. COMMERCE

22.  Les répercussions profondes de la crise sur les échanges commerciaux internationaux ont déjà fait couler beaucoup d’encre et alimenté d’innombrables débats. La contraction de l’activité commerciale internationale a également constitué l’un des principaux vecteurs de la propagation de la crise au-delà du périmètre des pays développés. Tout au long de l’expansion économique mondiale au début de cette décennie, tant la valeur que la quantité des exportations des pays en développement ont soudainement augmenté (Banque mondiale, 2010).  En effet, les exportations des pays en développement ont progressé environ 4 fois plus vite que les importations des économies avancées (Briefing Bruxelles, Banque mondiale).  Qui plus est, cette explosion des exportations n’était pas simplement le reflet d’une hausse de la consommation dans les pays développés. Selon certains analystes, ce sont les exportations des pays en développement qui ont, en réalité, initié le mouvement de délocalisation des producteurs de biens occidentaux (Briefing Banque mondiale)  Alors que les exportations des pays développés  représentaient en 2001 66,5% des exportations mondiales totales, elles n’en représentaient plus que 56,6% en 2008 (CNUCED). Ces chiffres traduisent aussi des indices de croissance des échanges sud-sud entre pays en développement. Plutôt que de miser uniquement sur des salaires plus bas, les producteurs opérant dans les pays en développement les plus dynamiques ont fortement amélioré la productivité totale au cours de la dernière décennie et s’avèrent aujourd’hui de redoutables concurrents face aux producteurs des pays développés.  Il existe évidemment bien d’autres facteurs importants à l’origine de ce glissement, y compris l’effet à retardement de l’allègement des barrières tarifaires et autres droits de douane ainsi que l’augmentation des investissements internationaux.  Mais la force motrice de ces changements est bel et bien la productivité accrue dans les pays en développement.

23.  Augmenter la productivité est cependant bien plus ‘facile’ dans des pays à moyen revenu que dans les pays les moins avancés. En général, ces derniers ne disposent pas de l’infrastructure requise pour tirer parti des opportunités commerciales.  Ils ne jouissent pas du même accès au crédit et souvent, ils sont même tenus à l’écart des marchés internationaux en raison de politiques protectionnistes, notamment en ce qui concerne les produits agricoles.  Même dans des secteurs d’exportation à faible valeur ajoutée comme les produits agricoles de première nécessité par exemple, les PMA perdent du terrain face aux pays en développement à faible et à moyen revenu (CNUCED, 2002). Les 49 PMA n’ont pas de produits de base de grande valeur à commercialiser. Ils continueront donc de dépendre fortement de l’aide de la communauté internationale pour pouvoir sortir du cercle vicieux du sous-développement. Dans les conditions économiques actuelles, certains signes laissent à penser que la volonté de soutenir de tels efforts s’estompe peu à peu. Sur le plan commercial, l’on constate donc un élargissement du fossé entre les nations émergentes relativement dynamiques du sud en général et les pays plus pauvres, confrontés à toute une série de défis structurels, financiers, politiques et sécuritaires qui les empêchent fortement d’écouler leurs produits sur les marchés mondiaux, et même sur les marchés régionaux. 

24.  Les droits de douane sur les produits pour lesquels les pays développés disposent d’un avantage relatif ont été considérablement réduits, mais ils demeurent très élevés sur les produits exportés par les pays pauvres.  La déclaration sur les objectifs de réduction de la pauvreté (Millenium 2000) contenait des promesses d’octroi d’un accès libre et sans quota aux marchés pour la quasi-totalité des exportations en provenance des principaux pays développés. Cet objectif fut réaffirmé en 2005 lors de la Conférence ministérielle de l’OMC. Les ministres présents à cette réunion avaient également invité les pays émergents à faire de même pour les pays les moins avancés. Le problème est que le Round de Doha est aujourd’hui dans l’impasse et qu’il n’aboutira probablement pas avant un certain temps. Pourtant, même la levée de ces restrictions ne serait pas suffisante pour galvaniser les échanges. Et les niveaux élevés de protection de l’agriculture en Amérique et en Europe ne font qu’aggraver les problèmes que connaissent ces pays.

25.  Réuni à Gleneagles en 2005, le G8 avait incité les parties concernées à clôturer avec fruit le Round de Doha ; ces négociations ont cependant avorté en 2006, à Hong Kong. Elles ont repris depuis, mais les distorsions entre les positions des différentes parties à la négociation restent considérables (CNUCED/OMC). Toute avancée à Genève constituerait un formidable soutien pour la relance de l’économie mondiale, mais les perspectives d’un tel développement semblent fort peu encourageantes.  Le premier round de négociations  sérieuses a eu lieu fin mars 2010 ; aucun cadre tangible de résolution des désaccords en suspens n’a toutefois pu être élaboré.  Si la complexité de la situation est effectivement phénoménale, il n’en demeure pas moins que les avantages d’un accord ponctuel surpasseraient de loin les efforts qui seront nécessaires pour y parvenir.


VI. DEFIS BUDGETAIRES ET MACROECONOMIQUES

26.  En raison de la crise, le niveau de production mondiale pour 2011 tel que projeté par la Banque  mondiale en 2007 ne sera probablement atteint qu’en 2014 (FMI, World Economic Outlook 2009).  Entretemps, le taux de croissance prévisionnel des économies avancées devrait être d’environ 12% entre 2006 et 2014 – un objectif précédemment fixé pour 2010.  Selon la Banque mondiale, le taux de croissance annuel de la production potentielle des pays en développement pour les cinq prochaines années sera de 0,2 et de 0,7 point inférieur aux prévisions.  Ce qui se traduit par une baisse de 3,4% à 8,0% du niveau de production potentielle à long terme par rapport au scénario prévalant avant la crise (Banque mondiale, 2010). 

27.  L’augmentation du coût du capital constitue un élément clé du problème.  La Banque mondiale (en 2010) estime que : “Les coûts du crédit auxquels les pays en développement sont confrontés pourraient augmenter entre 110 et 220 points de base par rapport à leurs niveaux durant le boom”.  Concrètement, cela signifie que les gouvernements de certains de ces pays devront sabrer dans les budgets de programmes considérés comme vitaux pour le développement à long terme. Alors que les niveaux d’endettement augmentent de façon vertigineuse dans les pays de l’OCDE, la demande plus importante de crédit de la part des pays développés pourrait avoir pour effet de réduire le volume des crédits octroyés aux pays en développement. Au moment où ils ont été frappés par la crise actuelle, la plupart des pays en développement enregistraient des déficits budgétaires qui n’ont fait que s’aggraver à la suite de l’explosion des prix des denrées alimentaires et du pétrole. Tous ces facteurs se cumuleront pour alourdir davantage encore le coût du financement de la dette.

28.  Pour tous les gouvernements, la question cruciale qui se posera au cours des deux à six prochains trimestres est de savoir comment et quand retirer les mesures de soutien budgétaire et monétaire initiées au plus fort de la crise.  Durcir à nouveau une politique monétaire aujourd’hui conciliante impliquera inéluctablement des hausses des taux d’intérêt.  Cela est inévitable parce les taux d’intérêt nominaux exceptionnellement bas que nous connaissons aujourd’hui (moins de 1% en termes réels) n’offrent aucune latitude pour réagir à de futurs revers sur le plan monétaire ; il faut absolument créer cette marge de manœuvre, faute de quoi les Banques centrales risquent de perdre le contrôle d’un outil monétaire crucial.  Cependant, même dans les économies où l’assouplissement de la politique monétaire n’a pas été retenu comme mesure anticrise, des taux d’intérêt comparativement plus élevés pourraient entraîner une déstabilisation des flux de capitaux, notamment dans les pays qui ont encore des comptes de capitaux ouverts. C’est pourquoi, lorsqu’on envisage un retour à la normale sur le plan des opérations monétaires, les pays en développement devraient bien être conscients à la fois de ses répercussions sur les conditions de crédit locales et de leur position relative par rapport aux grands marchés du crédit dans les économies avancées.

29.  La crise actuelle a également déclenché un important débat sur l’architecture financière mondiale et sur les priorités à inscrire dans les politiques, tant dans les pays développés que dans les pays en développement. D’une façon générale, les économistes s’accordent à reconnaître que des régimes d’échanges commerciaux ouverts sont hautement souhaitables. Mais comme nous l’avons déjà signalé plus haut, le Round de Doha est dans l’impasse – paralysé par des luttes apparemment interminables à propos des subsides agricoles et de l’ouverture des marchés (Bhagwati, 2009).  Les économistes sont nettement moins d’accord entre eux à propos de questions relevant de la libéralisation financière et de l’ouverture des comptes de capitaux (WSJ, 2010, WB, GEP 2010).  Même le FMI, partisan de longue date d’une mobilité sans entraves des capitaux, reconnaît à présent qu’il ne serait pas inutile de contrôler les capitaux dans des pays où les secteurs financiers sont sous-développés (FMI, KC, 2010).

30.  Les marchés financiers non réglementés ont joué un rôle crucial dans le déclenchement de la crise actuelle, mais il est vrai également que des réformes financières ont contribué à soutenir la croissance et à accroître la stabilité dans de nombreux pays en développement (Baily).  Depuis la crise financière asiatique des années 1990, les économistes ont dû pondérer les risques d’une libéralisation trop précoce des comptes de capitaux et la possibilité de priver des pays en développement d’apports de capitaux potentiels.  Ce débat a refait surface dans la foulée de la crise actuelle et un plus grand nombre d’économistes commence à reconnaître les risques d’une ouverture prématurée sur le plan financièr. Le débat sur le sujet reste très animé (Bhagwati, 1998).


VII. RETOMBEES EN TERMES DE PAUVRETE

31.  Dans les pays plus pauvres de la planète, la crise récente ne pose pas seulement un problème économique. Pour trop de gens, il s’agit d’une question de vie ou de mort. L’on estime en effet que la crise a fait basculer 64 millions de personnes en plus dans la pauvreté totale (Banque mondiale, GEP).  Une autre étude constate qu’en Afrique, entre 30 000 et 50 000 enfants de moins de cinq ans sont morts l’année dernière suite aux conséquences de la crise économique mondiale (Friedman & Schady, 2009).  Comme toujours, ce sont les tranches les plus pauvres de la population qui risquent le plus de tomber dans une précarité extrême au cours d’une récession.  Les répercussions de la pauvreté extrême peuvent durer longtemps et il est sans aucun doute plus difficile de repasser au-dessus du seuil de pauvreté, que de tomber en-deçà de celuici.    (Ravallion, 2008).  Aider les millions de gens qui sont tombés sous le seuil de pauvreté à se sortir de cette situation difficile pose aujourd’hui l’un des plus grands défis aux décideurs nationaux et internationaux.

32.  Les premiers signes de difficultés économiques dans les pays en développement ne sont pas apparus avec la faillite de Lehman Brothers, mais dès 2003, lorsque les prix des produits de premiére nécessité ont commencé à grimper.  Bien que cette hausse ait eu pour effet d’améliorer les conditions d’échange en faveur des exportateurs de pétrole et de métaux, de nombreuses familles et paysans pauvres se sont retrouvés dans une situation plus précaire.  Au Kenya, les prix ‘au départ de la ferme’ sont demeurés inchangés, tandis que le coût des engrais triplait en six mois. L’augmentation des coûts du transport a également enrayé les stimulants à l’accroissement de la production alimentaire (FAO, 2009).  Les niveaux de malnutrition avaient déjà tendance à monter en 2008, avant l’impact de la récession mondiale. Entre 2004 et 2008 en effet, la proportion de personnes souffrant de famines chroniques dans le monde a augmenté pour la première fois depuis 1970, année des premiers ‘records’ – et cette tendance s’est aggravée en 2009 (FAO, 2009).

33.  D’après les estimations de la FAO (Food and Agricultural Organization) des Nations unies, le nombre d’individus victimes de sous-nutrition dans le monde est passé de 915 millions en 2008 à 1 020 millions en 2009 – le plus haut chiffre jamais atteint depuis 1970.  Le taux de sous-nutrition pour l’ensemble de la planète a en fait diminué régulièrement en termes absolus entre 1970 et 1995.  Il a ensuite commencé à augmenter malgré la hausse des taux de croissance du PIB dans les pays en développement. Le Comité permanent de la nutrition des Nations unies (UNSCN) prévoit que le nombre d’enfants de moins de cinq ans en dessous du poids normal passera à 143 millions, soit 5 millions de plus que si les estimations de 2007 étaient demeurées constantes.  De même, 50 millions de femmes enceintes, soit environ 40% du total de cette catégorie, souffrent d’anémie (UNSCN, 2010), ce qui provoque souvent sur les enfants à naître de graves séquelles physiques et mentales dont ils souffriront à vie. Il ne fait aucun doute que les conséquences de la malnutrition constatée aujourd’hui perdureront probablement pendant plusieurs générations, de manière patente ou plus insidieuse selon les cas, mais en provoquant toujours autant de dégâts.

34.  La baisse ou la perte des revenus des ménages a aussi considérablement aggravé la situation de millions de personnes tombées dans la pauvreté.  L’Organisation internationale du travail (OIT) indique que, après quatre années de baisse du chômage, le nombre de sans-emploi a augmenté de 14 millions en 2008. Elle prévoit que 38 millions de personnes supplémentaires auront perdu leur emploi en 2009 (OIT, 2009). Alors que la crise de l’emploi commence à peine à se manifester dans les pays en développement, il est clair que de nombreux travailleurs urbains sont contraints de chercher à gagner leur vie sur des marchés clandestins (où les salaires sont inférieurs) ou de retourner dans leur campagne natale pour y travailler dans des secteurs agricoles marginaux et déjà en surcapacité de main-d’œuvre.  Qui plus est, l’OIT prévoit que “40 à 50 % des hommes et des femmes qui travaillent dans le monde en 2009 ne gagneront sans doute pas assez pour pouvoir se hisser (eux et leur famille) au-dessus du seuil de pauvreté fixé à 2 dollars par jour et par personne” (OIT, 2009). La dure réalité d’une alimentation inappropriée et d’un chômage en hausse pose de graves défis pour la stabilité sociale, économique et sécuritaire.

35.  De nombreux pays en développement dépendent davantage des importations de nourriture (FAO, 2009). Ce qui accroît manifestement leur besoin de générer des devises étrangères par le biais des exportations, des investissements étrangers, de l’aide (officielle) au développement (AOD) et du rapatriement des rémunérations.  De ces trois flux, c’est celui des investissements étrangers directs qui a le plus diminué, tandis que ceux de l’aide au développement et du rapatriement des rémunérations restent relativement stables. Alors que les flux de rapatriement des rémunérations jouent traditionnellement un rôle contre-cyclique en période de difficultés économiques, la crise actuelle a frappé particulièrement fort les pays importateurs de maind’œuvre en Europe, en Amérique du Nord et dans la région du Golfe, réduisant ainsi le montant global des rémunérations sujettes à un rapatriement.  En fait, les flux de rapatriement des rémunérations ont chuté de 6,1%, passant d’un record historique de 338 milliards de dollars en 2007 à $317 milliards de dollars en 2008. Un flux de rapatriement ‘inverse’ s’est même formé du Mexique vers les Etats-Unis avant que la crise et la récession ne viennent frapper le Mexique. Selon les prévisions de la Banque mondiale, les flux de rapatriement des rémunérations ne commenceront à se redresser lentement qu’en 2010 et 2011 à mesure que les pays industrialisés s’efforceront de remettre sur pied leurs économies respectives, victimes de déficits budgétaires colossaux (Banque mondiale, novembre 2009). 

36.  Même avant la crise, il était déjà apparu clairement que les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ne seraient pas atteints d’ici à 2015.  A l’aube de la crise, 40% des pays en développement étaient largement exposés aux conséquences (en termes de pauvreté) des hausses de prix des aliments et de l’énergie, parallèlement à la baisse des taux de croissance et aux niveaux élevés de pauvreté, alors que la plupart des autres pays en développement étaient modérément exposés à ces fâcheuses répercussions (GMR, 2009).  Cependant, les taux de croissance élevés atteints durant le boom avaient permis de faire sortir des millions de gens de la précarité et il semblait alors que le monde était sur la bonne voie pour parvenir à réduire de moitié la pauvreté à l’échelle mondiale d’ici à 2015 (OMD 1).  Malheureusement, les crises alimentaires et énergétiques antérieures “ont, selon les estimations, fait basculer 160 à 200 millions de personnes en plus dans une pauvreté extrême” (GMR, 2009).  Avec la reprise du commerce et le redressement des PIB, le nombre de personnes qui parviendront à remonter au-dessus du seuil de pauvreté sera malheureusement inférieur à celui des individus que la crise a poussés en-deçà de ce seuil. Le fait que des millions de personnes se retrouvent aujourd’hui prises au piège de la pauvreté et risquent dès lors d’annuler les avantages d’un retour à la croissance mondiale constitue une préoccupation majeure.

37.  Selon certaines études préliminaires, l’impact de la crise se traduira, in fine, par la mort de 200 000 à 400 000 jeunes enfants au cours des cinq années à venir (GMR, 2009), annihilant ainsi les progrès réalisés en vue de parvenir à l’objectif de réduire des deux tiers le taux de mortalité (OMD 4).  La scolarisation sera également affectée par la crise et la privation de scolarisation frappera sans doute davantage les filles que les garçons, atténuant ici aussi les progrès réalisés en vue de parvenir à l’égalité des sexes dans l’enseignement (OMD 3.1).  Il est impossible aujourd’hui de quantifier les répercussions de cette évolution en termes de productivité des générations, de leurs facultés mentales et de leur santé physique, mais il est probable que la malnutrition et la pauvreté extrême auront une incidence sur tous ces indicateurs.

38.  Il convient de noter néanmoins que l’objectif principal du Millénaire pour le développement, qui vise à réduire de moitié les seuils de pauvreté de 1990 d’ici à 2015 demeure, dans l’ensemble, en bonne voie de réalisation (Banque mondiale 2010).  Les progrès enregistrés en ce sens sont essentiellement le fait de la croissance économique ahurissante de la Chine et de l’Inde au cours des dix dernières années, une décennie au cours de laquelle des dizaines de millions de gens sont sortis de la pauvreté.  Mais, malgré des progrès impressionnants en Asie de l’Est et du Sud, les performances en Afrique subsaharienne demeurent largement insuffisantes. Si l’on se fie aux tendances observées avant la crise, et à supposer que l’on reporte de cinq ans la date butoir pour la porter à 2020, ce délai ne sera pas suffisant pour réduire de moitié la pauvreté en Afrique subsaharienne (Banque mondiale, 2010). Notons également que 31 des 49 PMA se trouvent dans cette région. Dans ces pays, le revenu moyen par habitant est, par définition, inférieur à 905 dollars (PPP GNI), le nombre d’enfants inscrits à l’école et le degré d’alphabétisation des adultes sont inacceptablement bas, le degré de malnutrition et de mortalité infantile inacceptablement élévé.et les économies nationales fragiles (CNUCED, Rapport PMA).

39.  La plupart des PMA sont situés en Afrique  subsaharienne, 2 au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, 1 en Amérique latine, 5 en Asie du Sud et 6 dans la région Asie de l’Est & Pacifique.  Entre ces pays, il existe d’énormes différences en termes de taille, niveau de démocratisation et défis économiques et politiques. Tous restent en grande partie à l’écart des marchés de capitaux internationaux, ce qui – tout en les protégeant de la crise financière – réduit aussi leur capacité à attirer les investissements dont ils ont cruellement besoin.  La diminution des niveaux d’aide, la contraction des rémunérations rapatriées et l’effondrement du commerce ont encore aggravé le sort de millions de gens dans les PMA.  Même durant le boom, ces pays n’étaient nulle part sur la voie de la réduction de moitié de la pauvreté d’ici à 2015. En général, l’économie de ces pays n’est pas assez diversifiée et reste vulnérable aux fluctuations de prix de quelques produits de base. Leurs gouvernements n’ont pratiquement aucune marge de manœuvre pour décider de dépenses contre cycliques qui stimuleraient la demande en période de basse conjoncture, et se voient ainsi privés d’un instrument essentiel pour gérer des chocs extérieurs (CNUCED, et citation FMI, 2009).

40.  Il est néanmoins important de reconnaître que nombre des pays les moins avancés ont connu des taux  de croissance positifs au cours de la dernière décennie.  Cette croissance peut être attribuée à un certain nombre de facteurs parmi lesquels : l’importance des rémunérations rapatriées, des taux inédits de formation de capital brut, la hausse des prix des produits de première nécessité et l’apport massif d’aides au développement de mieux en mieux canalisées.  En 2007, le rapatriement des rémunérations représentait 3,9% PIB des PMA, alors que l’aide officielle au développement en représentait 8% ; ces deux chiffres étaient inférieurs à leurs derniers pics de 4,2% (en 2004) et 11,5% (en 2003), respectivement (base de données WDI).  Aucun de ces facteurs ne peut être ignoré et tout recul significatif de l’un d’eux – notamment l’aide officielle au développement – compromettrait gravement la situation déjà précaire de ces 49 pays.

41.  La cause profonde des défis auxquels sont confrontés les six pays les plus pauvres de la planète doit être recherchée dans des éléments autres que les répercussions de la récente crise financière.  L’aggravation persistante de leur sort s’explique  par la structure des marchés alimentaires mondiaux, le protectionnisme commercial, les confits et l’instabilité, les problèmes typiques des Etats fragiles, la médiocrité de la gouvernance et des infrastructures, la répartition inégale des richesses et l’absence chronique d’emploi.  La relativement belle performance de nombreux pays en développement lors de cette crise n’a donc pas pu juguler les pires retombées sur les pays les plus pauvres. 

42.  C’est précisément la raison pour laquelle il est tellement important de maintenir les programmes d’aide occidentaux en dépit des pressions budgétaires à l’Est. Il s’agit là d’un impératif  presque autant sécuritaire  qu’humanitaire, les Etats fragiles sont susceptibles de rester en grand danger. Rappelons que renforcer la capacité d’un Etat à gouverner par le biais d’une stabilité et d’une légitimité accrues est vital pour son développement et sa sécurité à long terme.


VIII. REACTION DE LA COMMUNAUTE  INTERNATIONALE FACE AUX BESOINS DES PAYS EN DEVELOPPEMENT

43.  La communauté internationale a réagi relativement vite à la crise dans les pays en développement. Cette intervention s’est avérée utile ; de même que le fait que la crise a frappé les pays en développement avec un certain ‘retard’. L’action concertée a certainement contribué à éviter un mouvement de panique et à préserver la solvabilité de plusieurs pays vulnérables n’ayant pas  l’espace budgétaire suffisant pour réagir de leur propre chef.

44.  La réunion des chefs de gouvernement du G20 en avril 2009 s’est soldée par un accord sur un accroissement de 200% des ressources du FMI – qui passent ainsi de 250 milliards de dollars à 750 milliards de dollars, incluant une enveloppe de, 250 milliards de dollars sous la forme de droits de tirage spéciaux (DTS). Le G20 a également estimé que les 6 milliards de dollars issus de la vente d’or par le FMI devaient servir à octroyer des crédits aux pays les plus pauvres de la planète, avec mise à disposition de quelque 100 milliards de dollars supplémentaires pour les banques de développement multilatérales. De son côté, le FMI a réformé ses organes de prêts et a notamment mis en place un système de réaction rapide connu sous le nom de « ligne de crédit flexible ».  Cet instrument permet d’accorder des financements d’urgence aux pays victimes de fortes pressions financières et macroéconomiques.  Qui plus est, les nations du G7 , , ont pris des engagements en vue de réduire ou d’alléger le service de la dette, et d’améliorer la capacité éducative, les services de distribution d’eau et les réseaux sanitaires des pays pauvres. Ils ont également promis d’investir davantage dans l’agriculture et d’accroître l’accès aux marchés pour les producteurs de l’Afrique subsaharienne.  Si ces engagements sont massivement tenus, l’avenir sera alors nettement plus prometteur pour les familles en difficultés dans le monde.

45.  Depuis toujours, le FMI dit aux pays en développement confrontés à la crise financière internationale qu’ils doivent augmenter les taux d’intérêt, réduire les déficits, lever les barrières commerciales et dévaluer leur devise pour mieux absorber le choc de la crise. Ce type de réponse uniforme à la crise, appliqué à tous les pays sans différenciation, n’a pas toujours donné les résultats escomptés. La crise financière qui a frappé l’Asie fin des années 1990 a démontré que cette ligne de conduite ne convient pas nécessairement à tous les scénarios. Depuis, plusieurs pays asiatiques ont choisi d’accumuler des capitaux pour pouvoir disposer des ressources nécessaires à la gestion d’une récession mondiale ou régionale. Aujourd’hui, le FMI cherche davantage à offrir aux pays en développement les moyens dont ils ont besoin pour surmonter les chocs financiers et économiques survenus ces deux dernières années. Il n’a donc pas réitéré ses demandes préconisant la mise en place de politiques d’austérité monétaire et budgétaire, susceptibles d’obérer des dépenses critiques du point de vue social et du développement. (Davis, septembre 28) Le FMI œuvre également à la restructuration, de manière à ce que les pays concernés soient mieux à même de prévenir une crise et d’y réagir. Enfin, il cherche à apaiser certaines tensions nées de la forte demande de liquidités mondiales de la part d’économies émergentes et de la dépendance systémique envers la stabilité d’un nombre très réduit de fournisseurs de telles liquidités.  Ce défi financier jouera probablement un rôle clé dans le système international actuel (Etude du FMI, 26 février 2010).

46.  Quant à la Banque mondiale, elle a augmenté ses prêts aux nations à moyen revenu pour atteindre le niveau record de 33 milliards de dollars au 30 juin de l’exercice 2009 dans le cadre d’un accroissement du crédit de 100 milliards de dollars sur trois ans  en vue de soutenir la demande mondiale.   Elle a également lancé une initiative visant à lever des fonds pour racheter des actifs pourris aux banques dans des pays émergents et en développement afin de les aider à assainir leurs bilans et à débloquer les flux de crédit. Cette initiative a pour but d’éviter que les pertes croissantes enregistrées sur les emprunts ne détériorent davantage les bilans des banques. L’International Finance Corporation, organe de la Banque axé sur le secteur privé,  affectera 1,5 milliard de dollars à ces efforts et espère lever 4 milliards de dollars de plus.(Guha et Strauss) La capacité future de financement de la Banque mondiale est incertaine. Alors que les pays en développement plaident unanimement pour que le capital de la Banque soit augmenté, certains pays développés formulent de nettes réserves à s’engager sur cette voie. (Guha, Strauss et Giles.) 


IX. AIDE AU DEVELOPPEMENT

47.  La croissance rapide de la Chine ne souligne pas tant la réussite de l’aide au développement, mais plutôt l’importance de réformes ciblées et la contribution cruciale que le commerce peut apporter au développement.  L’aide au développement a joué un rôle capital dans la croissance des pays en développement durant les dernières décennies, mais il convient d’en relativiser l’importance face au rôle que peuvent jouer des réformes intérieures et la mise en place de structures nationales et internationales telles que des systèmes de libre-échange, particulièrement efficaces lorsqu’il s’agit de faire décoller une économie.  Pour prendre l’exemple de la Chine, ce pays a clairement bénéficié des conseils et de l’assistance que lui ont accordés des institutions comme la Banque mondiale et le FMI pour l’aider à construire sa capacité, tandis que son adhésion à l’OMC - avec toutes les obligations et tous les privilèges que cela implique - lui a également été extrêmement utile.  Mais ce sont les décisions de politique intérieure prises en Chine qui ont constitué le principal vecteur du décollage économique de ce pays, et il en va de même pour l’Inde. La Chine a considérablement réduit sa dépendance envers l’aide au développement et se montre de plus en plus capable de financer des programmes en faveur de ses régions (plus) pauvres. Bien d’autres pays, en revanche, continuent d’avoir besoin d’un appui extérieur.

48.  L’aide au développement demeure en effet particulièrement cruciale pour les PMA qui ont besoin d’un soutien tous azimuts pour mettre en place une infrastructure vitale, renforcer les capacités de l’Etat et assurer le développement de l’être humain.  Les onze pays les plus pauvres et les plus dépendants d’une aide en Afrique subsaharienne s’appuient sur des subsides étrangers représentant environ entre 25 à 50% des dépenses publiques (CNUCED, 2009). Or, les défis budgétaires auxquels sont confrontés aujourd’hui les pays donateurs, imposent de formidables pressions sur les budgets d’aide au développement, ce qui risque, à son tour, de réduire les dépenses affectées à l’infrastructure, à l’éducation et aux soins de santé, avec toutes les conséquences négatives que cela peut entraîner à long terme pour les pays en développement les plus pauvres.

49.  Ainsi apparaît-il de plus en plus clairement que, en raison de la crise financière et économique mondiale, et du fléchissement de la volonté politique dans ce contexte économique difficile, les objectifs d’aide fixés à Gleneagles ne seront pas atteints. Actuellement, les 16 pays membres de l’UE et les sept pays non membres de l’UE participant au Comité d’aide au développement (CAD) ne tiennent pas les engagements collectifs qu’ils ont solennellement pris lors de cette réunion. Une étude menée récemment par le CAD de l’OCDE autorise à penser que l’aide étrangère est inférieure de 21 milliards de dollars à ce qui avait été promis lors du Sommet de Gleneagles, il y a cinq ans. Sept des 23 pays membres du CAD de l’OCDE ont réduit leur niveau d’aide en raison de pressions budgétaires internes. (Réunion AP-OTAN/OCDE février 2010)  Les statistiques du CAD révèlent également que cette aide a augmenté de 35% depuis 2004 ; mais il reste un écart persistant phénoménal entre l’aide promise et l’aide réellement octroyée.  Sur l’ensemble de cet écart, 17 milliards de dollars sont le fait de promesses non tenues par les gouvernements donateurs, mais 4 milliards de dollars s’expliquent par des promesses d’aide associées à des pourcentages fixes des revenus du pays donateur. Dans ce cas, la récession économique mondiale a tout simplement comprimé  la taille des économies de certains pays donateurs ayant établi ce lien, ce qui a, à son tour, entraîné une contraction de l’aide au développement.

50.  Bien que la plupart des pays donateurs aient prévu de tenir leurs engagements en matière d’aide (au développement), la défaillance partielle de certains grands pays donateurs provoquera un déficit d’aide considérable par rapport à l’aide totale promise. En 2005, les 15 pays membres à la fois de l’UE et du CAD se sont engagés à atteindre pour 2010 un objectif minimum d’aide officielle au développement (AOD) égal à 0,51% de leur revenu national brut. (Le RNB mesure le revenu annuel d’un pays d’après la valeur totale des biens et services produits sur son  territoire, plus le revenu net perçu à partir d’autres pays sous la forme de paiement d’intérêts et de dividendes.) Plusieurs pays dépasseront cet objectif : c’est le cas de la Suède avec la plus forte AOD au monde exprimée en pourcentage de son RNB (soit 1,03%), suivie du Luxembourg (1%), du Danemark (0,83%), des Pays-Bas (0,8%), de la Belgique (0,7%), du Royaume-Uni (0,56%), de la Finlande (0,55%), de l’Irlande (0,52%) et de l’Espagne (0,51%) [tous ces chiffres étant exprimés en dollars (valeur 2004) et se rapportant à l’AOD nette].
 
51.  Mais d’autres n’atteindront pas l’objectif fixé : la France (0,46%), l’Allemagne (0,40%), l’Autriche (0,37%), le Portugal (0,34%), la Grèce (0,21%) et l’Italie (0,20%) ont tous réduit leur aide par rapport aux promesses faites à Gleneagles. (Engagements et performance des membres du CAD)  Avec 0,2% et 0,18% de leur RNB respectivement, les Etats-Unis et le Japon restent les plus ‘petits’ donateurs du CAD en termes de pourcentage du RNB, même si le niveau de l’aide  octroyée par le Japon est supérieure au 0,18% promis en 2005. A Gleneagles, les Etats-Unis s’étaient engagés à doubler l’aide  en faveur de l’Afrique subsaharienne entre 2004 et 2010.  Le Canada avait promis de doubler d’ici à 2010 le niveau de son enveloppe d’aide internationale en termes nominaux, tandis que l’Australie visait une aide de 4 milliards de dollars australiens.  La Nouvelle Zélande prévoit d’atteindre un niveau d’AOD de 600 millions de dollars néo-zélandais d’ici à 2012-13. Selon l’OCDE, ces quatre pays sont en passe d’atteindre leurs objectifs. La Norvège maintiendra son niveau d’AOD à 1% de son RNB, et la Suisse atteindra probablement 0,47% de son RNB, soit plus que son engagement précédent (qui était de 0,41%).

52.  La vigilance sera de mise, ne serait-ce que pour tenir les promesses d’aide actuelles. Alors que les niveaux d’endettement augmentent de façon spectaculaire au sein de l’OCDE, certains pays, y compris quelques grands donateurs d’aide, seront confrontés à des exigences particulièrement rigoureuses et politiquement délicates en matière de consolidation budgétaire.  Dans pareilles circonstances, les budgets alloués à l’aide sont extrêmement vulnérables, car les organes dont ils dépendent au plan interne ne sont généralement pas très puissants, ce qui apparaît systématiquement avec une évidence incontestable lorsque les pressions budgétaires s’intensifient. Ne pas agir peut avoir de lourdes répercussions sur la sécurité, et ce point ne doit pas être négligé dans le débat sur l’aide au développement. La crise financière mondiale aura au moins eu le mérite de mettre davantage encore en exergue le lien entre développement et sécurité. De nombreux analystes redoutent que la crise mondiale ne pousse les pays en développement les plus vulnérables au bord du gouffre. De toute évidence, des organisations chargées de la sécurité comme l’OTAN (dont les troupes sont actuellement déployées non seulement en Afghanistan mais aussi au large des côtes de l’Afrique orientale où des Etats extrêmement fragiles et en mal de gouvernance sont incapables de contrôler les pirates qui commettent leurs méfaits sur leurs eaux territoriales) s’inquiètent sérieusement de cette évolution. Les Etats fragiles posent des défis cruciaux à la fois au plan sécuritaire et au plan humanitaire. Dans le cadre d’une crise  économique mondiale, les ressources habituellement dédiées à la résolution de ces défis sont menacées, ce qui vient allonger la liste déjà bien longue des problèmes auxquels sont confrontés ces pays vulnérables. De telles préoccupations conditionnent les efforts de la communauté internationale pour aider les pays en développement à gérer la crise actuelle.

53.  Les menaces que font planer sur la sécurité locale, régionale et internationale des Etats en déliquescence et des politiques de développement non abouties ne pourront être levées que si l’on envisage ces problèmes selon une vision élargie.  Le Nouveau concept stratégique de l’OTAN fournira une occasion de renforcer la stratégie globale de cette organisation, qui contribue largement à faire du tandem sécurité-développement un élément central de la démarche de l’OTAN envers les pays et régions déchirés par des conflits où elle est engagée. L’expérience de l’OTAN en Afghanistan et l’expérience issue de ses patrouilles antipirates au large des côtes somaliennes n’ont fait que renforcer l’idée que les Etats fragiles représentent, pour les Etats membres de l’OTAN, une source de préoccupation directe en termes de sécurité et que des stratégies à la fois non militaires et militaires sont nécéssaires pour relever ces défis considérables.


X. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS PRELIMINAIRES

54.  La crise actuelle a exacerbé la nécessité pour les Etats fragiles d’obtenir un soutien particulier lorsque des chocs font vaciller l’économie mondiale.  Dans pareilles circonstances, une hausse brutale des prix des denrées alimentaires ou de l’énergie, ou l’effondrement des marchés du crédit peuvent littéralement mettre très sérieusement en danger la vie de millions de gens déjà vulnérables.  La communauté internationale doit alors recourir à des outils et politiques bien calibrés, pour apporter un soutien crucial suffisant en temps voulu. Elle doit fournir ce soutien en tenant compte également des différents contextes régionaux. De plus en plus, les Etats fragiles sont pris au piège d’un réseau de tensions régionales voire même de conflits qui ne peuvent être abordés à l’échelon strictement national. L’aide d’urgence doit dès lors être assurée de manière continue aux Etats fragiles, notamment à ceux qui sont victimes d’un conflit ou qui viennent de sortir d’un conflit. Les objectifs sont ici clairement ciblés sur la stabilisation, celle-ci n’étant toutefois que le premier pas vers un développement à long terme.

55.  Parallèlement, des stratégies de développement à plus long terme doivent viser à renforcer les capacités de l’Etat à l’échelon local, ainsi qu’au niveau national. De toute évidence, aucun développement n’est possible en l’absence d’une autorité politique légitime. Les efforts fournis au titre de l’aide dans des régions fragiles ou sortant d’un conflit devraient avoir pour but d’aider les gouvernements locaux et centraux à apporter des avantages concrets et pratiques à leurs populations et à prendre des habitudes de responsabilisation et de transparence.  Cet élément est capital pour construire la légitimité ainsi qu’une véritable autorité dans des régions où l’autorité de l’Etat  était soit tyrannique, soit absente. Dans de tels cas, il est particulièrement important que le mérite d’une amélioration de la vie des personnes revienne aux autorités locales et nationales - plutôt qu’aux donateurs.  

56.  Dans les régions ravagées par des conflits et où des forces de l’OTAN pourraient être déployées, l’aide à la reconstruction de l’Etat arrivera en général au premier rang des priorités absolues. L’OTAN peut, dans une certaine mesure, faire la différence, mais à la seule condition de coopérer largement avec des responsables locaux et nationaux et d’autres acteurs clés.  Les solutions doivent être conçues en tenant compte des circonstances propres au pays, des institutions et des individus concernés, mais les planificateurs de la défense ne doivent jamais perdre de vue les conséquences pour la sécurité d’un Etat illégitime ou en déliquescence.

57.  A l’heure où l’austérité budgétaire est de plus en plus à l’ordre du jour, il est impératif que tous les domaines de la politique gouvernementale fassent l’objet d’une analyse financière approfondie afin d’assurer la concordance entre la fin et les moyens. C’est d’autant plus vrai en ce qui concerne l’aide au développement, qui ne jouit souvent que d’un soutien national marginal dans les pays donateurs.  Nos contribuables doivent donc comprendre que l’aide au développement octroyée par les gouvernements est ciblée et efficace. Cette aide devrait être étroitement liée à la mise en œuvre de politiques de développement saines et robustes et focalisées sur des pays qui ont prouvé leur détermination politique à poursuivre une bonne politique économique et à exercer une gouvernance adéquate. Cette volonté politique sera cruciale si l’on veut avancer. Selon ces principes, les donateurs occidentaux et les représentants des institutions de crédit internationales doivent continuer à dialoguer avec la  Chine, qui a promis récemment une aide de 10 milliards de dollars à l’Afrique. Ce dialogue devrait porter essentiellement sur la manière dont la Chine fournit de l’aide à ces pays. Certains critiques accusent la Chine - désireuse de sécuriser son accès à un large éventail de matières premières - d’apporter une aide sans conditions à divers gouvernements africains, ce qui sape les efforts visant à améliorer la gouvernance dans cette région du monde. (Jopson)
 
58.  Par ailleurs, il est essentiel que les pays donateurs continuent à coordonner leur aide et les politiques de développement. C’est la meilleure manière de tirer parti, de la façon la plus rentable, des budgets  serrés et politiquement vulnérables affectés au développement. Qui plus est, un pays en développement reçoit en moyenne 260 visites de donateurs par an et il arrive souvent que les méthodes et des ambitions varient énormément d’un donateur à l’autre, lorsqu’elles ne sont pas carrément contradictoires. (Zoellick) Tout ce qui peut être fait pour minimiser la complexité du paysage de l’aide au développement réduira d’autant la charge qui pèse sur les pays en développement et les aidera à se concentrer sur le développement plutôt qu’à remplir des formulaires pour donner satisfaction aux gouvernements donateurs. Pour des pays fragiles, une telle bureaucratie prend beaucoup trop de temps et exige trop de compétences. La fédération des ressources par le biais de la création de fonds de financement et la mise en place d’une division raisonnable des tâches entre donateurs peut faire énormément pour alléger la charge qui pèse sur les pays bénéficiaires, et leur permettre ainsi de se consacrer aux activités de développement visées. (Zoellick)

59.  Parvenir à un développement durable nécessite une vision, un engagement de longue haleine et de la patience, sans oublier l’introduction et surtout la mise en œuvre de politiques économiques robustes. Les revers sont inévitables. A l’ère de la télévision, le problème est que, une fois qu’un pays ne fait plus la ‘une’ de l’actualité, le soutien qui lui est accordé commence invariablement  à fléchir. Ce phénomène est absolument contreproductif. Il faut un engagement à long terme pour amener un changement positif réel, notamment dans les régions très fragiles.

60.  Alors que pays développés et pays émergents commencent à envisager la levée - d’une manière que l’on espère ordonnée et collaborative - des mesures de relance budgétaire et monétaire, ils devront veiller, ce faisant, à ne pas provoquer de chocs au niveau de l’aide et des crédits accordés aux pays en développement. L’une des idées pour assurer un flux de liquidités continu serait que le FMI crée un fonds d’assurance dans lequel les pays émergents pourraient puiser en cas de crise soudaine des liquidités. Cela aiderait ces économies en expansion à ne pas avoir instinctivement tendance à thésauriser des liquidités et cela contribuerait à corriger des déséquilibres mondiaux tout en offrant de nouvelles options de financement aux économies émergentes. 

61.  Il faudra aussi accorder une attention particulière aux prix des denrées alimentaires au cours des prochains mois. Il peut arriver qu’une reprise mondiale généralisée entraîne à nouveau à la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie. Des problèmes structurels persistants continuent à pénaliser les marchés des produits alimentaires, même s’ils ont été en partie masqués par la récession. Il faut investir davantage dans l’amélioration de la productivité agricole dans les pays en développement et aider les paysans les plus pauvres à écouler leurs produits sur le marché. (Leahy) Il conviendrait de renoncer aux projets de biocarburant les plus équivoques sur le plan écologique et économique, ne serait-ce que parce qu’ils ont pour effet d’augmenter les prix des denrées alimentaires pour les plus pauvres de la planète. (Blas & Boland)

62.  Des régimes de libre-échange constituent la plus forte contribution que la communauté internationale puisse apporter aux pays en développement.  Le commerce stimule bien davantage le développement que ne le fait l’aide, et ses avantages sont innombrables.  Malheureusement, bien que les droits de douane imposés aux produits pour lesquels les pays développés possèdent un avantage comparatif aient été fortement réduits, ceux qui concernent les produits exportés par les pays pauvres demeurent très élevés.  Le Round de Doha était supposé ouvrir la voie à la résolution de ce déséquilibre, mais les pourparlers restent dans l’impasse. Ces divergences doivent être résolues si l’on veut mener à bien ces négociations et faire en sorte que des échanges revigorés puissent galvaniser le développement économique et la croissance mondiale.


BIBLIOGRAPHIE

Baily, Martin Neil, Robert E. Litan and Matthew S. Johnson (2008) “The Origins of the Financial Crisis”, Fixing Finance Series – Paper 3¸ Initiative on Business and Public Policy at Brookings. http://www.brookings.edu/~/media/Files/rc/papers/2008/11_origins_crisis_baily_litan/11_origins_crisis_baily_litan.pdf

Bhagwati, Jagdish (1998), “The Capital Myth: the difference between trade in widgets and dollars”, Foreign Affairs, vol. 77, no. 3, May/June: 7 – 13.

Bhagwati, Jagdish (2010), “Banned Aid: Why International Assistance Does Not Alleviate Poverty,” Review Essay, Foreign Affairs, January/Febuary: 120 – 125.

BIS (2009), Dubravko Mihaljek, “The financial stability implications of increased capital flows for emerging market economies”, BIS Papers No. 44. http://www.bis.org/publ/bppdf/bispap44.htm

Javier Blas, Vicent Boland, “Global Recovery carries new risk of price surge,” Financial Times, November 16, 2009.

Cameron, John and Anna Haanstra, “Development Made Sexy: how it happened and what it means”, Third World Quarterly, 29(8), 2008: 1475-1489.

Davis, Bob “IMF, reversing course, urges capital controls”, The Wall Street Journal Europe, 19-21 February 2010, XXVIII no. 15, page 1.

Bob Davis, “IMF says it acted effectively to combat global recession,” The Wall Street Journal, September 28, 2009.

Bob Davis, “IMF’s New role: helping the G-20,” The Wall Street Journal, October 58, 2009.

Bob Davis, “World Bank seeks funds,” The Wall Street Journal, October 6, 2009.

Eichengreen, Barry (2010) “Lessons of the crisis for emerging markets”, International Economics and Economic Policy, forthcoming.

Food and Agricultural Organization (2009), The State of Food Insecurity in the World: Economic crises – impacts and lessons learned. http://www.fao.org/docrep/012/i0876e/i0876e00.htm

Friedman, Jed and Norbert Schady, World Bank (2009) “How Many More Infants are Likely to Die in Africa as a Result of the Global Financial Crisis?” Policy Research Working Paper, 5023, August.
http://econ.worldbank.org/external/default/main?pagePK=64165259&piPK=64165421&theSitePK=469372&menuPK=64166093&entityID=000158349_20090820140450

Krishna Guha, Delphine Strauss, “World Bank to buy distressed assets,” Financial Times, October 8, 2009.

Krishna Gua, Christ Giles, “IMF told to aid orderly exit from stimulus,” Financial Times, October 5, 2009.

Krishna Gua, Delphine Strrauss, Chris Giles, “Big countries spar over  $5 billion equity plea,” Financial Times, October 6, 2009.

IMF (2009a), World Economic Outlook: Sustaining the Recovery, October. http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2009/02/index.htm

IMF Survey, “IMF in rethink of its role in Post-Crisis World, February 26, 2010.)

IMF (2009b), World Development Indicators Database: Accessed on 20 March 2010.

IMF (2009c), World Economic Outlook Database.  Accessed on 16 March 2010.
http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2009/02/weodata/index.aspx

International Labour Organization (2009), “The Financial and Economic Crisis: A Decent Work Response” International Institute for Labour Studies.
http://www.ilo.org/global/What_we_do/Publications/ILOBookstore/Orderonline/Books/lang--en/docName--WCMS_107583/index.htm

Barney Jopson, “Wen makes $10 billion loan pledge to Africa,” Financial Times, November 9, 2009.

Kose, M. Ayhan, Eswar Prasad, Kenneth Rogoff and Shang-Jin Wei (2006) “Financial Globalization: A Reappraisal”, IMF Working Paper WP/06/189.
http://www.brookings.edu/~/media/Files/rc/papers/2006/08globaleconomics_rogoff/20060823.pdf

James Lamont, “Singh commits India to financial reform plan,” Financial Times, November 9, 2009.

Justin Lahard, “Global recovery contains a few dilemmas for the G-20,” The Wall Street Journal, September 25-27, 2009.

Joe Lehy, “To feed a need,” Financial Times, October 2, 2009.

Member’s Commitments and Performance: Summary Table of OECD Secretariat Projections, http://www.oecd.org/dataoecd/20/19/44607047.pdf

Moyo, Dambisa (2009), Dead Aid: Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa. Farrar, Straus & Giroux.

NATO PA Briefing OECD, February 2010.

ONE (2009), The Data Report 2009: Monitoring the G8 Promise to Africa. http://www.one.org/international/datareport2009/

“Open Markets for the Poorest Countries,” Center for Global Development, 2010.

Ostry, Jonathan D., Atish R. Ghosh, Karl Habermeier, Marcos Chamon, Mahvash S.
Qureshi and Dennis B.S. Reinhardt (2010), “Capital Inflows: The Role of Controls”, IMF Staff Position Note, SPN/10/04, 19 February. http://www.imf.org/external/pubs/ft/spn/2010/spn1004.pdf

Sheo Nandan Pandey, “China and the diplomatic power play at G-20 London Summit”, South Asia Analysis Group, Paper No. 3155, http://www.southasiaanalysis.org/\papers32\paper3153.html

Ravallion, Martin, World Bank (2008), “Bailing out the World’s Poorest”, Policy Research Working Paper 4763, October http://econ.worldbank.org/external/default/main?pagePK=64165259&theSitePK=469372&piPK=64165421&menuPK=64166093&entityID=000158349_20081216092058
Rodrick, Dani (1998): “Who needs capital account convertibility?”, Princeton Essays in
International Finance, no 207: 55–65.

Satha, Dilip, Sanket Mohapatra and Ani Silwal, World Bank (2009), “Migration and Remittance Trends 2009: A better-than-expected outcome so far, but significant risks ahead” Migration and Development Brief 11, 3 November.
http://siteresources.worldbank.org/INTPROSPECTS/Resources/334934-1110315015165/MigrationAndDevelopmentBrief11.pdf

Heather Steward, “Gordon Brown calls on Developed world to honour Gleneagles Pledges,” The Guardian, 17 February 2010

Stiglitz, Joseph E. (2009), “Wall Street’s Toxic Message”, Vanityfair, July 2009.
http://www.vanityfair.com/politics/features/2009/07/third-world-debt200907

Turner, Philip, Bank for International Settlements (1995): “Capital flows in Latin America: a new phase”, BIS Economic Papers, no 44. http://www.bis.org/publ/econ44.htm

Ashok Tuteja, “G-20 Leaders seal new deal,” The Tribune, April 3, 2009, http://www.tribuneindia.com/2009/20090403/world.htm#9

UNCTAD (2008) “Financial crisis makes Doha Agreement still more vital, chiefs of UNCTAD, World Trade Organization say” 16 September. http://www.unctad.org/Templates/Page.asp?intItemID=4609&lang=1

UNCTAD (2009), “The Least Developed Countries Report 2009: State and Development Governance” United Nations. http://www.unctad.org/en/docs/ldc2009_en.pdf

UNCTAD (2002), “The Least Developed Countries Report 2002: Escaping the Poverty Trap” United Nations, Sales No. E.02.II.D.13.http://www.unctad.org/en/docs/ldc2002_en.pdf

United Nations Standing Committee on Nutrition (2010) “Global financial and economic crisis – the most vulnerable are at increased risk of hunger and malnutrition” Briefs on Nutrition
http://www.unscn.org/files/Publications/Briefs_on_Nutrition/SCN_Nutrition_Impacts_of_Financial_Crisis_4p.pdf

World Bank (2009), “Global Economic Prospects 2009: Commodities at the Crossroads” IBRD/WB.
http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/EXTDEC/EXTDECPROSPECTS/GEPEXT/EXTGEP2009/0,,contentMDK:21959964~pagePK:64167702~piPK:64167676~theSitePK:5530498,00.html

World Bank (2010), “Global Economic Prospects 2010: Crisis, Finance, and Growth” IBRD/WB. http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/EXTDEC/EXTDECPROSPECTS/GEPEXT/EXTGEP2010/0,,contentMDK:22438006~menuPK:6665268~pagePK:64167689~piPK:64167673~theSitePK:6665253,00.html

World Bank (2009), Global Monitoring Report 2009: A Development Emergency.
http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/EXTDEC/EXTGLOBALMONITOR/EXTGLOMONREP2009/0,,contentMDK:22149019~enableDHL:True~menuPK:5924427~pagePK:64168445~piPK:64168309~theSitePK:5924405,00.html

World Bank Briefing Brussels, March 2010.

Zoellick, Robert, “Fragile States: Securing Development, Survival, vol. 50 no.6, December 2008 January 2009 pp 67-84.


Partager ceci   DiggIt   MySpace   Facebook   Delicious   Permalink

Haut de page Haut de page 
   Conditions d'utilisation © NATO Parliamentary Assembly 2004 By Tagomago