2021 - AVANT-PROJET DE RAPPORT GENERAL - DÉPENSES DE DÉFENSE DES PAYS ALLIÉS : MENACES PERSISTANTES ET NOUVELLES CONTRAINTES

Christian TYBRING-GJEDDE (Norvège)

13 avril 2021

La pandémie de Covid-19 et la récession mondiale qu'elle a déclenchée pèsent lourdement sur les budgets de la défense des pays alliés. Alors que les gouvernements adoptent des plans de relance budgétaire pour soutenir la demande globale, les analystes stratégiques craignent de plus en plus que les dépenses de défense soient sacrifiées au profit d'autres priorités urgentes. Le paysage sécuritaire reste alarmant, tandis que la pandémie et la crise économique qui l'accompagne ne font qu'aggraver les nombreux défis liés à la défense. Et c’est bien là que se situe le nœud du problème. Les Alliés sont confrontés à une longue liste de défis, à la fois traditionnels et nouveaux. Pour les relever, ils doivent mobiliser à la fois ressources financières et efforts adéquats pour optimiser leur efficacité.

Même avant la pandémie, les gouvernements alliés avaient identifié un besoin commun de veiller à ce que les dépenses et les investissements militaires soient suffisants pour répondre aux exigences de sécurité actuelles et futures. Le défi est devenu évident au lendemain de l'annexion illégale de la péninsule de Crimée par la Russie et de l’agression de cette dernière en Ukraine orientale. Au sommet du pays de Galles de 2014, les dirigeants des pays alliés se sont engagés à consacrer 2 % de leur production économique nationale aux dépenses de défense et 20 % de leurs budgets de la défense respectifs aux équipements lourds, à la recherche et au développement. Depuis 2014, plusieurs Alliés - en particulier ceux qui sont les plus proches du flanc oriental de l'OTAN - ont fait d'importants progrès dans la réalisation de ces engagements, atteignant ou dépassant leurs obligations ces trois dernières années. Mais d'autres semblent moins pressés et plusieurs pays alliés seront loin d’atteindre les objectifs d'ici à 2024.

La question des dépenses de défense aboutit systématiquement à une discussion plus large et infinie sur le partage des charges. D’aucuns redoutent que la solidarité de l'Alliance qui a fait le succès de l'OTAN ne soit compromise si l'on a le sentiment que certains pays alliés ne respectent pas leurs engagements en matière de dépenses minimales. L'OTAN elle-même cherche à encourager les Alliés à respecter leurs engagements en matière de dépenses, mais elle s’efforce aussi d'optimiser l'efficacité des dépenses de défense afin que celles-ci produisent le meilleur rendement possible en termes de capacités. L'Union européenne poursuit en grande partie les mêmes objectifs, même si la crise économique entraîne des réductions dans ses programmes industriels de défense.

C’est pour toutes ces raisons que l'engagement en matière d'investissement pour la défense devrait rester un jalon pour les gouvernements alliés, dans la mesure où il reflète les types d'investissements que les Alliés doivent continuer à réaliser pour assurer leur défense nationale et la défense collective. Mais en définitive, ce qui compte, ce sont les capacités : elles aussi doivent faire l'objet d'efforts collectifs et nationaux. Les gouvernements des pays alliés devraient profiter de la réflexion que mène l'OTAN pour galvaniser la volonté politique de respecter ces engagements essentiels en matière de sécurité et approfondir la coopération de manière à maximiser des ressources parcimonieuses affectées à la défense. Les efforts visant à accroître leur efficacité en renforçant les rapports entre forces opérationnelles et effectif administratif, en réduisant les budgets de la défense, en réévaluant la bureaucratie au niveau des ministères de la défense, ainsi que par le biais de projets de collaboration, par la planification de forces conjointes et par l'intégration des industries de la défense, entre autres, doivent tous être pris en compte. Le développement des capacités et les investissements de long terme doivent rester au cœur de ces efforts, essentiels à une époque d'incertitudes géopolitiques croissantes. Le maintien des budgets d'acquisition et d'investissement dans le domaine de la défense sera finalement crucial pour aider les principaux acteurs de l'industrie de la défense à surmonter la récession actuelle. Cela nécessitera probablement un certain degré de consolidation entre ces industries sous forte pression. Mais cette consolidation devrait finir par alléger les pressions exercées sur des budgets gouvernementaux déjà très serrés en comprimant les coûts, tout en renforçant l'interopérabilité et l'intégration globale de la défense au sein de l'Alliance. Cela devrait se faire à la fois au niveau européen, où une consolidation est clairement nécessaire, mais aussi au niveau transatlantique. Des marchés de la défense plus ouverts pourraient soutenir ces efforts.