2021 - AVANT-PROJET DE RAPPORT - LA CRISE ÉCONOMIQUE MONDIALE : IMPLICATIONS ET PERSPECTIVES

Faik ÖZTRAK (Turquie)

08 avril 2021

Les conséquences à plus long terme de la pandémie de COVID-19 sur l'économie mondiale ne sont pas encore très limpides. Elles varieront en fonction des réponses que les pays ont apportées à la crise sanitaire. De nombreux pays ont pu tirer des enseignements de la crise financière mondiale  de 2009. Ils ont, en effet, très rapidement mis en place des programmes de relance pour enrayer la récession. À titre d'exemple, l'Union européenne a encouragé l'émission de dette mutualisée et a créé des conditions favorables pour une réponse budgétaire forte à la crise. Les États-Unis ont de leur côté adopté des programmes de dépenses très importants pour assurer les revenus des ménages et ainsi soutenir la demande intérieure. Certes, les aides publiques massives permettent dans un premier temps de réduire les pertes d'emploi et le nombre de faillites mais au bout du compte, elles aggravent la dette des États. Certains observateurs craignent que cette injection massive d'argent public ne contribue à terme à une hausse de l'inflation, même si jusqu'à présent les taux d'intérêt et d'inflation sont restés remarquablement bas. Il n'en reste qu'il faudra bien un jour financer cette dette publique d'une manière ou d'une autre. Et il s'agit là d'un sérieux défi sur le moyen et long terme pour des gouvernements déjà particulièrement éprouvés. 

La crise actuelle a fait naître une forme de concurrence entre différents systèmes politiques et cette concurrence revêt un aspect stratégique non négligeable. Des pouvoirs autoritaires se sont servis de la pandémie pour jeter le discrédit sur la gouvernance démocratique. La Chine, par exemple, a intégré la lutte contre la pandémie de Covid-19 dans un récit national plus large qui met en valeur son « essor pacifique » et la supériorité de son système politique. Elle a mis en avant sa contribution à la lutte mondiale contre la Covid-19 tout en cherchant à en tirer un avantage diplomatique. Les pays qui ont réussi à endiguer la maladie ont également réussi à faire fonctionner plus ou moins bien leur économie, ce qui a eu des conséquences internationales. Les pays qui parviennent à vacciner rapidement leur population et aident d'autres pays à en faire de même ont des arguments à faire valoir sur le plan diplomatique. D'autres pays ont complètement négligé le virus et ont finalement dû se rendre à l'évidence : la maladie, elle, ne se plie pas aux diktats politiques. 

Le monde semble prêt à renouer avec la croissance en 2021, mais plusieurs obstacles pourraient empêcher l’économie mondiale de recouvrer pleinement la santé. Parmi ces obstacles, citons les problèmes de production et de distribution des vaccins, l’apparition de souches résistantes de la Covid-19 et les nouvelles flambées d’infections, l’arrêt prématuré des mesures budgétaires et monétaires contracycliques qui pourrait entraîner un manque de liquidités et l’adoption partout dans le monde de politiques économiques et de santé publique hypernationalistes, qui sont immanquablement vouées à l’échec. Des défauts de paiement pourraient semer sur les places financières une panique qui se répandrait comme une traînée de poudre compte tenu de l’énorme poids de la dette publique. Le ralentissement économique a entraîné une baisse des recettes fiscales qui n’a fait qu’aggraver le problème. À l’inverse, une forte accélération des campagnes de vaccination permettrait de progresser plus rapidement sur la voie de l’immunité collective, de regagner la confiance des investisseurs et des consommateurs, de concrétiser la demande latente et, donc, de forcer la relance grâce à la demande. S’ils restent bas, les taux d’intérêt et d’inflation pourraient prolonger l’état de grâce qui permet aux gouvernements de poursuivre leur politique monétaire et budgétaire à l’appui de leur économie pendant le processus de relance.

Cet avant-projet de rapport sera examiné par la commission de l'économie et de la sécurité (ESC) lors de la session de printemps de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN.


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