2021 - RAPPORT - CRISE ÉCONOMIQUE MONDIALE : IMPLICATIONS ET PERSPECTIVES

Faik ÖZTRAK (Turquie)

21 octobre 2021

Ce rapport a été adopté par la commission de l'économie et de la sécurité à la session annuelle de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN à Lisbonne.

 

Les conséquences à plus long terme de la pandémie de Covid-19 sur l’économie mondiale commencent à se préciser. Il est désormais établi que cette pandémie aura provoqué la plus forte baisse synchronisée du PIB mondial dans l’histoire moderne, même si les pouvoirs publics ont rapidement pris des mesures pour en atténuer les effets grâce aux enseignements tirés de la crise financière mondiale de 2009. Lors de cette crise, les gouvernements ont en effet adopté beaucoup plus rapidement des programmes de relance pour tenter de neutraliser les facteurs de récession. L’Union européenne a par exemple facilité l’émission de dette mutualisée et réuni des conditions favorables à une riposte budgétaire forte à la crise. Quant aux États-Unis, ils ont dépensé sans compter pour soutenir la demande, protéger l’emploi et préserver le revenu des ménages. Ces dépenses publiques massives ont toutefois conduit à des niveaux extraordinaires de dette, favorisant une forte inflation. Les prix ont effectivement commencé à augmenter et les taux d’intérêt pourraient leur emboîter le pas. Cela aurait de grave pour les pays en développement lourdement endettés. En outre, il reste à déterminer avec plus de précision comment cette dette colossale finira par être financée. Il s’agit là un défi de taille que les gouvernements ont à relever à moyen et long terme alors qu’ils sont déjà très éprouvés. 

Un aspect de la concurrence entre régimes, qui a une forte dimension stratégique, est apparu au grand jour durant cette crise. Des pouvoirs autoritaires se sont servis de la pandémie pour jeter le discrédit sur les régimes démocratiques. La Chine, a par exemple inscrit la lutte contre la pandémie de Covid-19 dans un récit national plus vaste qui honore son « essor pacifique » et la supériorité de son régime. Le pays a cherché à exploiter sa contribution à la lutte mondiale contre la Covid-19 à des fins diplomatiques et dans ses campagnes de relations publiques. Les pays qui ont réussi à endiguer la maladie ont également réussi à maintenir tant bien que mal leur économie à flot, ce qui leur a assurément donné un certain avantage stratégique.  Par ailleurs, la capacité de vacciner rapidement les populations et d'aider les autres pays à le faire s’est transformée en une sorte de monnaie diplomatique. Quant aux dirigeants qui n’ont pas pris le virus au sérieux, ils ont tous appris à leurs dépens que les maladies ne se pliaient pas aux diktats politiques. 

Le monde semble prêt à renouer avec la croissance en 2021,bien que sur une trajectoire plus faible que celle envisagé avant la crise. Plusieurs obstacles pourraient empêcher l’économie mondiale de recouvrer pleinement la santé, notamment les problèmes de production et de distribution des vaccins, l’opposition à la vaccination dans l’opinion, l’apparition de souches résistantes du virus et la recrudescence des infections. Les défauts de paiement de la dette, précipités par la hausse des taux d’intérêt pourraient semer sur les places financières une panique qui se répandrait comme une traînée de poudre en raison des charges de la dette que les gouvernements ont assumées. Des économies paralysées par la récession ont dû composer avec des recettes fiscales en chute libre et de nouveaux impératifs d’emprunt. Côté positif, une forte accélération des campagnes de vaccination permettrait de progresser plus rapidement sur la voie de l’immunité collective, de regagner la confiance des investisseurs et des consommateurs, de concrétiser la demande latente et, donc, de forcer la relance grâce à la demande. Les pays en développement doivent toutefois avoir accès aux vaccins pour que cet optimisme reste de mise. S’ils restent peu élevés, les taux d’intérêt et d’inflation pourraient prolonger l’état de grâce qui permet aux gouvernements de poursuivre leur politique monétaire et budgétaire à l’appui de leur économie pendant le processus de relance. Certains signes donnent cependant à penser que cet état de grâce ne durera pas aussi longtemps qu’initialement prévu. 



 
 


Lire aussi

SEE MORE