2022 - RAPPORT SPÉCIAL- L’ATTÉNUATION DU CHANGEMENT CLIMATIQUE ET L’ADAPTATION À SES EFFETS : LE RÔLE DE LA TECHNOLOGIE

Sven CLEMENT (Luxembourg)

20 novembre 2022

L’invasion délibérée de l’Ukraine par la Russie a totalement éclipsé le sixième rapport d’évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), publié peu après le déclenchement de la guerre. Le message du GIEC est pourtant clair : le changement climatique est – au minimum – partiellement irréversible et menace de frapper les systèmes humains et naturels sans qu’ils ne soient en mesure de s’y adapter. Dans son enquête de 2022 sur la perception des risques mondiaux, le Forum économique mondial (FEM) présente le changement climatique comme la menace à long terme la plus dangereuse. Les phénomènes météorologiques extrêmes et l’appauvrissement de la biodiversité associés au changement climatique ont déjà eu de lourds impacts financiers et entraîné des déplacements massifs de population. Les répercussions économiques et sociétales des catastrophes d’origine climatique pourraient être dramatiques. 

Le changement climatique constitue, en outre, un défi réel et croissant pour la sécurité internationale. Dans le rapport 2022 de la Conférence de Munich sur la sécurité, il est présenté comme un risque majeur pour celle-ci. Lors du sommet de Bruxelles en 2021, les chefs d’État et de gouvernement de l’OTAN ont défini le changement climatique comme « l’un des défis incontournables de notre époque ». Ils ont aussi décidé de le prendre en considération dans les trois tâches fondamentales de l’OTAN lors du sommet de Madrid en 2022 . Combiné à la raréfaction des ressources et à la croissance démographique, le changement climatique pourrait générer de l’instabilité partout dans le monde, les pays vulnérables étant les plus gravement touchés. Dans le pire scénario, ce phénomène pourrait entraîner la défaillance des États, mais également des conflits violents et des flux migratoires incontrôlés. L’OTAN ne dispose aujourd’hui que d’un aperçu sommaire de la fragilité de la gouvernance dans les pays concernés. Pour mieux comprendre les scénarios catastrophes et s’y préparer, il lui faudrait accroître ses capacités d’étude et d’alerte précoce en ce qui concerne cette fragile gouvernance, par exemple grâce à la création au siège de l’Organisation d’un centre pour la résilience démocratique, comme cela a été suggéré par l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Par ailleurs, le changement climatique exerce d’ores et déjà des effets sur la planification et la conduite des opérations des forces armées. Il provoque des dommages sur les bases et les infrastructures militaires et pèse sur les ressources des armées lorsque ces dernières interviennent en cas de catastrophe liée au climat. 

Ce rapport attire tout d’abord l’attention sur les implications du changement climatique en termes de sécurité et décrit l’évolution de l’approche de l’OTAN à ce sujet. Il présente ensuite brièvement les actions engagées par cette dernière pour mieux comprendre le changement climatique, s’y adapter et en atténuer les effets. Ces actions comprennent les travaux de recherche menés par l’Organisation pour la science et la technologie (STO) pour encourager l’innovation technologique dans ce domaine. Le rapport appelle les membres de l’Alliance à poursuivre et à renforcer leurs efforts d’adaptation à ces effets. Il conviendrait à cet égard d’intégrer la question climatique dans les documents stratégiques futurs, d’adapter les capacités militaires aux défis du changement climatique, d’élaborer un plan de transition énergétique robuste qui n’affaiblisse pas les capacités de défense collective de l’OTAN, et de prévoir des financements pour intégrer dans les opérations militaires des technologies économes en énergie et faisant appel aux énergies renouvelables.
 


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