2024 - L'ÉTAT DE L’ÉCONOMIE DE GUERRE DE LA RUSSIE

TAMAS HARANGOZO (Hongrie) - AVANT-PROJET DE RAPPORT

06 mai 2024

La guerre menée par la Russie contre l'Ukraine a de graves conséquences économiques à l'échelle mondiale. Les sanctions internationales prises à la suite de l'invasion de l'Ukraine ont d'abord entraîné une forte baisse des recettes d'exportation de la Russie, ce qui a précipité une chute de la valeur du rouble. La flambée des prix mondiaux du pétrole au second semestre 2023, associée à la recherche fructueuse de nouveaux marchés de l'énergie par la Russie, a permis à cette dernière de retrouver des niveaux de recettes issues des ventes d’énergie proches de ceux de 2021. Grâce à la faiblesse du rouble, le pays a pu continuer à exporter malgré les sanctions. 

Le Kremlin a mis en place une économie de guerre dans laquelle l'augmentation des dépenses de défense est financée par les revenus de l'énergie. Les dépenses publiques ont atteint un niveau record en 2023, et ont été financées principalement par les réserves et les ventes d’énergie de la Russie. Les dépenses militaires ont absorbé la plus grosse part du budget annuel du pays. Cette politique budgétaire expansionniste a toutefois engendré d'importants déséquilibres économiques, notamment de l'inflation et un marché du travail très tendu que la conscription militaire et l'exode de centaines de milliers de jeunes ont exacerbé. Ces difficultés remettent en question la viabilité à long terme des politiques économiques actuelles.

En réponse à l'invasion de l'Ukraine lancée par Vladimir Poutine, plus de 30 pays membres et partenaires de l’Alliance ont imposé des sanctions visant à réduire les recettes tirées par la Russie de l’exportation de marchandises et à affaiblir ses capacités militaires. Le pays fait actuellement l'objet de toutes sortes de sanctions énergétiques, commerciales et financières, dont un plafonnement du prix du pétrole et des restrictions d'accès à la technologie. Moscou a cherché activement à contourner ces mesures en exportant du pétrole sur des navires citernes dits « fantômes » qui naviguent sans assurance occidentale, en important des marchandises soumises à des sanctions par l’intermédiaire de pays tiers ou de trafiquants, et en libellant ses échanges commerciaux dans des monnaies non occidentales comme le renminbi chinois. Les États-Unis, l'Union européenne et le G7 doivent maintenant durcir les sanctions, combler les failles et renforcer les contrôles. 

Malgré les efforts déployés par la communauté internationale pour isoler la Russie, le régime de Vladimir Poutine a réussi à renforcer les liens commerciaux avec certains pays d'Asie, d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Amérique du Sud. En fait, la Russie a placé le commerce au centre de sa diplomatie mondiale. Le Kremlin a également fait appel à des milices privées comme le groupe Wagner pour continuer à accéder à des matières premières essentielles en Afrique et au Moyen-Orient, tout en constituant une coalition d'États parias partageant les mêmes idées, dont l'Iran, la Corée du Nord et le Bélarus, unis par un intérêt commun à contourner les sanctions occidentales. Parallèlement, Moscou a resserré ses liens diplomatiques et commerciaux avec la Chine. La Russie vend à la Chine de l'énergie à prix réduit, en échange de quoi celle-ci lui livre une variété de composants de haute technologie et des machines-outils qui alimentent les entreprises de la défense représentant aujourd'hui le moteur de l'économie nationale. Le pays utilise également le renminbi chinois pour régler ses échanges non seulement avec la Chine, mais aussi avec des pays tiers dont l'Inde, le Japon et plusieurs pays d'Asie du Sud-Est. La Russie et la Chine s'efforcent de mettre en place un ordre international anti-occidental plus favorable à leur vision autoritaire des relations interétatiques.