2024 - LE RÔLE DÉSTABILISATEUR DE LA RUSSIE DANS LE VOISINAGE MÉRIDIONAL DE L’OTAN

Theo FRANCKEN (Belgique) - RAPPORT

04 novembre 2024

L’invasion brutale et illégale de l’Ukraine par la Russie n’a pas seulement modifié foncièrement la situation sécuritaire le long du flanc Est de l’OTAN, elle a des incidences à l’échelle planétaire. Le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et le Sahel, qui font partie intégrante des ambitions mondiales du président Poutine, sont particulièrement affectés. En effet, les faiblesses structurelles qui minent le pays poussent celui-ci à chercher dans l’instabilité une voie de secours qui lui permette de mener à bien son programme régional. C’est donc bel et bien une stratégie opportuniste, transactionnelle, conditionnelle et déstabilisatrice qui est menée dans ces régions. 

Par opportunisme géopolitique, le Kremlin s’est mis en position d’exploiter de façon asymétrique les vulnérabilités qu’il perçoit à l’Ouest et de tirer parti du sentiment antioccidental qui prévaut chez les acteurs étatiques et non étatiques présents dans tout le voisinage méridional de l’OTAN. Les milices « privées » de Moscou constituent le fer de lance de cet effort. Elle se chargent de missions de collecte de renseignements, de formation ou de désinformation et agissent pour le compte des Russes, lesquels, en retour, leur permettent de faire main basse sur les entreprises et les ressources naturelles locales.
 
Les efforts russes visant à instrumentaliser les flux migratoires sont particulièrement préoccupants. Dans les régions fragiles, encore affaiblies par des gouvernements hors de contrôle, en proie à des insurrections, des trafics d’armes et la traite d’êtres humains, mais aussi à une désertification et des famines engendrées par le changement climatique, le risque de voir des flux migratoires de grande ampleur est omniprésent et concerne directement l’Europe. Et la Russie n’a certainement rien fait pour apporter de la stabilité ou une aide humanitaire : elle n’en a ni l’intérêt ni les moyens. Elle profite au contraire de ce phénomène pour opérer des trafics et se félicite des vagues de migration massives vers l’Europe, puisque celles-ci représentent une charge pour les pays de l’Alliance en première ligne et alimentent une certaine instabilité politique. Les Alliés européens doivent donc faire beaucoup plus pour endiguer les flux migratoires incontrôlés et ne peuvent laisser la Russie user de la misère humaine pour saper la solidarité alliée.

Par ailleurs, l’économie russe est extrêmement dépendante des exportations d’énergie. Le pays a donc œuvré de manière étroite avec les autres membres du groupe OPEP+ pour maintenir des prix élevés et compenser les pertes causées à son secteur pétrolier par les sanctions internationales. Or, les recettes énergétiques engrangées par la Russie financent sa guerre en Ukraine : il convient donc de redoubler d’efforts pour renforcer les sanctions imposées à son industrie énergétique tout en garantissant la sécurité des approvisionnements en énergie des pays de l’Alliance.

Récemment, l’essor des relations entre la Russie et la République islamique d’Iran témoigne sans la moindre ambiguïté des liens qu’établit le Kremlin entre le théâtre ukrainien et la région MOAN en général. L’Iran est devenu un fournisseur d’armes indispensable ; et ses missiles et munitions entraînent des répercussions dévastatrices sur l’Ukraine, que ce soit sur le champ de bataille ou sur ses infrastructures civiles. Téhéran apporte par ailleurs son soutien à des entités et des groupes, tels le Hamas, le Hezbollah ou les rebelles houthis, qui cherchent tous une déstabilisation au niveau régional. Si tous les pays membres de l’Alliance doivent se préoccuper des développements dans la région MOAN élargie, ils doivent aussi avoir conscience que ceux d’entre eux qui se situent aux frontières méridionales sont exposés aux événements qui s’y déroulent. Ils doivent reconnaître le rôle prépondérant qu’ils jouent en vue de protéger les autres membres de l’Alliance contre les menaces qui en émanent. En effet, ces pays, situés sur la ligne de front, contribuent tous à la sécurité collective en œuvrant à la stabilisation de la région et à la dissuasion de toute agression ainsi qu’en s’attelant, avec les partenaires méridionaux et les pays voisins, à relever les grands défis que représentent le développement, l’immigration et la sécurité.
 


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