Aide militaire à l’Ukraine, durcissement des sanctions contre la Russie : les pays alliés doivent « agir immédiatement »

25 mai 2024

SOFIA (Bulgarie) - Pour renverser le cours de la guerre, il faut  intensifier d’urgence le soutien militaire, financier et diplomatique à l’Ukraine et infliger à la Russie des sanctions plus sévères et plus dommageables pour elle. Tel est l’avertissement adressé ce samedi aux pays alliés par les membres de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN et plusieurs spécialistes.

Réunis à Sofia (Bulgarie) pour leur session de printemps, les parlementaires de l’OTAN se sont également penchés sur une série d’avant-projets de rapports jaugeant l’importance des aéronefs sans pilote et des missiles sur le champ de bataille et recensant les enseignements à tirer pour l’OTAN, alors qu’elle modernise ses défenses aériennes.

Devant la commission de la défense et de la sécurité (DSC), le ministre de la défense de Bulgarie, Atanas Zapryanov, a déclaré : « Aujourd’hui la première – et la meilleure – ligne de défense est de veiller à ce que l’Ukraine reçoive toutes les armes dont elle a besoin pour repousser l’agression russe, et cela doit se faire maintenant. »

Présentant son avant-projet de rapport sur le conflit russo-ukrainien et l’aide alliée, Rick Larsen (États-Unis) a rappelé qu’au moment où la guerre d’agression illégale déclenchée par la Russie entre dans sa troisième année, les principales lacunes dont souffre l’Ukraine concernent les effectifs, les fortifications et les munitions. Pour ce qui est de ce dernier secteur, l’OTAN doit redoubler d’efforts, a insisté M. Larsen.
« Il faut agir immédiatement », a-t-il poursuivi. « Un échec aurait des conséquences bien trop graves. Les forces ukrainiennes ont déjà démontré qu’elles avaient la capacité et la détermination voulues pour retourner la situation sur le terrain, mais elles ne peuvent y parvenir sans notre aide. »
 
M. Larsen a dressé la liste des besoins matériels ukrainiens : systèmes de défense aérienne et missiles, armes de précision à longue portée, batteries d’artillerie et leurs munitions, véhicules de combat d’infanterie, chars de bataille, munitions pour armes de petit calibre et matériel de déminage.
 
Répondre à ces besoins suppose que les industries de la défense des pays alliés augmentent leur production dans des proportions permettant aussi le recomplètement des stocks nationaux. Parallèlement, le rapporteur a instamment invité l’OTAN à étoffer ses programmes de formation à l’intention des militaires ukrainiens.
 
Enfin, il a exhorté les Alliés à accroître leur assistance financière bilatérale aux autorités de Kyiv, de manière que celles-ci puissent revigorer l’économie nationale et disposer des fonds nécessaires pour combattre la Russie.

Intervenant devant la commission des sciences et des technologies (STC), Justin Bronk, chercheur au centre de réflexion RUSI (Royal United Services Institute), a expliqué que certaines des insuffisances dont souffrait l’Ukraine se devaient aux retards dans le versement des fonds occidentaux.

« Nous avons privé [les Ukrainiens] de munitions pendant six mois, voilà le vrai problème, et c’est à nous de le régler. » M. Bronk a toutefois ajouté que, si l’Ukraine pouvait tenir jusqu’à la fin de l’année, « la position des Russes ira[it] une fois de plus en se détériorant sérieusement. (...) Leurs stocks [d’armes] commenceront à s’épuiser. »
 
L’état de l’économie de la Russie et les interrogations sur l’efficacité des sanctions internationales prises à l’encontre de ce pays figuraient en bonne place à l’ordre du jour de la commission de l’économie et de la sécurité (ESC) ; notamment, ces deux questions ont alimenté un débat autour d’un avant-projet de rapport de Tamas Harangozo (Hongrie).
 
Selon le FMI, il se pourrait que les chiffres de la croissance économique russe soient multipliés par deux cette année. Pourtant, le document recense de graves problèmes : l’énorme coût de la guerre, une gouvernance médiocre, une dépendance excessive vis-à-vis des recettes énergétiques et une corruption systémique.
 
Les sanctions font lentement ressentir leurs effets, mais leurs résultats seront largement fonction de la détermination de l’Ouest à les durcir encore.
 
Présentant son projet de rapport, M. Harangozo a déclaré : « Nos gouvernements doivent concerter davantage leurs efforts pour renforcer et appliquer les sanctions ; ils doivent aussi envisager d’infliger aux pays qui y contreviennent directement des sanctions secondaires. »
 
Le rapporteur  a souligné les problèmes posés par le fait que Pékin, New Delhi, Brasilia et Prétoria n’étaient pas parties aux sanctions. Il a cependant indiqué que la Russie  dépendait de plus en plus de la Chine, à qui elle vend à prix réduit des produits énergétiques en échange de machines-outils et de composants de haute technicité.
 
Il a lancé un avertissement : « Il faut engager des démarches diplomatiques plus soutenues afin de dissuader les pays tiers de commercer avec Moscou, en particulier dans des domaines stratégiques tels que les technologies se prêtant à une utilisation militaire, et il y a lieu d’élaborer des mesures susceptibles de les y inciter. »
 
La commission de la défense a également débattu de la façon dont la supériorité sur le champ de bataille ukrainien reposait fréquemment sur les drones et les missiles et dont la Russie profitait du conflit pour affûter ses compétences en la matière.
 
La cheffe de la section Défense aérienne et antimissiles intégrée de l’OTAN, Radoslava Stefanova, a déclaré : « Nous observons une utilisation extrêmement répandue de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones, auxquels sont venues s’ajouter plus récemment des bombes planantes, qui provoquent des ravages en Ukraine ; c’est là une tendance qui suscite beaucoup d’intérêt. »
 
« Nous constatons aussi un emploi conjugué de ces systèmes qui a pour objectif d’en décupler les effets », a précisé l’intervenante.
 
Un avant-projet de rapport rédigé par le député turc, Utku Cakirozer, insiste sur l’urgence d’une consolidation des défenses aériennes et antimissiles de l’OTAN au vu des « problèmes considérables » posés par la création d’un système moderne, efficace et intégré à l’échelle de l’Alliance tout entière.
 
« Pour une défense à 360° qui soit crédible, les Alliés ont besoin de systèmes de défense aérienne et antimissiles plus nombreux et plus variés, depuis les systèmes portables (SDAP) à très courte portée jusqu’aux Patriot à longue portée », peut-on lire dans le rapport. Selon lui, « les systèmes provenant des divers fournisseurs nationaux doivent pouvoir se fondre de manière unie dans un réseau OTAN cohérent. »

Cela signifie qu’il convient de consacrer au moins 2 % du PIB à la défense ; un cinquième de ce pourcentage devra aller à l’acquisition de nouveaux matériels et, notablement, de drones – qui font office de gestionnaires du champ de bataille – et de moyens anti-ASP. Il faudra en outre veiller à ce que ces fonds d’une importance vitale soient canalisés en direction de la base industrielle de la défense.
 
« La tâche qui nous attend n’est pas facile », a conclu M. Cakirozer. « La période de paix et de stabilité relatives qui a suivi la fin de la guerre froide est terminée et nous devons donc nous préparer à un avenir différent et plus exigeant. »

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