Covid-19 : Entretien avec Ojars Eriks Kalnins sur la désinformation, la guerre hybride et la stabilité grâce à la coopération avec les partenaires de l’OTAN

16 septembre 2020

Au cours de ce récent entretien, Ojars Eriks Kalnins, chef de la délégation lettonne auprès de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, donne son point de vue sur la contribution de la Lettonie à la gestion de la Covid-19 dans le domaine des campagnes de désinformation autour de la crise sanitaire, du renforcement des mesures de cybersécurité, et des nouveaux défis en matière de sécurité qui ont surgi lors de cette épidémie. 

Ojars Eriks Kalnins répond à quatre questions :

I.    Les efforts déployés par les Alliés pour fournir des ressources et une aide humanitaire aux pays les plus durement touchés ont été essentiels pour aider les Alliés et les partenaires à faire face à cette crise sans précédent. Pourriez-vous nous dire de quelle façon la Lettonie a utilisé les structures de l’OTAN pour aider les autres et comment le pays a bénéficié de l’aide d’autres Alliés pendant la crise ?

La présence du Centre d’excellence pour la communication stratégique de l’OTAN (Centre Stratcom) à Riga a permis à la Lettonie de fournir des informations utiles dans le cadre de la lutte contre les campagnes de désinformation relatives à la Covid-19. Par exemple, le Centre Stratcom a mené une étude sur le rôle des « bots » pro-Kremlin dans la diffusion de fausses informations sur la Covid-19. En outre, le centre a étudié la façon dont les pays est-asiatiques avaient réagi face à la pandémie de Covid-19. Le centre a également organisé des débats en ligne sur la réponse des pays à la pandémie et l’impact de la Covid-19 sur les élections nationales.

II.    Quelles mesures supplémentaires l’OTAN et les forces armées alliées devraient-elles prendre pour accompagner la réponse nationale et internationale à la crise de la Covid-19 ? 

Notre dépendance aux nouvelles technologies issues de la mondialisation s’est accrue au cours des périodes de distanciation sociale, de diminution des voyages et de ralentissement économique. Les sociétés qui sont affaiblies par la pandémie de coronavirus deviennent d’autant plus vulnérables aux menaces de sécurité, qu’elles soient hybrides ou conventionnelles. Par conséquent, dans un contexte où les contacts et les interactions non numériques sont entravés, la cybersécurité devient une réelle priorité. Les cyberattaques sur les infrastructures, les réseaux de communication et les plateformes d’information peuvent accélérer et aggraver la crise sanitaire et annihiler les recherches de solutions. L’OTAN est bien préparée pour faire face aux menaces militaires conventionnelles et elle répond aux nouveaux enjeux de guerre hybride, mais nous n’avons pas été préparés à réagir aux menaces qui apparaissent dans un contexte d’urgence de santé publique. La résilience nationale doit inclure des mesures visant à lutter contre les menaces naturelles ou d’origine humaine, contre la santé et l’ordre publics.

 III.        Vous avez toujours fermement défendu les partenariats de l’OTAN et de l’AP-OTAN et vous avez récemment été élu co-président du Conseil interparlementaire Ukraine-OTAN. Au cours de la crise de Covid-19, des mécanismes d’aide réciproque se sont mis en place, entre les Alliés de l’OTAN, mais aussi avec les partenaires de l’Alliance. Pourquoi ces partenariats sont-ils si importants dans le contexte de sécurité actuel où les enjeux peuvent aller de la pandémie aux menaces que peuvent représenter des acteurs étatiques et non étatiques ? 

 
Les partenariats visent à étendre la zone de sécurité au-delà des frontières des États membres de l’OTAN. En aidant les partenaires de l’OTAN à travers le dialogue et la coopération pratique sur des questions politiques et de sécurité, nous les aidons à atteindre des objectifs qui sont également ceux des États membres. Dans le cas de l’Ukraine, cette coopération est particulièrement cruciale car ce voisin de l’OTAN participe à un conflit ouvert qui menace non seulement sa stabilité et sa sécurité mais qui pourrait aussi, s’il n’est pas maitrisé, s’étendre hors de ses frontières. Les nouvelles menaces liées à l’environnement cyber et à la désinformation qui sont apparues au moment de la pandémie constituent un nouveau domaine de coopération et de consultation entre les États membres et les partenaires.

IV.        Quel est le rôle des parlementaires dans cette crise ? Et quel rôle peut jouer la diplomatie interparlementaire, y compris dans le cadre de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, pour atténuer cette crise et se préparer à la prochaine ?

La diplomatie parlementaire n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui. La pandémie a obligé les parlements à adopter de nouvelles législations pour faire face aux enjeux médicaux et économiques. L’attention des parlementaires s’est également portée sur les nouveaux défis en matière de sécurité qui émergent de la pandémie. Le parlement letton a été un des premiers d’Europe à développer la technologie et les procédures d’organisation des sessions en ligne, comprenant des débats et des votes. En outre, nous avons poursuivi nos travaux en ligne avec des assemblées parlementaires telles que l’AP-OTAN, ce qui nous a permis d’échanger des informations sur nos activités respectives. Nous sommes tous informés par les rapports des gouvernements et des médias sur les événements qui se déroulent dans les autres pays et sur les difficultés rencontrées, mais le contact direct, qu’il se déroule en ligne ou en personne, reste un élément indispensable de la promotion de la coopération interparlementaire.


Ojars Eriks Kalnins, chef de la délégation lettonne auprès de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN
Président adjoint de la Commission Affaires étrangères de la Saeima (parlement letton) 

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