Déjà prête à se défendre, la Finlande s’emploie néanmoins à renforcer ses partenariats avec la communauté euro-atlantique

Bruxelles / Helsinki, le 25 juin 2018 - Alors que l'environnement sécuritaire en mer Baltique s’échauffe, les Finlandais se sentent prêts à se défendre en cas de nécessité, a déclaré un groupe de hauts responsables en politique et défense de la Finlande à une délégation de la sous-commission sur la coopération transatlantique en matière de défense et de sécurité (DSCTC), conduite par le président de la DSCTC et le vice-président de l'AP-OTAN, Lord Campbell of Pittenweem (Royaume-Uni), et Paolo Alli (Italie), président de l'AP-OTAN, lors d'une récente visite à Helsinki. Si un message fort d'indépendance et d'autonomie a prévalu tout au long de la visite de la DSCTC, il est également indéniable que la Finlande se considère comme un partenaire précieux en matière de sécurité dans la communauté euro-atlantique. Dans un respect manifeste pour son histoire, la Finlande continue à contribuer de façon dynamique à la sécurité régionale et mondiale.

« Nous ne nous sentons pas particulièrement en danger ici en Finlande, mais nous observons une intensification de l’activité militaire en mer Baltique, notamment depuis la Crimée. Nous continuons d’œuvrer pour un meilleur dialogue entre l'OTAN et la Russie, mais nous sommes également réalistes dans notre appréciation de l’évolution de l'environnement sécuritaire dans cette région », a déclaré le président finlandais Sauli Niinistö à la délégation.

Des bouleversements dans la région de la mer Baltique auraient de lourdes conséquences pour la Finlande. 80 à 90% des importations et des exportations finlandaises transitent par la mer Baltique, de sorte que la nation attache une grande importance à l’accès libre aux voies de communication maritimes. La sécurité d'approvisionnement d’Helsinki est la condition sine qua non de la sécurité globale de la nation. Comme le disent très clairement les responsables de l'Agence nationale d'approvisionnement d'urgence : « Une économie qui fonctionne, des infrastructures sûres et la défense nationale permettent de protéger les besoins vitaux de la population ; les trois doivent fonctionner en harmonie ».  Pourtant, comme l'a noté le lieutenant-général Timo Kivinen, chef d'état-major de la défense, « toute crise militaire dans la région placerait la Finlande directement au cœur du conflit », ce qui interpelle aujourd'hui les dirigeants nationaux.

La Finlande partage une frontière terrestre de 1 340 km avec la Russie et la posture de la Russie dans la région a considérablement changé ces dernières années, ont déclaré des responsables de la défense finlandaise à la délégation. Le renforcement de la structure des forces dans la péninsule de Kola, la mise en place de systèmes d’interdiction de déni d'accès et d’interdiction de zone et, dans la région de Saint-Pétersbourg, et des exercices surprise de grande envergure dans les régions de l'Arctique et de la mer Baltique, obligent le gouvernement finlandais à constater que le changement significatif de l'environnement sécuritaire signifie que le délai d’alerte précoce en temps de crise s'est considérablement raccourci, exigeant ainsi de nouveaux effectifs et la préparation du secteur civil.

« Nous avons un long passé de guerres contre la Russie » a déclaré Juuka Juusti, secrétaire permanent du ministère de la défense de Finlande, aux membres de la DSCTC. « Nous pensons que cela nous a beaucoup appris sur les Russes. Nous n’avions pas cru que le monde avait changé il y a vingt ans, comme l'avaient fait de nombreux autres États d'Europe. Nous avons ainsi mieux préparé l'avenir que la plupart des autres pays d’Europe ». 

En conséquence, comme l’a appris la délégation, la Finlande s'emploie à accroître l’effectif et le degré de préparation de ses forces. Elle a déjà augmenté ses forces de mobilisation de guerre, passant de 230 000 à 280 000 conscrits aujourd'hui ; pouvant même aller, en théorie, jusqu’à plus de 900 000, dans le cas où tous les conscrits formés seraient appelés à défendre la nation. Ces dix dernières années, la Finlande a privilégié le renforcement de la mobilité et de la puissance de feu de ses forces terrestres. De ce fait, la Finlande possède maintenant l'une des plus grandes artilleries de campagne et parc de blindés d’Europe occidentale. Le ministère de la défense se concentrera ensuite sur la marine et, consécutivement, sur l’armée de l’air. La capacité de frappes de précision sera essentielle à tous les services. Pendant tout ce temps, les forces de défense finlandaises ont veillé au développement de systèmes d'information et de communication de pointe.

Malgré des effectifs de guerre potentiels élevés pour un pays de seulement 5,5 millions d’habitants, la structure des forces de défense en temps de paix est relativement modeste avec ses 12 300 conscrits, auxquels s’ajoutent 21 000 conscrits et 18 000 réservistes immédiatement disponibles. Comme le commandant du régiment Kaarti Jaeger l'a déclaré à la délégation, le maintien d'un système de conscription fort en Finlande « permet aux jeunes générations de s’attacher en priorité à la défense de leur pays ». Après l’évocation de la fierté nationale et du sens du devoir, le commandant a ajouté, au sujet du système de conscription : « Si vous voulez conserver votre passeport, vous devez servir en Finlande ».

Parallèlement à une démarche autonome, la Finlande renforce sa coopération internationale en matière de défense aux niveaux bilatéral et multilatéral. La Finlande et la Suède ont un degré de coopération bilatérale en matière de défense tout spécial : comme le note le livre blanc sur la défense, récemment publié par le pays, la coopération en matière de défense entre les deux pays sera sans limites, en cas d'attaque par un tiers. Par ailleurs, la Finlande a renforcé sa coopération bilatérale en matière de défense avec les États-Unis, qui a véritablement commencé, ont noté les responsables, avec l'acquisition par la Finlande de l’avion de combat multi-rôles Boeing F-18, dans les années 1990.

La Finlande considère également essentielle sa coopération en matière de défense avec l'UE et l'OTAN. « Lorsque la Finlande a rejoint l'UE en 1995, c'était la fin de la neutralité finlandaise telle qu’on l’entendait durant tout le XXe siècle », a déclaré un responsable du ministère finlandais des affaires étrangères à la délégation. La Finlande a toujours été très favorable à la coopération européenne en matière de défense et considère que le renforcement de la politique de défense européenne bénéficie à tous les États européens, qu'ils soient membres de l'OTAN ou non. Toutefois, comme l'ont rappelé les responsables de la défense, une UE plus forte en matière de défense et de sécurité, grâce notamment à l'initiative de coopération structurée permanente (CSP), doit être amenée en tenant compte du rôle clé de l'OTAN, socle d’une sécurité européenne élargie, étant entendu que chaque pays participant ne possède qu'un seul ensemble de forces armées sur lequel s’appuyer.

De hauts responsables ont fait remarquer que, les conditions de sécurité en Europe ayant considérablement évolué au cours des dernières années, le paradigme des relations OTAN-Finlande a également changé. La Finlande a adhéré au programme Partenariat pour la paix de l'OTAN en 1994, mais, en réponse à la montée des tensions en Europe, un partenariat renforcé a dès lors été établi en 2014. Comme des responsables de la défense l'ont précisé, la Finlande apporte une valeur ajoutée, notamment en matière de défense du territoire et joue un rôle important dans l'équilibre régional des forces.

Si l’on considère sa relation avec l'OTAN, comme l'a résumé M. Juusti : « La Finlande doit être un partenaire fiable de l'OTAN, tout comme les pays membres le sont eux-mêmes au sein de l'Alliance ». À titre d'exemple, la Finlande dépassera le seuil de 2 % du PIB en dépenses de défense, vers le début des années 2020. Cependant, les responsables ont rapidement fait remarquer qu'un partenariat solide avec l'OTAN ne signifie pas que la Finlande envisage une adhésion à celle-ci dans un avenir proche. Le soutien du public pour rejoindre l'Alliance n'est que d'environ 25 %, mais il existe un soutien du public fort et clair en faveur du maintien d'une coopération étroite avec l'OTAN.

Comme l'a déclaré Ilkka Kanerva, chef de la délégation finlandaise auprès de l'AP-OTAN de Finlande : « La possibilité d'une adhésion à l'OTAN est une bonne carte à avoir en main pour la Finlande, mais pas pour la jouer ». Néanmoins, comme de nombreux responsables et analystes l’ont laissé entendre à la délégation pendant la visite, une adhésion future de la Finlande à l'OTAN ne peut pas être exclue.

La délégation de la sous-commission sur la coopération transatlantique en matière de défense et de sécurité de l'AP-OTAN comptait 20 parlementaires des pays membres et des partenaires de l'OTAN, venus de 11 pays différents. Un rapport complet de la visite de la sous-commission en Estonie et en Finlande, qui a eu lieu du 11 au 15 juin 2018, sera disponible sur le site internet de l’AP-OTAN.