Des Alliés forts pour une défense forte

Washington DC., Charleston, le 9 février 2018 - Des législateurs américains ont adressé un message clair à la délégation de la commission de la défense et de la sécurité de l’AP-OTAN en visite à Washington et à Charleston : les États-Unis s’engagent  davantage dans le cadre de l’OTAN et attendent des Alliés en échange qu’ils revoient leurs investissements à la hausse. Les hauts responsables rencontrés lors de cette visite ont indiqué à la délégation que l’administration Trump reviendrait, en priorité, sur la question du partage des charges au sommet de l’OTAN qui doit se tenir en juillet à Bruxelles. Ils ont rappelé qu’à ce titre que les responsabilités des Alliés englobaient également d’autres priorités, comme la dissuasion, la défense et la lutte contre le terrorisme.

Ces mêmes législateurs se sont par ailleurs efforcés de dissiper les doutes qui auraient pu subsister quant à l’engagement des États-Unis au titre de la garantie de sécurité collective consacrée par l’Article 5 du Traité de Washington. Comme l’a confirmé Thomas Goffus, sous-secrétaire adjoint à la défense (DASD) pour l’Europe et l’OTAN : « L’engagement des États-Unis au titre de l’Article 5 est à toute épreuve ». M. Goffus a poursuivi en indiquant qu’au cours du prochain sommet devant se tenir à Bruxelles, les États-Unis reviendraient largement sur l’initiative de dissuasion européenne (European Deterrence Initiative)  : « Cette dissuasion, nous l’exerçons ensemble, et elle se démarque en cela de l’ancienne « initiative de réassurance européenne », où les États-Unis occupaient le devant de la scène. »

Les États-Unis ont annoncé récemment qu’ils prévoyaient d’allouer une enveloppe de 6,5 milliards de dollars à l’initiative de dissuasion européenne en 2019, soit une augmentation de 1,7 milliard par rapport à l’an passé, et 3,1 milliard de plus qu’en 2017.

Michael Murphy, directeur pour la sécurité et les affaires politico-militaires au Bureau des affaires européennes, a quant à lui déclaré qu’ « à l’approche du sommet de Bruxelles, la réflexion des responsables américains continuait de privilégier l’engagement pris au pays de Galles ». Pour rappel, le sommet de 2014 a vu les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OTAN s’engager à investir au moins 2 % de leurs PIB respectifs dans leurs institutions nationales de défense d’ici à 2024, 20 % des montants en question devant impérativement être alloués à la recherche et au développement. Il est indispensable, a insisté M. Murphy, que tous les Alliés puissent présenter un programme d’action crédible dans cette perspective. Et d’ajouter que seulement 13 d’entre eux environ étaient actuellement sur cette voie. « Si les chiffres en question n’évoluent pas d’ici au sommet », a-t-il encore indiqué, « on pourra dire qu’il y a problème. Nous vous exhortons à relayer ce message auprès de vos gouvernements et de vos électeurs ».

De l’avis des responsables américains, un relèvement des investissements aboutira à la mise en place d’une posture de défense et de dissuasion crédible, ce qui permettra aux Alliés d’affecter leurs ressources à la prise en charge de nouveaux défis sécuritaires comme la lutte antiterroriste ou les tactiques de lutte contre la guerre hybride. L’unique option s’offrant à l’Alliance en ce XXIe siècle consiste, a-t-on encore répété, à privilégier un engagement allié crédible au service d’une défense et d’une sécurité modernes, à la fois mobiles et dynamiques.

Au cours de la visite, la délégation a également discuté de la nouvelle stratégie nationale de sécurité (NSS) des États-Unis publiée par l’administration Trump en décembre 2017. Étant donné que la Chine et la Russie cherchent toutes deux à se hisser au niveau – et à se poser en rivales – de Washington, cette stratégie définit l’environnement sécuritaire international sous le signe d’une concurrence mondiale tous azimuts. Pour combattre une telle évolution, a indiqué M. Goffus, il faut notamment œuvrer à la mise sur pied d’alliances plus solides, et un des moyens les plus déterminants de parvenir à cet objectif consiste à renforcer l’interopérabilité. « À l’heure où l’OTAN poursuit son adaptation, les États-Unis comptent se mobiliser en faveur d’une interopérabilité alliée plus poussée, et ce dans les secteurs de l’entraînement, de la planification, de la communication et du combat. »

La délégation de la commission de la défense et de la sécurité s’est également rendue à Charleston (Caroline du Sud), où les parlementaires ont entendu des exposés dans les locaux de la Joint Base Charleston, de la firme Boeing et du collège militaire The Citadel. La délégation était composée de 29 parlementaires venus de 18 pays membres. Un rapport de mission détaillé de cette visite sera publié sur site web de l’AP-OTAN.