Echanges à Pristina sur les réformes au Kosovo, les répercussions de la guerre en Ukraine sur les Balkans occidentaux et sur les aspirations euro-atlantiques de la région

18 octobre 2022

Photos de la visite


Les retombées de la guerre menée par la Russie en Ukraine sur la sécurité dans les Balkans occidentaux ne devraient pas être sous-estimés compte tenu de la fragilité politique et des tensions qui persistent dans certaines parties de la région. Malgré le contexte difficile, le Kosovo continue d’avancer vers une société de marché libérale, ouverte et démocratique tout en recherchant à approfondir ses relations avec la communauté euro-atlantique. Tel a été le thème central du 102e séminaire Rose-Roth de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN) qui s’est tenu à Pristina du 8 au 10 octobre 2022. Ce séminaire a réuni 45 parlementaires issus des pays de l’OTAN et de pays partenaires pour échanger sur la situation sécuritaire, politique et économique du Kosovo, l’intégration euro-atlantique et les enjeux sécuritaires et politiques rencontrés par les Balkans occidentaux.

La guerre en Ukraine a incité les Alliés à accorder une attention particulière aux Balkans occidentaux et à faire savoir aux pays de la région, du moins à ceux qui le souhaitent, que leur avenir résidait dans la communauté euro-atlantique. Toutefois, il faut encore poursuivre le rythme des réformes afin de galvaniser ce processus. Dans un message vidéo adressé aux délégations, le président de l’AP-OTAN Gerald E. Connolly (États-Unis) a précisé que « notre sécurité est intimement liée, c’est pourquoi les Balkans occidentaux et les pays euro-atlantiques doivent œuvrer ensemble pour surmonter les défis présents dans la région et contrer l’influence déstabilisante des puissances autocratiques telles que la Russie et la Chine ».

Dans son allocution, la présidente kosovare Vjosa Osmani-Sadriu a reconnu que la Russie représentait une menace à la sécurité et à la stabilité de la région. Concernant la situation au Kosovo, elle a affirmé que la mission KFOR dirigée par l’OTAN restait indispensable à la sécurité du pays, ajoutant que la présence des troupes de l’OTAN était toujours soutenue par 80 % de la population 23 ans, après le déploiement par l’Alliance.

Le premier ministre Albin Kurti et le porte-parole de l’Assemblée Glauk Konjufca ont rappelé que le Kosovo avait, à terme, l’intention de rejoindre les structures euro-atlantiques, insistant sur le fait qu’il s’agit, pour Pristina, de la seule trajectoire possible. « Nous n’avons pas d’autre choix que d’intégrer l’OTAN et l’Union européenne », a déclaré le premier ministre. Pour concrétiser cette orientation pro occidentale, les dirigeants kosovars plaident pour la libéralisation du régime des visas avec l’Union européenne, l’adhésion au Conseil de l’Europe et la participation au Partenariat pour la paix de l’OTAN. M. Kurti a informé les participants que son gouvernement entendait augmenter les dépenses de défense au niveau des 2 % du PIB visé par l’OTAN (à partir du niveau actuel de 1,4 % du PIB). Le Kosovo se considère actuellement comme un acteur de la sécurité, a-t-il remarqué, donnant l’exemple de l’assistance accordée à l’Ukraine par le gouvernement. Il a rappelé que l’OTAN contribuait non seulement à prévenir la violence dans son pays, mais aussi à y promouvoir des valeurs démocratiques et à consolider des avancées sociétales menacées par la politique expansionniste de la Russie et d’autres forces autocratiques.

Au cours d’échanges avec le ministre kosovar de la défense, Armend Mehaj, lors d’une visite au Commandement de la formation et de la doctrine des forces de sécurité du Kosovo (TRADOC) à Ferizaj, les législateurs de l’AP-OTAN ont été informés des réformes en cours au sein de la force de sécurité du Kosovo (KSF). Ces réformes visent à élever les forces kosovares au niveau de l’OTAN, à mieux les préparer et à les rendre plus interopérables avec l’OTAN. Les Alliés travaillent en étroite collaboration avec la KSF et soutiennent la formation et les réformes structurelles permettant de mieux l’aligner sur les pays de l’OTAN. Ils veillent également à bien définir les contours des responsabilités respectives de la KSF et de la KFOR de l’OTAN, laquelle détient la responsabilité de maintenir un environnement sûr et sécurisé au Kosovo sous la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'ONU (1999). Le major général Irfete Spahiu, inspectrice générale de la force de sécurité du Kosovo, a détaillé les efforts mis en place pour augmenter la part de femmes au sein de la KSF, qui s’élève actuellement à 11,3 %.

L'intérêt politique renouvelé par l’Europe envers les Balkans occidentaux a redynamisé le processus d’intégration à l’UE. Au cours d’échanges portant sur les prochaines étapes de l’élargissement de l’UE, AnnaCarin Platon, cheffe de la section politique, intégration européenne, presse et information au sein du Bureau de l'Union européenne au Kosovo, a déclaré que l’Union européenne n’était pas complète sans les Balkans occidentaux. Cependant, elle a nuancé ses propos en rappelant que les pays candidats et candidats potentiels avaient encore beaucoup de travail, notamment en matière de réformes politiques, économiques et judiciaires, pour que le processus avance.

De son côté, le Kosovo progresse sur la prise en charge des problèmes structurels qui, en plus de la question de son statut, nuisaient autrefois à ses ambitions euro-atlantiques. Comme l’a souligné Besnik Bislimi, premier vice-premier ministre du Kosovo pour l'intégration européenne, le développement et le dialogue, Pristina a gagné 17 places à l’Indice de perception de la corruption de Transparency International en 2021. Les participants ont été informés des réformes mises en place dans divers domaines tels que la justice, la sécurité, l’économie, l’environnement et l’éducation. En plus de faire avancer le pays sur la trajectoire de l’intégration euro-atlantique, ces réformes sont aussi très bénéfiques, a souligné AnnaCarin Platon.

La région tout entière doit devenir plus résiliente face à l’augmentation des coûts de l’énergie causée en partie par la guerre menée par la Russie en Ukraine. Bien que la plupart des pays de la région - à l’exception de la Serbie -, ne dépendent pas directement de l’énergie russe, ils reposent trop largement sur les énergies carbonées et sur une infrastructure vieillissante. Ces conditions rendent la région vulnérable à l’approche de l’hiver. Selon Dimitar Bechev, maître de conférences à l'Oxford School of Global and Area Studies, gérer la transition énergétique dans un contexte de profonde crise énergétique causé par la guerre sera un véritable défi.

Plusieurs intervenants ont présenté les différents défis politiques qui continuent d’entraver le dialogue entre Belgrade et Pristina. Les tensions ont augmenté depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. À Pristina, on a le sentiment que le gouvernement serbe s’est encore plus rapproché du régime de Poutine, pour qui c’est dans l’intérêt à déstabiliser la région pour détourner l’attention de sa guerre d’agression. Mark Galeotti, directeur de Mayak Intelligence, a remarqué que la Russie avait plusieurs options d’escalade horizontale et continuerait de suivre une politique visant à « faire une arme de toutes choses ». Il a conclu son intervention en invitant l’OTAN et l’UE à « répondre avec urgence et [à] recalibrer leur approche de la région ».

Comme l’a remarqué Dimitar Bechev, la Russie se trouve actuellement en position de faiblesse en raison des revers essuyés par sa campagne militaire. Cela n’affecte toutefois en rien sa campagne de propagande et de déstabilisation des Balkans occidentaux. Selon lui, la Russie entend exploiter les points faibles et les clivages pour semer le doute et l’instabilité partout où elle le peut. M. Bechev a insisté sur le rôle essentiel que peuvent jouer l’OTAN et l’UE non seulement pour apporter une contre argumentation basée sur les faits face à la désinformation russe, mais aussi pour proposer une alternative institutionnelle, économique et sécuritaire à la sombre vision ethno-nationaliste et anti occidentale proposée par la Russie.

Marko Prelec, analyste-conseil principal de l’International Crisis Group, a souligné la nécessité de redynamiser le dialogue politique et sociétal à travers les Balkans occidentaux, ajoutant que l’intégration européenne dépendait finalement de la réconciliation entre Pristina et Belgrade et entre les différentes communautés de Bosnie-Herzégovine. Il a affirmé que la Russie ne saurait avoir de droit de veto sur l’intégration euro-atlantique du Kosovo, admettant toutefois que la décision reposait en partie sur les cinq pays membres de l’UE qui n’ont pas reconnu l’indépendance du Kosovo.
Au cours de ce séminaire de trois jours, des représentants du gouvernement et des experts locaux et internationaux ont abordé d’autres thématiques telles que l’État de droit et la lutte anti-corruption, la contribution des femmes et des jeunes à la paix et à la sécurité dans la région, et l’évolution de la situation économique des Balkans occidentaux à la suite de la pandémie de Covid-19.

Le séminaire était organisé en partenariat avec l’Assemblée du Kosovo ainsi qu’avec le généreux soutien du gouvernement suisse et du Centre de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité (DCAF). Les séminaires Rose-Roth aspirent principalement à promouvoir les échanges et la compréhension mutuelle entre les législateurs des pays de l’Alliance et ceux des pays partenaires, et d’aider ces derniers à développer des outils qui leur permettent d’exercer efficacement leurs fonctions démocratiques et parlementaires pour élaborer leurs propres politiques de défense et de sécurité.

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