La réunion de la commission de la défense et de la sécurité met l’accent sur la modernisation des forces armées russes et la sécurité dans les Balkans occidentaux

02 septembre 2020

La vidéo de la réunion se trouve en bas de page


Avec pour toile de fond la pandémie de coronavirus, l’événement mondial le plus déstabilisant qui se soit produit au cours des dernières décennies, les défis en matière de sécurité ne se sont pas pour autant atténués. Comme l’ont confirmé les parlementaires des pays membres de l’OTAN lors d’une réunion de la commission de la défense et de la sécurité (DSC), les enjeux de sécurité internationale prolifèrent et les obstacles à la paix et à la stabilité n’ont pas été levés dans le voisinage de l’OTAN. Deux récents projets de rapport de la DSC témoignent des préoccupations actuelles des parlementaires de l’AP OTAN – et notamment les défis que soulève la modernisation des forces armées russes et les derniers freins à l’instauration d’un climat de paix et de stabilité durable dans les Balkans occidentaux. Ces projets de rapport ont été établis respectivement par le sénateur Cédric Perrin (FR) et le député Jean-Charles Larsonneur (FR).

La Russie et la Chine se servent de la pandémie pour sonder les failles et faire avancer leurs programmes révisionnistes à l’échelle mondiale. La politique étrangère de plus en plus agressive de la Russie en constitue un la dimension la plus visible et, à ce jour, la plus préoccupante pour les Alliés. Le sénateur Perrin l’a souligné dans sa présentation : « Les efforts de modernisation rapide des forces armées russes, menés depuis 2010, ont renforcé de façon significative la capacité de la Russie à étayer son attitude agressive sur la scène internationale ». Il poursuit en indiquant aux membres de la commission que « les progrès réalisés en matière de mobilité, de discrétion, de vitesse et dans l’élaboration de munitions puissantes et précises ont radicalement transformé les capacités des forces armées russes par rapport à ce qu’elles étaient il y a une dizaine d’années ».

Cédric Perrin a déclaré que la modernisation des forces armées russes, conjuguée à la volonté de plus en plus marquée de la Russie de contourner le droit international, affecte déjà la sécurité des Alliés et des pays partenaires. Outre la dangereuse politique de la corde raide menée par les forces alliées le long du flanc oriental de l’Alliance, le rapporteur mentionne le rôle destructeur des forces russes auprès de partenaires essentiels de l’OTAN tels que l’Ukraine et la Géorgie, deux pays actuellement minés par les conflits et les tensions.

Les Alliés doivent, pour faire face aux difficultés posées par la Russie, maintenir les investissements dans le domaine de la défense décidés il y a six ans bien avant la pandémie de coronavirus. Ces investissements permettront aux Alliés de garder le niveau d’innovation qui a contribué à leur succès au cours des dernières décennies. Cédric Perrin rappelle l’esprit de l’article 3 du Traité de Washington, qui demande aux Alliés d’agir sur le plan individuel et collectif afin de développer les moyens qui leur permettront de se défendre contre des adversaires potentiels : « Alors que la Russie tente de rompre le consensus qui prévaut entre les Alliés sur l’avenir de la sécurité euro-atlantique, nous devons redoubler d’efforts pour sauvegarder l’alliance politico-militaire la plus solide et la plus efficace de l’histoire. »

Les membres de la commission ont également discuté du projet de rapport du député français, Jean Charles Larsonneur, sur les difficultés persistantes au sein de la région des Balkans occidentaux. Selon lui, « l’année 2020 a représenté une année à la fois encourageante et éprouvante pour la région. En mars dernier, l’Alliance a accueilli son 30e membre, la Macédoine du Nord, ce qui a montré que la politique de la « porte ouverte » de l’OTAN était prometteuse. Néanmoins, la progression du coronavirus a eu des répercussions disproportionnées sur les économies et les populations de la région, en puisant dans des ressources déjà limitées ». Il rappelle à ses collègues que « le mois de juillet a également marqué le 25e anniversaire du génocide de Srebrenica, perpétré contre des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents, et qui représente aujourd’hui un des pires massacres commis en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La commémoration de ces événements tragiques constitue un triste rappel de notre mission : maintenir une paix durable dans la région. »  

Bien que l’OTAN et l’UE aient joué, et jouent encore, un rôle vital dans la région, « on observe des signes inquiétants de régression économique et politique ». Selon Jean Charles Larsonneur, « la stagnation économique et la concentration du pouvoir entre les mains de quelques oligarques mine les efforts de consolidation de la démocratie, et les retours en arrières constants en matière d’état de droit pourraient exacerber les risques pour la sécurité dans la région ». Le projet de rapport souligne également que le trafic illicite organisé par des réseaux criminels et le risque croissant d’extrémisme violent dû à des divisions ethniques et religieuses persistantes soulève de nombreuses questions. 

Toujours selon lui, « la combinaison de ces facteurs a contribué à pousser un certain nombre de personnes, et notamment les plus jeunes et les mieux formées, à quitter la région à la recherche d’un avenir meilleur ». 

La Russie et la Chine, prêtes à tirer parti des vulnérabilités existantes, ont la région en ligne de mire. « La Russie tente encore de saboter l’ancrage des institutions euro atlantiques dans la région tandis que la Chine considère que les Balkans occidentaux constituent une zone essentielle à l’expansion de son Initiative Une ceinture, une route », a-t-il poursuivi.

Jean-Charles Larsonneur a souligné, cependant, que les Alliés avaient de bonnes raisons de rester positifs : « la communauté euro-atlantique reste la présence le plus significative dans la région (…) et les Alliés augmentent leurs investissements à tous les niveaux ».

Rappelant également les termes du document fondateur de l’OTAN, Jean Charles Larsonneur a conclu en ces termes : « le Traité de Washington nous engage à travailler au développement d’une zone euro-atlantique où sont promus la démocratie, l’état de droit, les droits humains, la libre circulation des idées, des personnes et des biens. Autant de valeurs qui sous-tendent nos actions et que tous les pays cherchant à obtenir l’adhésion devrait aspirer à respecter. L’Assemblée parlementaire de l’OTAN a toujours travaillé étroitement avec ses pairs dans la région : nous devons poursuivre ces efforts afin de renforcer les capacités économiques, sociales et sécuritaires, qui permettront de construire un avenir meilleur pour tous les citoyens de la région.