L’AP-OTAN analyse le coût énergétique et commercial de la guerre en Ukraine et estime que la reconstruction doit débuter dès à présent

08 octobre 2023

Ce dimanche, les membres de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN ont débattu de l’impact de la guerre en Ukraine sur le secteur de l’énergie, des pressions exercées par – notamment – la Russie et la Chine sur l’ordre commercial mondial et de la nécessité d’aider les autorités ukrainiennes à reconstruire le pays avant même l’arrêt des combats.

La commission de l’économie et de la sécurité de l’Assemblée s’est penchée sur la rapidité avec laquelle les pays renonçaient au pétrole et au gaz russes et délaissaient des combustibles fossiles de plus en plus chers pour se tourner vers des sources d’énergie renouvelable plus durables.

Dans un projet de rapport examiné pendant la session annuelle, qui se tient cette année à Copenhague, Harriett Baldwin (Royaume-Uni) fait observer qu’à mesure que les pays européens réduisent leurs importations d’énergie russe ils s’exposent davantage à des interruptions de leurs approvisionnements dont les causes se situent bien loin de leurs frontières. En fait, leur vulnérabilité s’accroît en même temps que la transition vers l’énergie renouvelable progresse. Ce secteur est particulièrement sensible aux fluctuations de l’offre et des prix sur le marché des terres rares.

Ainsi, tandis que la Chine envisage de restreindre l’accès à ses minéraux et technologies essentiels à la production d’électricité durable, la Russie occupe une place prééminente sur les marchés du cuivre, du platine, du nickel et d’autres matériaux servant à la production d’énergie renouvelable.

Dans son projet de rapport, Mme Baldwin constate que les sanctions occidentales à l’encontre de la Russie ont alimenté la hausse des prix des biens de consommation et qu’à certains égards les pays consommateurs sont passés d’une dépendance excessive vis-à-vis de l’énergie russe à une dépendance tout aussi excessive vis-à-vis des minéraux et des métaux bruts et raffinés chinois. Elle préconise un resserrement de la coopération transatlantique autour de la conception de technologies et de chaînes d’approvisionnement fiables.

L’évolution de la situation dans le domaine de l’énergie a, de surcroît, une influence manifeste sur l’environnement stratégique de l’OTAN.

« L’invasion de l’Ukraine par la Russie », peut-on lire dans le projet de rapport, « et la tendance de cette dernière à se servir de son industrie de l’énergie pour satisfaire ses funestes ambitions donnent à penser que la sécurité énergétique n’est pas simplement une question civile : elle est lourde d’implications stratégiques militaires que les pays alliés doivent étudier collectivement. »

Un deuxième projet de rapport, établi celui-là par Faik Öztrak (Türkiye) et consacré à la reconstruction des relations économiques et de la résilience transatlantiques, traite du rôle de la Russie et de la Chine dans l’économie mondiale.

Selon l’auteur du projet, les retombées économiques de la guerre en Ukraine et la pandémie de Covid-19 ont conduit à une réévaluation de l’ordre commercial et des secteurs énergétique, numérique, industriel et militaire de part et d’autre de l’Atlantique. Cela a déclenché, entre autres choses, la plus grave crise que les chaînes d’approvisionnement aient subie depuis des décennies.

M. Öztrak soutient aussi que bon nombre des présupposés qui ont jadis façonné l’ordre commercial et financier libéral international ne reflètent plus correctement les nouvelles réalités de la concurrence économique stratégique, du changement climatique, de la sécurité nationale et des besoins en énergie.

« L’économie mondiale connaît un phénomène qui ne peut être décrit que comme une série de changements paradigmatiques, une succession de défis lancés à nos sociétés et à nos gouvernements », écrit M. Öztrak, qui ajoute : « Un très vif sentiment d’anxiété se développe ainsi au sein de nos sociétés, qui pourrait avoir des effets déstabilisateurs s’il n’était pas efficacement contrôlé. »

Les postures de plus en plus agressives de la Chine, qui use de son économie pour engranger des avantages géostratégiques, inquiètent également l’Ouest, est-il indiqué dans le projet de rapport, au moment où les sphères dirigeantes discutent des moyens de garantir des échanges équitables avec le géant asiatique sans couper complètement les ponts avec Pékin.

De l’avis du rapporteur, le prix d’un découplage total d’avec la Chine serait bien plus élevé que celui qu’a coûté l’isolement de la Russie : « Une stratégie d’atténuation des risques moins ambitieuse semble à la fois appropriée et facile à gérer, encore que cela pourrait changer si les relations avec Pékin venaient à se détériorer. »

La question des conséquences économiques actuelles et futures de la guerre en Ukraine figure en bonne place à l’ordre du jour de la session et se retrouve dans un projet de rapport et un projet de résolution sur la reconstruction de l’Ukraine, deux documents dus au président par intérim de l’Assemblée, Michal Szczerba (Pologne).

« Il serait tout simplement trop tard pour parler de la reconstruction de l’Ukraine s’il fallait pour cela attendre la fin de la guerre », a affirmé M. Szczerba à l’attention de ses collègues parlementaires.

« L’Ukraine », a-t-il poursuivi, « doit gagner la guerre et récupérer ses territoires occupés. Il est primordial d’aider immédiatement l’État ukrainien, comme ses institutions, ses forces armées et son peuple, afin qu’il sorte victorieux de ce terrible conflit et soit à même d’engager le processus de sa reconstruction. »

Dans un projet de résolution qui doit être adopté durant la séance plénière de lundi, l’Assemblée invite instamment les gouvernements et les parlements des pays membres de l’OTAN à comprendre que le Kremlin entend altérer l’ordre sécuritaire européen et mettre un terme à la présence de l’Organisation en Europe, d’une part, et que leur soutien à l’Ukraine doit être à la hauteur de cette réalité, d’autre part.

Le projet de résolution insiste en outre sur la nécessité d’obtenir de la Russie qu’elle rende des comptes pour les crimes de guerre et les destructions d’infrastructures civiles qu’elle a commis et de faire en sorte que les avoirs russes confisqués et gelés servent à financer une partie des travaux de reconstruction.

C’est à l’Ukraine qu’il reviendra de prendre la tête de ces travaux. Les parlementaires pensent toutefois que l’une des priorités, s’agissant de faciliter le redémarrage de l’activité économique, sera vraisemblablement d’enlever les milliers de mines semées par les troupes russes à travers tout le pays.

Enfin, le projet de résolution indique que les pays alliés et partenaires peuvent aussi apporter une aide ciblée et d’autres formes d’assistance visant à soulager l’économie ukrainienne quand la reconstruction sera entamée, tout en continuant à accorder à Kyiv des subventions et des emprunts susceptibles d’être absorbés sans peine par le budget national.

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