Les législateurs de l’Alliance soulignent la nécessité de répondre à l’assertivité de la Chine

22 novembre 2020

Ce vendredi, les parlementaires des 30 pays membres de l’OTAN et d'une vingtaine de pays partenaires se sont vus invités à saisir toutes les occasions possibles de coopérer avec la Chine, mais ils doivent se préparer à ce que le géant asiatique affirme de façon de plus en plus assertive, voire agressive, sa puissance économique et militaire.
 
La montée en puissance de la Chine a été au cœur de multiples débats lors de la 66e session annuelle de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, et les législateurs devraient adopter lundi un projet de résolution définissant une « stratégie transatlantique » visant à gérer les relations de plus en plus complexes entre l’Occident et Pékin.

Le rejet par la Chine des valeurs démocratiques libérales qui sous-tendent les démocraties de l'OTAN et sa volonté affirmée d’exporter son modèle autoritaire à la région et à l’ensemble du monde soulève de nombreuses questions.
 
Le membre du Congrès américain Gerald E. Connolly, auteur du projet de résolution et du rapport qui l'accompagne a déclaré que « L’Alliance [était] à la croisée des chemins. Allons-nous nous fermer les yeux et passer outre la menace que représente la Chine pour notre communauté démocratique ou allons-nous réaffirmer nos valeurs face aux tentatives croissantes d’ingérence de la Chine ? »

Lord Jopling, du Royaume-Uni, a évoqué la nouvelle loi sur la sécurité à Hong Kong, la répression de la liberté d'expression et la consolidation du pouvoir autour du président Xi Jinping, qui montrent bien que Pékin n'a guère l'intention de se conformer aux normes libérales. 

Ce positionnement de la Chine apparait également dans la façon dont le pays a géré la crise de Covid 19. La Chine a réduit au silence les lanceurs d’alerte, dissimulé des informations sur la maladie et usé de propagande pour rejeter la faute sur d'autres et promouvoir ses intérêts de manière opportuniste dans son voisinage. 

« Nous devons surmonter nos divergences occasionnelles dans nos relations avec la Chine pour protéger et promouvoir les valeurs sur lesquelles repose notre Alliance », a déclaré le rapporteur en présentant un autre rapport à la commission sur la dimension civile de la sécurité.

« Cela dit, l'OTAN ne doit pas rejeter et exclure totalement la Chine », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de « négocier collectivement avec la Chine lorsque cela est possible pour résoudre les désaccords de manière constructive, sans toutefois compromettre nos valeurs libérales. »

La Chine, en tant que deuxième économie du monde, offre des perspectives d’échanges commerciaux et économiques non négligeables, mais sont budget de défense se classe également au deuxième rang à l’échelle mondiale et elle a développé et déployé des armes de haute technologie, en ce compris des missiles balistiques intercontinentaux et des armes hypersoniques. 

Alors que les Alliés de l'OTAN encouragent les États-Unis à prolonger le traité sur la réduction des armes stratégiques New START avec la Russie, qui arrive bientôt à expiration, la Chine s'est montrée réticente à engager toute négociation qui pourrait avoir pour effet de restreindre ses programmes militaires. 
 
Les Alliés sont également profondément préoccupés par l'affirmation du rôle de Pékin dans les mers de Chine méridionale et orientale, son mépris à l’égard du droit maritime international, ainsi que par la répression que Pékin a ordonnée à Hong Kong et son oppression des minorités ouïgoure et tibétaine. 

Le projet de résolution recommande d’adapter le concept stratégique de l'OTAN, qui fixe les priorités de l’Alliance, de manière à répondre aux préoccupations concernant la Chine. Il invite les Alliés à partager les informations relatives aux activités de ce pays et à entreprendre une évaluation conjointe des répercussions en matière de sécurité. 
 
Il encourage la mise en œuvre d’une coopération constructive de l'OTAN avec la Chine et le renforcement du dialogue politique et militaire en cours pour y inclure des questions telles que la transparence militaire, la liberté de navigation, les interventions d'urgence et la gestion des catastrophes.

Le texte exhorte également les Alliés à renforcer leurs mécanismes de défense contre les cyberattaques et les campagnes de désinformation chinoises, comme celle menée récemment lors de la pandémie de coronavirus, ainsi qu'à donner la priorité aux droits humains dans leurs relations avec la Chine et à tenir Pékin responsable de toute violation de ces droits. 
 
Le projet de rapport de M. Connolly met également en évidence les inquiétudes concernant les investissements de la Chine dans les infrastructures telles que les ports, les autoroutes et les systèmes ferroviaires de certains pays membres de l'OTAN. 

« Les entreprises chinoises ont beaucoup investi en Europe, en acquérant des installations navales et d'autres infrastructures essentielles, ce qui pourrait entraver les opérations de l'OTAN », a signalé M. Connolly. Certains Alliés sont également vulnérables parce qu'ils dépendent de chaînes d'approvisionnement mondiales contrôlées par la Chine. 

Au sein de la commission de l'économie et de la sécurité, le débat s'est concentré sur le projet de rapport du législateur norvégien Christian Tybring-Gjedde relative à l'initiative chinoise La ceinture et la route (BRI, en anglais). Ce vaste programme d'infrastructures constitue la pierre angulaire des ambitions stratégiques de Pékin.

Ce projet permet à la Chine de stimuler ses exportations et de se développer sur de nouveaux marchés, ainsi qu'à instaurer une devise qui serait capable de rivaliser avec le dollar américain et l'euro.

Selon M. Tybring-Gjedde, la Chine a, grâce à la BRI, « notamment obtenu un plus grand accès aux ports, ce qui devrait renforcer la capacité de Pékin à projeter sa puissance maritime. De même, les objectifs de la Chine en matière de satellites commerciaux sont intimement liés à ses ambitions militaires. »

Le rapporteur alerte sur le risque, pour les pays qui participent à cette initiative, dont certains Alliés, de développer une dépendance financière, économique et stratégique croissante envers Pékin.

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