Les relations OTAN-UE et les dynamiques sécuritaires dans le Golfe au cœur d’une réunion des membres de l’AP-OTAN

31 août 2020

La vidéo de la réunion se trouve en bas de page


Selon le projet de rapport de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN publié lundi, la crise de Covid-19 souligne la nécessité de renforcer la coopération entre l’OTAN et l’Union européenne (UE).

Sonia Krimi, députée française et auteure du projet de rapport rédigé pour la commission politique de l’Assemblée (PC), estime que, malgré le nombre croissant d’activités conjointes menées entre l’OTAN et l’UE, le partenariat « reste largement plus tactique que stratégique ».

En raison de la pandémie de Covid-19, les membres de la commission se sont réunis en ligne. Cette réunion était présidée par Lord Campbell of Pittenweem (UK), président de la commission. Plus de 40 législateurs de parlements des pays membres et partenaires de l’OTAN et du Parlement européen ont participé à cette réunion.

Lors de la présentation de son projet de rapport, la rapporteure a souligné que l’OTAN et l’UE étaient des partenaires naturels et que leur sécurité était intimement liée. Elle s’est félicitée des progrès réalisés depuis la signature de la déclaration conjointe OTAN-UE en 2016 mais a souligné qu’il ne fallait pas s’en contenter dans un contexte où les forces géopolitiques et centrifuges au sein de la communauté euro-atlantique mettent à l’épreuve les fondements même du partenariat OTAN-UE.

Mme Krimi a affirmé que les Européens « étaient tout à fait conscients qu’ils devaient faire plus pour leur propre sécurité et défense ». Elle a exhorté les Alliés à respecter les trois volets de la promesse d’investissement dans la défense : liquidités, capacités et engagements. Elle a également ajouté que le « pilier européen », constitué d’une Union européenne renforcée reposant sur la politique commune de sécurité et de défense, contribuerait à renforcer l’OTAN et que les ambitions de modernisation en matière de défense de l’UE complèteraient les initiatives de développement des capacités de l’OTAN.

Outre la nécessité de développer davantage de synergies entre les responsables de l’OTAN et ceux de l’UE, la rapporteure a souligné qu’il importait de renforcer le sentiment d’appartenance à une même communauté à travers un dialogue politique régulier au plus haut niveau ainsi que le nombre de déclarations, exercices et projets conjoints. Elle a proposé que le développement du partenariat stratégique OTAN-UE soit l’un des thèmes principaux de l’initiative de réflexion « OTAN 2030 ».

Mme Krimi a conclu son intervention en ces termes : « Ensemble, nous devons façonner un nouveau consensus sur les objectifs politiques et la stratégie permettant de les atteindre, y compris à travers des actions à l’encontre de ceux qui ébranlent notre solidarité et nos valeurs. » Elle a rappelé à ses collègues que l’Assemblée parlementaire de l’OTAN offrait un espace de dialogue franc et ouvert sur des points stratégiques pour les législateurs européens et nord-américains.

Dans cet esprit, les parlementaires des pays alliés – y compris les représentants de la Grèce et de la Turquie – ont discuté, de façon franche et ouverte, de la situation dans l’Est de la Méditerranée, ainsi que des façons, pour l’UE et l’OTAN, de tenir compte des intérêts des États membres de l’OTAN qui n’appartiennent pas à l’UE et vice versa.

Les parlementaires des pays alliés ont également discuté de l’évolution de la situation politique et de sécurité dans le Golfe. Le législateur turc Ahmet Yildiz a également présenté son projet de rapport dans lequel il a indiqué que l’environnement sécuritaire dans le Golfe, déjà fluctuant au cours des années qui ont précédé la pandémie, risquait de se détériorer plus encore à la suite de la crise sanitaire et de la chute vertigineuse des prix du pétrole. Selon ce projet de rapport, « avec ses effets désastreux, la pandémie de Covid-19 risque de mettre à mal les fragiles équilibres de pouvoirs de la région ».

Le rapporteur a expliqué que la région du Golfe restait marquée par la rivalité entre l’Iran et le Royaume d’Arabie saoudite et ses alliés, ainsi que par les tensions entre l’Iran et les États-Unis. Les divergences d’opinions au sein de la communauté arabe du Golfe concernant le Qatar ne font qu’aggraver la situation de sécurité de la région. Les conflits en Syrie et au Yémen divisent encore la région, ce qui permet aux organisations terroristes d’y trouver des sanctuaires.
M. Yildiz a cependant indiqué que la montée des tensions dans le Golfe semblait être mitigée par des initiatives parallèles visant à les apaiser : malgré la rhétorique parfois incendiaire, les acteurs régionaux auraient tous beaucoup à perdre en cas de conflit généralisé dans la région. « Rien ne dit cependant que la dynamique sécuritaire à l’œuvre dans la région du Golfe continuera d’évoluer de cette manière », annonce le projet de rapport.

Le rapporteur a particulièrement salué les mesures telles que l’Initiative de coopération d’Istanbul de 2004 qui ont permis de faciliter la compréhension mutuelle entre l’OTAN et les pays du Golfe. À travers ces partenariats, l’OTAN met en œuvre nombre de programmes d’éducation, de formation et de renforcement des capacités. En retour, l’OTAN bénéficie grandement de cette coopération qui a notamment permis la participation des partenaires du Golfe aux opérations en Bosnie-Herzégovine, en Libye et en Afghanistan.

Le rapporteur a recommandé aux Alliés d’accorder une plus grande attention au soutien apporté à l’Iraq, qui pourrait être sur le point d’entrer dans une grave crise politique et économique. Il a également souligné que l’implication de l’OTAN dans le Golfe devait être finement réfléchie et tenir compte des nombreuses sensibilités présentes dans la région. Enfin, il a également attiré l’attention des parlementaires sur les tentatives de la Chine d’exercer son influence dans la région à travers ce que l’on appelle désormais la « diplomatie des masques ».
Ahmet Yildiz a exhorté les Alliés à ne pas fermer les yeux sur la situation des droits humains dans les monarchies du Golfe. Il a ajouté que de graves violations des droits humains telles que le meurtre de Jamal Khashoggi exigeaient des réactions fortes à l’international. 

Le législateur turc a conclu en soulignant que la pandémie de Covid-19 inscrivait les affrontements régionaux dans un contexte plus large, et les plaçait au cœur d’enjeux plus fondamentaux pour l’humanité dans son ensemble. Selon lui, « la coopération humanitaire pourrait alors faire office de socle en vue d’une réconciliation régionale plus vaste dans le futur. On ne peut se permettre de laisser passer une telle opportunité ».