L’intelligence artificielle : élément phare de toutes les futures capacités de defense

26 octobre 2018

Bruxelles, le 23 octobre 2018 - « Si l’intelligence artificielle ne fait pas partie de vos projets de recherche et développement, vous êtes sans doute à la traine », affirme le Capitaine Melvin Yokoyama, Commandant du Space and Naval Warfare Systems Centre Pacific, chargé des activités de recherche et développement (R&D) de la marine américaine « depuis les fonds marins jusqu’aux confins de l’espace ». 

L’intelligence artificielle (IA) sera au cœur de la plupart – voire de toutes – les technologies de pointe, dans les sphères civiles et militaires. C’est riche de cet enseignement que la délégation de la commission des sciences et des technologies de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, menée par Maria Martens (Pays-Bas), est revenue de la visite qu’elle a effectuée à San Diego et dans la Silicon Valley entre le 15 et le 19 octobre.

Lorsque l’ordinateur Deep Blue d’IBM a battu le champion du monde d’échecs Garry Kasparov en 1997, il était clair que l’intelligence artificielle deviendrait « une force motrice dans le monde » tel que le formule Asher Sinensky, haut dirigeant de Palantir Technologies – une entreprise d’analyse de mégadonnées pour des clients civils ou appartenant aux forces de défense.

L’IA joue déjà un rôle essentiel pour toute une série d’applications civiles, comme l’ont souligné Facebook et Google auprès des membres de la délégation.

David Agranovich, chargé de la politique publique d’interruption de la menace auprès de Facebook, a indiqué que l’IA permettait à l’entreprise de détecter et de neutraliser automatiquement la majeure partie des opérations d’hameçonnage, des tentatives de fraude et d’escroquerie et de diffusion de logiciels malveillants. Les logiciels automatisés permettent également de lutter contre les opérations d’information. Actuellement, 99% des contenus liés au terrorisme sont supprimés de Facebook grâce à des mécanismes de détection automatisés.

Chez Google, l’IA fait également l’objet d’investissements importants. Charina Chou, chargée de l’élaboration des politiques relatives aux technologies émergentes à l’échelle mondiale, a présenté la récente mise en œuvre de la politique d’IA au sein de l’entreprise en soulignant qu’elle reposait sur des principes éthiques fondamentaux. Selon Google, le développement des applications d’IA doit viser avant tout un progrès pour la société et minimiser les risques. Ces principes ont notamment poussé l’entreprise à refuser de travailler avec le département américain de la défense. Les liens entre les entreprises technologiques et les forces armées sont aujourd’hui au cœur d’un vigoureux débat aux États-Unis, a-t-il été précisé à la délégation. 

Dans la Silicon Valley, l’IA est devenue l’un des cinq axes de travail de l’unité d’innovation de la défense du Pentagone (DIU), qui tente d’élargir sa liste de fournisseurs en attirant des entreprises non traditionnelles et d’améliorer son processus de renforcement des capacités.
« Ce qui se passe actuellement dans le domaine de l’IA est fascinant », déclare Brendan McCord, responsable de l’apprentissage automatique du DIU et architecte principal au centre commun d’intelligence artificielle de l’organisation Business Executives in National Security. Pour l’armée américaine, « l’IA représente un tournant majeur ». M. McCord souligne que les questions d’éthique et de sécurité sont primordiales pour le Pentagone. Ses technologies d’IA doivent être solides, fiables et résilientes et l’armée doit jouer un rôle de pionnier dans l’élaboration des normes. 

L’IA sera un élément phare pour les futures technologies de défense mais elle doit également contribuer à appuyer les capacités actuelles. Le contrat signé avec l’entreprise Uptake a, par exemple, permis à l’armée américaine d’économiser 23 millions de dollars par an pour l’entretien des véhicules de combat d’infanterie M2 Bradley. Scott Bolick, responsable de la gestion du portefeuille et de l’industrie d’Uptake, souligne que si l’on met les solutions d’IA à l’honneur, « les machines ne sont plus condamnées à la casse ». 

En visite auprès de deux des plus grandes plateformes scientifiques et technologiques du monde, 19 parlementaires venant de 15 pays membres de l’Alliance ont abordé les thèmes de l’extrémisme sur Internet, de la cybersécurité, de l’innovation en matière de défense, de l’intégrité électorale et des technologies automatisées. Le rapport de mission sera bientôt disponible sur notre site.