L’OTAN doit procéder à une évaluation « lucide » des défaillances de la campagne afghane

10 octobre 2021

LISBONNE - Ce dimanche, l’OTAN a été invitée à procéder à une évaluation sans compromis des efforts qu’elle a consacrés à la sécurité de l’Afghanistan tout au long des vingt dernières années et à inscrire dans son Concept stratégique les enseignements tirés de l’effondrement rapide du gouvernement et des forces armées afghans.


Dans un projet de résolution examiné au cours de la session annuelle qu’elle tient au Portugal, l’Assemblée parlementaire de l’OTAN s’est dite résolue à faire en sorte que l’Afghanistan ne redevienne jamais un sanctuaire du terrorisme international et a insisté sur la contribution de l’Alliance au développement politique et économique.


Le projet, qui doit être mis aux voix lundi lors de la séance plénière, exprime l’inquiétude des membres de l’Assemblée face aux détentions arbitraires et aux violences commises par les talibans, qui se sont emparés du pouvoir en quelques semaines au mois d’août, et face aussi à la perspective d’une crise humanitaire, voire d’une guerre civile qui risquerait de déstabiliser gravement le pays et la région.


Rédigé par Cédric Perrin (France) et soumis dans un premier temps à l’approbation de la commission de la défense et de la sécurité (DSC) de l’Assemblée, le projet salue la volonté des pays alliés de tirer les leçons de leur intervention en Afghanistan, d’une part, et la détermination de l’Assemblée elle-même à jouer un rôle actif dans une telle évaluation, d’autre part.


Il invite instamment l’OTAN « à procéder à une évaluation approfondie, lucide et exhaustive » ; cette évaluation devra être incluse dans la nouvelle version du Concept stratégique que les dirigeants alliés s’apprêtent à adopter l’été prochain à Madrid et porter notamment sur « la consultation politique, l’évaluation de la menace, le processus de prise de décision et l’adaptation en conduite des opérations (…), le renseignement, les opérations, la lutte contre le terrorisme, la formation et le renforcement des capacités des partenaires, la lutte contre la corruption et le trafic de stupéfiants ».


Le ministre de la Défense du Portugal, João Gomes Cravinho, a estimé que la campagne afghane devrait « influer grandement sur nos attentes vis-à-vis de l’Alliance pour la décennie à venir » et qu’en la matière la coopération régionale jouait un rôle majeur.


« En dernière analyse, ce sont les acteurs locaux qui doivent présider à la création d’un État viable et paisible », a dit M. Gomes, qui a ajouté : « Nous pouvons et devons continuer à intervenir au côté de partenaires locaux et régionaux crédibles afin de contribuer à résoudre des conflits présentant un rapport avec la défense de nos intérêts et de nos valeurs. »


Les participants à la session ont souligné que l’Assemblée offrait un forum idéal pour un débat ouvert sur la campagne afghane, un forum où les parlementaires pourraient discuter de questions délicates, convenir des enseignements à tirer et préserver la cohésion tandis que l’Alliance irait de l’avant.


Le projet de résolution, qui s’inquiète de la confiscation par les talibans de libertés conquises de haute lutte, exhorte les pays alliés à « user de tous les moyens diplomatiques, politiques et économiques à leur disposition » pour contraindre le gouvernement afghan, quel qu’il soit, « à respecter ses obligations internationales ».


Les spécialistes de l’OTAN préparent déjà des conclusions préliminaires que les Alliés pourront examiner dans les semaines à venir. Le secrétaire général adjoint de l’OTAN pour les opérations, John Manza, est chargé de conduire le processus à son terme ; il a indiqué à la DSC que les conclusions en question seraient normalement incluses dans le Concept stratégique.


Selon M. Manza, l’une des leçons à tirer est qu’il faut trouver le moyen d’accélérer la communication des rapports rédigés sur le terrain par les généraux aux représentants civils. Ces rapports sont souvent « particulièrement éloquents et remplis de recommandations judicieuses », a-t-il dit, mais ils sont ordinairement « retardés et délayés » avant de parvenir au Conseil de l’Atlantique Nord.


M. Manza a aussi précisé qu’en dépit des problèmes posés par l’évacuation de Kaboul, les Alliés souhaitaient poursuivre les opérations de gestion de crise. « Il ne faudrait pas que [le camp d’en face] constate un changement dans notre stratégie lorsqu’il s’agit de répondre à une crise ; il a bien compris que les choses ne s’étaient pas déroulées comme prévu, mais cela ne signifie pas que nous ayons quitté la partie. »


Le général de brigade Bogdan Cernat, qui dirige le Centre interarmées d’analyse et d’enseignements (JALLC), a annoncé que trois rapports sur les leçons à tirer de l’Afghanistan étaient en cours d’établissement : le premier – demandé par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg – traite la question d’un point de vue militaire ; le deuxième est consacré à l’opération Resolute Support (destinée à entraîner et à conseiller les forces de sécurité afghanes) ; enfin, le troisième concerne les effets des mesures de lutte contre la corruption.


Jamie Shea, professeur de stratégie à l’université d’Exeter, a déclaré aux membres de la commission politique de l’Assemblée qu’à son avis les Alliés continueraient à entraîner des forces locales au Moyen-Orient et ailleurs, en dépit des insuffisances révélées par la campagne afghane.
« L’OTAN va s’occuper d’entraînement. S’ils le font, nous n’avons pas à le faire », a dit M. Shea, qui a ajouté : « Les Alliés ont compris qu’en soi l’idée d’entraînement était une bonne idée. Simplement, nous ne nous y sommes pas pris correctement en Afghanistan. »

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