L'OTAN exhortée à maintenir une position forte et unie à l'égard de la Russie et à mettre davantage l'accent sur la sécurité en Méditerranée

15 mai 2021

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Le récent déploiement de troupes à la frontière avec l'Ukraine ainsi que plusieurs autres menées agressives de la part de la Russie ne laissent guère de marge pour tenir un véritable dialogue avec le pays et devraient conduire l'OTAN à poursuivre ses efforts en vue de contrer la menace multiforme qui en émane, ont entendu ce vendredi les parlementaires de pays alliés réunis à l’occasion de la session de printemps 2021 de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN.

Lors du débat sur un avant-projet de rapport relatif aux défis géopolitiques et idéologiques posés par la Russie, les membres de la commission politique ont notamment pris toute la mesure de l'ascendant exercé par Moscou sur le Belarus, la Géorgie, l’Ukraine et le Moyen-Orient.

L’avant-projet de rapport exhorte l'OTAN, dont les dirigeants se réuniront à Bruxelles le mois prochain, à reconnaître le défi stratégique que représente la Russie au moment même où l'Alliance, qui compte 30 pays membres, envisage d’actualiser son concept stratégique, le guide directeur de l'organisation en termes de stratégie.

« À ce stade, nous devrions être réalistes quant aux perspectives d'un dialogue authentique avec le régime actuel – d'autant que ce régime s’aventure de plus en plus sur le terrain idéologique, celles-ci s’assombrissent », a déclaré le membre du Congrès américain et auteur de ce rapport Brendan Boyle

Le document avertit que toute initiative artificielle visant à améliorer le dialogue avec la Russie pour empêcher son alignement stratégique croissant sur la Chine risquerait d'envoyer le mauvais signal et que les intérêts de sécurité nationale des Alliés et des partenaires de l'OTAN ne sauraient être sacrifiés sur l’autel d’une amélioration des relations.

« Dans nos relations tant avec la Chine qu'avec la Russie, nous devrions nous attacher à faire preuve de cohérence, de prévisibilité et d'engagement envers un ordre fondé sur des règles », a déclaré M. Boyle lors de la réunion tenue en ligne en raison de la pandémie de Covid-19.

La professeure associée Gudrun Persson, de l'agence suédoise de recherche en matière de défense (FOI), a également soutenu une approche réaliste, affirmant que Moscou considère clairement l'Occident comme une menace existentielle.

« Nous avons besoin de politiques fortes et conséquentes. Tout le reste sera perçu comme des actes de faiblesse. Nous l'avons vu à maintes reprises au cours de l'année dernière », a déclaré Mme Persson.

L’avant-projet de rapport s'inquiète par ailleurs de l'activisme croissant de la Russie dans la région du Moyen-Orient et en Afrique, ainsi que de la sensation que Moscou tente d'exploiter le vide politique créé par le désengagement occidental, notamment en Syrie et en Libye. 

Le maintien des dépenses de défense et le partage des charges ont également été évoqués comme des priorités au cours du débat qui a eu lieu au sein de la commission politique, dans une phase où l'on constate un regain d'optimisme quant au nouveau souffle de la relation transatlantique.

Un redressement progressif des économies est espéré grâce aux campagnes de vaccination et à l'affaiblissement de la pandémie. L'OTAN et les Alliés devraient donc se réengager à atteindre leurs objectifs d'investissement dans la défense des « 2 % et 20 % », et se concentrer sur les défis posés par la Russie, la Chine et les cyberattaques ou les attaques hybrides. 

« Garantir des niveaux adéquats de financement de la défense sera essentiel pour relever les défis complexes auxquels l'Alliance sera confrontée dans le monde d’après Covid et pour assortir le contexte de sécurité nécessaire à la reprise économique », a déclaré le parlementaire turc Ahmet Yildiz

M. Yildiz, dont l’avant-projet de rapport sur les liens transatlantiques et le partage des charges dans un environnement de sécurité en mutation était également examiné, a déclaré que l’actualisation attendue du concept stratégique constituerait une excellente occasion de s'engager vers un partage plus équitable des charges et de revitaliser les liens transatlantiques. 

« Le potentiel de renforcer la dimension politique de l'OTAN, en élargissant la portée de la consultation politique en vue d'accroître le dialogue, de réduire au minimum les tensions internes entre Alliés et de parvenir à une Alliance plus rationnelle, est également là », a-t-il déclaré. Il a ajouté que le rôle des pays situés aux frontières de l'Alliance devrait être plus notoire concernant leurs efforts fournis en matière de lutte contre le terrorisme. 

La Russie et la nécessité de s’investir politiquement dans les pays méditerranéens avec lesquels l'Alliance collabore étroitement ont également été évoquées à diverses reprises dans le cadre de la discussion portant sur l’avant-projet de rapport sur l’agenda de l’OTAN dans la région Méditerranée.

Celui-ci note que la mer Méditerranée présente des enjeux cruciaux pour l'OTAN mais aussi pour la Russie, la Chine et les États du Golfe, notamment, pour ses points d'accès stratégiques vers l'Atlantique, la mer Noire et la mer Rouge.

Malgré tous ces enjeux, la députée française et auteure du rapport Sonia Krimi a noté la carence d'une « stratégie constante, claire et cohérente de la part de notre communauté euro-atlantique » eu égard à cette région.

Mme Krimi a prévenu que l'OTAN ne se montrait pas aussi alerte sur son flanc sud que sur son flanc est. « La situation en Méditerranée orientale est visiblement emblématique des divergences entre les Alliés, mais aussi de nos efforts fournis pour tenter de les résoudre », a-t-elle déclaré.
 
Elle a toutefois salué les récentes initiatives de médiation diplomatique qui ont contribué à apaiser les tensions en Méditerranée orientale et en Libye. La députée française a également souligné le rôle du mécanisme de déconfliction de l'OTAN, ainsi que celui de l'AP-OTAN en tant que forum permettant des échanges francs entre législateurs de pays alliés.
 
Mme Krimi a exhorté la communauté transatlantique à poursuivre son soutien en faveur des efforts de paix en Libye. « L’établissement d'une paix durable nécessite de pouvoir garantir une répartition équitable des ressources économiques au bénéfice de tous les Libyens », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’il sera indispensable de traduire tous les responsables de violations des droits humains en justice.


Telecharger les avant-projets de rapports de la commission politique.
Questions presse : press@nato-pa.int

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