L’OTAN instamment priée d’intervenir plus activement auprès de la Chine et de la Russie

10 octobre 2021

LISBONNE - Ce dimanche, l’Assemblée parlementaire de l’OTAN – qui tient sa session annuelle dans la capitale portugaise – a instamment prié les pays alliés de se mobiliser davantage pour amener la Chine à la table des négociations sur la maîtrise des armements et pour contraindre la Russie à respecter ses obligations. Elle a également préconisé le maintien d’un dispositif de dissuasion nucléaire qui soit crédible et capable de s’adapter au rythme de l’évolution des technologies nouvelles.


Lors d’une réunion de la commission des sciences et des technologies (STC) de l’Assemblée, parlementaires, militaires et spécialistes ont débattu de la menace émanant des armes biologiques, du cours suivi par les pourparlers autour du programme nucléaire de l’Iran et sur les problèmes nouveaux que posent l’intelligence artificielle et l’espace.


Dans un projet de résolution qui devrait être adopté lundi au cours de la séance plénière de la session, les parlementaires pressent les pays alliés à promouvoir le recours à l’OTAN comme une enceinte pour y tenir des débats et des consultations sur la maîtrise des armements, de dépenser plus pour la recherche-développement et de promouvoir le débat public sur les avantages de la non-prolifération.


Nusrat Ghani (Royaume-Uni), qui a rédigé ce projet de résolution, a déclaré : « Nous devrions nous inquiéter plus particulièrement du comportement de la Russie et de la Chine, qui mettent au point en secret, et avec beaucoup d’agressivité, de nouvelles technologies militaires. »


Dans un projet de rapport distinct sur la coopération scientifique et technologique avec les partenaires asiatiques, Mme Ghani souligne le rôle important du Japon et de la République de Corée et fait observer que ces deux pays sont des « acteurs essentiels aux avant-postes de la sécurité régionale, eu égard à la politique étrangère de plus en plus agressive de la Chine ». 


Le projet de résolution déjà mentionné demande avec insistance aux pays alliés de se mettre en quête des moyens d’améliorer la détection et la prévention de la prolifération des armes biologiques et de recenser les matériaux à double usage susceptibles d’entrer dans la composition de ces dernières. Un autre rapport soumis à la STC traite de l’utilisation potentielle de telles armes par des groupes terroristes.


La pandémie de Covid-19 a exposé au grand jour des points faibles et un état de préparation médiocre. Elle a fait plus de 4,6 millions de morts, ravagé l’économie et porté atteinte à la sécurité, peut-on lire dans un troisième projet de rapport sur le spectre du bioterrorisme.


En matière de lutte contre la pandémie, « la biotechnologie et d’autres technologies émergentes ou technologies de rupture font de rapides progrès », a indiqué Sven Clement (Luxembourg), qui constate cependant que « ces technologies peuvent également être utilisées à des fins malveillantes et que de dangereux agents pathogènes risquent de tomber entre de mauvaises mains ».


Au chapitre de la non-prolifération, un grand problème se pose, celui de l’accord sur le programme nucléaire de l’Iran : les Alliés craignent que le gouvernement qui vient de s’installer à Téhéran ne donne un tour plus conservateur à sa politique étrangère comme à sa politique intérieure. D’ailleurs, le nouveau représentant de l’Iran aux « négociations nucléaires » semble être proche des ultraconservateurs arrivés au pouvoir.


S’adressant à la STC, le général de division Jürgen Brötz – qui exerce les fonctions de secrétaire général adjoint délégué de l’OTAN pour le renseignement – a déclaré : « L’OTAN s’est engagée à faire en sorte que l’Iran ne puisse jamais mettre au point une arme nucléaire. Voilà pourquoi des discussions de fond menées séparément avec les États-Unis et en alternance avec la participation aux travaux du Plan d’action global conjoint (JCPOA) sont essentielles à un retour des parties au respect de l’accord. »


Les participants à la session ont eu un débat en profondeur sur les problèmes éthiques et scientifiques inhérents à l’intelligence artificielle et aux systèmes autonomes, lesquels apprennent vite et peuvent susciter des difficultés d’interaction, de compréhension et de contrôle en cas de dysfonctionnement.


« Nous ne pouvons pas toujours prédire la façon dont [ces systèmes] se comporteront dans des circonstances inédites », a reconnu Wendell Wallach, codirecteur de l’initiative « Intelligence artificielle et égalité » au Conseil Carnegie pour l’éthique dans les affaires internationales. Il a toutefois voulu apaiser les craintes quant à l’apparition à court terme de machines capables de faire montre de bon sens ou d’intelligence morale, de planifier, ou encore, de poursuivre un raisonnement de haut niveau.


Le secrétaire général adjoint de l’OTAN pour les défis de sécurité émergents, David van Weel, a indiqué à la STC que les Alliés se heurtaient au problème de la rapidité d’adoption des nouvelles technologies, dès lors que la plupart de celles-ci n’étaient plus élaborées par des gouvernements mais par le secteur privé ou des communautés de chercheurs, souvent dans un but commercial.


« Nous avons laissé se creuser un fossé entre les gouvernements et ces acteurs, ce qui a des conséquences stratégiques, notamment pour nos forces armées », a ajouté M. van Weel.