L’OTAN invitée à renforcer ses liens avec le Sud global et à lutter contre les violences sexuelles liées aux conflits

26 mai 2024

Les Alliés doivent s’efforcer d’approfondir leurs relations avec les pays du Sud global afin d’y déjouer l’influence grandissante de la Russie et de la Chine et de convaincre ces pays de l’importance d’aider l’Ukraine à l’emporter dans la guerre, a-t-il été indiqué ce dimanche aux législateurs de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN). 

Lors de discussions sur une série d’avant-projets de rapport tenues dans le cadre de la session de printemps de l’AP-OTAN à Sofia, les parlementaires de la commission sur la démocratie et la sécurité (CDS) ont examiné les actions à entreprendre pour mieux protéger le patrimoine culturel dans les conflits armés, prévenir et combattre les violences sexuelles pendant les conflits et atténuer les effets de l’insécurité hydrique. 

Alors que cela fait désormais plus de deux ans que la guerre d’agression illégale lancée par la Russie se prolonge, collaborer plus étroitement avec les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine à faible revenu ou à revenu intermédiaire est devenu plus que jamais un impératif stratégique, a fait valoir le législateur lituanien Audronius Azubalis. 

Instaurer des relations solides avec ces pays aidera l’OTAN à faire face aux menaces actuelles à la sécurité, écrit-il dans l’avant-projet de rapport qu’il a présenté à la commission politique (PC) de l’Assemblée. « Faute d’une telle interaction, le champ serait libre pour des acteurs malveillants comme la Chine ou la Russie, qui se disputent la suprématie au Sud mondial. » 

M. Azubalis a estimé que les différentes réactions qu’avait suscitées à travers le monde l’invasion de l’Ukraine par la Russie « ont pulvérisé cette conception binaire - jusque-là solidement implantée - de la politique internationale : les pays du Sud mondial ont vraisemblablement démontré leur capacité et même manifesté leur volonté de se placer sur un pied d’égalité avec les grandes puissances traditionnelles ». 

Dans son avant-projet de rapport, M. Azubalis précise qu’une coopération pragmatique des Alliés dans certains domaines d’intérêt véritable, tels que la sécurité alimentaire, la création d’emplois et la santé, doit caractériser leurs relations avec ces pays et que les membres de l’Alliance doivent veiller à ne pas adopter vis-à-vis d’eux « une attitude de condescendance sur fond de supériorité morale ». 

En particulier, ils doivent redoubler d’efforts pour instaurer des relations solides avec l’Inde, la plus grande démocratie du monde. Ensemble, les pays de l’OTAN et l’Inde représenteraient environ 2,4 milliards de personnes, et New Delhi opère déjà un rapprochement avec les démocraties occidentales. 

Au sommet de Washington en juillet prochain, les Alliés devraient se mettre d’accord sur une vaste révision des partenariats de l’OTAN avec son voisinage méridional, non seulement pour parer aux menaces posées à la sécurité dans ces pays, mais aussi pour étudier les moyens de renforcer la coopération pratique avec ceux-ci, recommande M. Azubalis. 

Dans le cadre de la CDS, les parlementaires ont débattu des actions à entreprendre pour protéger le patrimoine culturel (lieux de culte, théâtres, sites historiques, etc.) contre les attaques dirigées par des États ou des acteurs non-étatiques malveillants qui, dans les zones de conflits, s’en prennent à la dignité et à l’identité des communautés visées. 

L’avant-projet de rapport spécial de la parlementaire canadienne, Julie Dzerowicz, expose les principaux éléments du cadre juridique qui protège le patrimoine culturel, donne un aperçu de la façon dont les acteurs mal intentionnés ont progressivement utilisé le patrimoine culturel à des fins militaires, et fournit des propositions pour enrayer le phénomène. 

Mme Dzerowicz exhorte les Alliés à développer des politiques globales en matière de protection du patrimoine culturel et à établir des législations rigoureuses pour permettre aux autorités judiciaires d’enquêter sur les destructions commises pendant les conflits à l’encontre de sites, de monuments ou d’objets présentant une importance culturelle, d’en poursuivre les auteurs pour faire en sorte que ces derniers en répondent devant la justice. 

La rapporteure spéciale appelle également l’OTAN et ses États membres à « intégrer plus systématiquement les principes de protection des biens culturels dans la formation, l’entraînement et les exercices de leurs forces de sécurité » et à se doter d’unités spéciales ou de personnel pour se consacrer à cette tâche au sein de leurs forces armées. 

Dans le cadre de l’examen de l’avant-projet de rapport du député belge Rodrigue Demeuse, les membres de la CDS ont également débattu de la question des violences sexuelles liées aux conflits, et de la façon dont ces crimes non seulement constituent une violation des principes du droit tout en portant atteinte au respect de la personne humaine, mais perpétuent aussi le cycle destructeur des conflits. 

« Même après la fin d’un conflit, l’ombre sordide des violences sexuelles continue de planer sur la paix et de la menacer. Les femmes demeurent souvent des cibles commodes de frustration dans des sociétés traumatisées, fracturées et brutalisées », écrit M. Demeuse. 

Les Alliés sont invités à développer des politiques permettant de mieux lutter contre ce fléau et d’avancer sur des sujets connexes plus larges comme l’égalité des genres et la protection des civils dans les conflits. L’OTAN est encouragée à intégrer cette question au plus haut niveau. 

Le document insiste sur le fait que les auteurs de violences sexuelles et ceux qui les ordonnent ou les tolèrent, doivent impérativement être traduits en justice. Un appui politique, financier et technique doit donc être apporté aux systèmes judiciaires nationaux et internationaux, afin qu’ils puissent enquêter sur les criminels et venir en aide aux personnes survivantes. 

L’insécurité hydrique et les crises qu’elle provoque figurait également à l’ordre du jour de la commission sur la démocratie et la sécurité avec l’examen de l’avant-projet de rapport de la parlementaire allemande Merle Spellerberg. Celle-ci met en effet à rude épreuve la résilience militaire, économique et sociale des Alliés en faisant ressortir des vulnérabilités que leurs adversaires pourraient exploiter. 

Cet avant-projet de rapport indique que le monde est à deux doigts d’une crise dans le domaine de la sécurité hydrique, les Nations unies estimant que d’ici la fin de la décennie près de la moitié de la population mondiale souffrira de stress hydrique. 

Les attaques visant les ressources en eau et les infrastructures hydrauliques, telles les frappes russes prenant pour cible les barrages et autres installations connexes d’approvisionnement en eau en Ukraine, constituent des violations du droit international ; l’insécurité hydrique représente par ailleurs un obstacle redoutable pour l’OTAN et les Alliés sur les plans stratégique et logistique. Les pénuries d’eau et les phénomènes météorologiques extrêmes qui sont liés à l’eau pourraient avoir des incidences de plus en plus importantes sur le déroulement des activités militaires.

Dans son rapport, Mme Spellerberg invite les Alliés à tenir leurs engagements internationaux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et à « faire de l’insécurité hydrique une partie intégrante de leurs stratégies nationales d’adaptation aux changements climatiques et de leurs plans d’action nationaux de lutte contre ceux-ci ». 

Elle exhorte également les Alliés à développer leurs capacités nationales d’intervention pour combattre les effets des crises, et à disposer des ressources qui puissent leur permettre de préparer leurs populations à l’éventualité de catastrophes hydriques de plus en plus fréquentes et de plus en plus graves. 

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