Mer Noire et réformes en Ukraine : des législateurs de l’Alliance font le point à Odessa

28 octobre 2021


Odessa,  le 28 octobre 2021 - L’Ukraine espère recevoir des signaux forts et une feuille de route précise en vue de son adhésion à l’OTAN lors des prochains sommets de 2022 et 2023. Telles étaient les conclusions de la vice-première ministre ukrainienne chargée de l’intégration européenne et euro-atlantique, Olga Stefanichina, au cours d’une réunion de haut niveau entre parlementaires de pays de l’OTAN, de l’Ukraine et de la Géorgie. 

« L’Ukraine œuvre grandement au renforcement de la sécurité euro-atlantique. Après tout, notre pays n’a jamais été un “consommateur” de sécurité. À l’inverse, il y a participé et continue d’y participer activement », a-t-elle avancé. « Nous sommes persuadés que les mesures visant à consolider davantage les relations OTAN-Ukraine contribueront non seulement au renforcement du flanc est de l’Alliance, mais elles permettront également de faire de ce rapprochement un indicateur puissant pour dissuader la Russie de tout acte d’agression contre notre pays », a-t-elle indiqué, ajoutant que le nouveau concept stratégique de l’OTAN ne devrait pas uniquement traiter de l’Ukraine à travers le prisme de l’agression russe.

Attila Mesterhazy, vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN), a rassuré ses homologues ukrainiens lors de l’évènement : « [L’Assemblée] continuera à exhorter nos gouvernements à soutenir l’intégration euro-atlantique de l’Ukraine, à dénoncer les actions de la Russie à l’est de l’Ukraine et à ne reconnaitra jamais l’annexion forcée et illégale de la Crimée. » Dans ce cadre, il a appelé les responsables politiques ukrainiens à tirer profit des réunions de l’Assemblée, et notamment de la prochaine session de printemps de l’AP-OTAN qui se tiendra à Kiev en mai 2022, pour élargir et renforcer l’appui politique apporté à l’intégration euro-atlantique de l’Ukraine. 

La réunion semestrielle du Conseil interparlementaire Ukraine-OTAN (UNIC) s’est déroulée à Odessa les 26 et 27 octobre, en présence de membres du Conseil interparlementaire Géorgie-OTAN (GNIC) et de la commission politique (PC) de l’AP-OTAN, soit une délégation composée de 27 parlementaires en provenance de 12 pays membres. 

Au fil de cette rencontre, le premier porte-parole adjoint du Parlement ukrainien et co-président de l’UNIC, Oleksandr Korniyenko, a souligné les avantages du statut accordé à son pays en tant que partenaire bénéficiant du programme Nouvelles opportunités de l’OTAN. Il a également mis en exergue le soutien solide de la population et du Parlement en faveur d’une adhésion de l’Ukraine à l’Alliance.

Vineta Kleine, directrice par intérim de la représentation de l’OTAN en Ukraine, a précisé que depuis 2014, l’Alliance avait considérablement augmenté son soutien logistique en Ukraine, tant sur le plan du développement que sur celui du renforcement de ses capacités. À ses yeux, le soutien politique de l’Organisation est solide, comme l’a récemment prouvé la fermeté de sa réaction suite aux déploiements de troupes militaires russes à la frontière ukrainienne en mars et avril derniers.

Bruno Lété, un spécialiste des affaires étrangères reconnu au sein du cercle de réflexion German Marshall Fund of the United States, a appelé la classe politique occidentale à ne pas hésiter à qualifier la Russie d’adversaire. Il a en outre souligné que la question n’était pas de savoir « si » l’Ukraine allait rejoindre l’OTAN, mais plutôt « quand » elle y adhèrera. L’analyste ukrainien Volodymyr Dubovyk a par ailleurs déploré que l’UE soit aussi peu présente sur le plan politique dans la région de la mer Noire. Néanmoins, il ose espérer que les États-Unis donneront suite aux récentes déclarations des hauts dirigeants du pays selon lesquelles la mer Noire constitue une région d’importance stratégique pour Washington. 

La militarisation de la Crimée par la Russie – dont les forces occupent illégalement le territoire – ainsi que la restriction de la liberté de navigation dans la mer d’Azov ont constitué des thèmes récurrents tout au long la réunion. Anatoli Petrenko, vice-ministre ukrainien pour les affaires de défense, a d’ailleurs présenté les estimations de son pays relatives aux moyens militaires russes déployés dans la région de la mer Noire. Il a indiqué que la portée des capacités de frappe de la flotte russe pouvait atteindre jusqu’à 1 500 kilomètres. 

Hanna Maliar, autre vice-ministre de l’Ukraine chargée des affaires de défense, a soutenu que cela fait désormais plusieurs années que son pays est la cible de campagnes russes de désinformation ayant pour objectif de garder Kiev sous l’emprise géopolitique de Moscou. Toutefois, Mme Maliar a fait aussi remarquer que l’Ukraine apprenait à gagner ces guerres informationnelles et que, toujours selon elle, la Russie aurait échoué dans ses tentatives visant à décrédibiliser le choix euro-atlantique ukrainien et à ternir l’image de l’armée ukrainienne. 

Les délégués géorgiens et turcs ont aussi partagé les points de vue de leur pays eu égard à la sécurité dans la région de la mer Noire. Irakli Beraia, chef de la délégation géorgienne auprès de l’AP OTAN, a indiqué que le Kremlin avait déployé quelque 20 000 soldats dans l’ensemble des territoires occupés de la Géorgie. De ce fait, il a appelé l’OTAN à renforcer sa présence dans la région tout en l’invitant à fournir au pays une feuille de route précise concernant son adhésion. Le parlementaire turc Ahmet Yildiz a, quant à lui, argumenté que la région de la mer Noire serait plus sûre et stable si Ukraine et Géorgie étaient protégées par le parapluie sécuritaire de l’OTAN. 

Les participants à la réunion ont exprimé leur grande préoccupation face à l’occupation illégale de la Crimée. Emine Dzhaparova, première vice-ministre pour les affaires étrangères de l’Ukraine, a ainsi souligné le caractère essentiel de la plateforme pour la Crimée. Le but ? Coordonner les efforts internationaux pour permettre le retour pacifique de la Crimée illégalement occupée sous contrôle ukrainien. Dans ce contexte, elle a remercié l’AP-OTAN pour sa participation sans faille au volet parlementaire de l’initiative ukrainienne par la mise sur pied d’un groupe de soutien informel. Les prochaines étapes pour le renforcement de la plateforme consistent donc à : élargir le cercle de membres ; mettre en place cinq programmes de travail particuliers ; créer un réseau de points de contact pour réagir rapidement aux situations de crise en Crimée ; et programmer une conférence pour la sécurité de la région de la mer Noire en février 2022 – un évènement qui devrait se tenir annuellement. 

Anton Korynevych, représentant permanent du président ukrainien en République autonome de Crimée, a informé les délégués sur la situation alarmante des droits humains en Crimée occupée. La persécution politique systématique, le harcèlement physique et psychologique, la suppression des sources médiatiques indépendantes, les actes de discrimination religieuse et la violation des droits linguistiques et de propriété ont contraint plus de 51 000 Tatars et Ukrainiens de Crimée à quitter la péninsule occupée. Plus de 120 citoyens ukrainiens - principalement des Tatars de Crimée - sont des prisonniers politiques détenus par les autorités occupantes. Par ailleurs, la Russie opère des modifications sur le plan démographique dans la région en y délocalisant des centaines de milliers de citoyens russes. 

Le vice-président de l’AP-OTAN, Attila Mesterhazy, a condamné la décision de Moscou visant à organiser un recensement de la population dans la péninsule illégalement occupée ; une décision qui constitue une nouvelle violation du droit international. En outre, il a souligné la nécessité de se montrer inflexible sur la politique de non-reconnaissance et d’explorer d’autres solutions pacifiques afin de rendre le contrôle de la Crimée à l’Ukraine. 
Lors de la réunion, les parlementaires ont également fait le point sur les progrès de l’Ukraine concernant la mise en œuvre de son calendrier de réformes. 

La vice-première ministre, Mme Stefanichina, a réaffirmé que Kiev était actuellement décidée à tirer parti de la majorité présidentielle au sein du parlement. Les autorités entendent parvenir à une véritable percée dans leur programme ambitieux de réformes, et ce, au préalable du prochain cycle électoral. 
« L’Ukraine a accompli des avancées considérables dans l’exécution d’un large éventail de réformes », a-t-elle relevé. Au fil des douze derniers mois, « nous avons adopté des lignes directrices et un cadre règlementaire essentiels en matière de sécurité et de défense, notamment des législations relatives à l’approvisionnement militaire et aux services de renseignements, ainsi que la Stratégie nationale pour la sécurité. En ces temps difficiles, tandis que l’Ukraine est confrontée à l’agression continue de la Russie et à sa présence militaire amassée le long de la frontière et dans la Crimée occupée, Kiev compte sur l’aide de l’OTAN pour soutenir son calendrier de réformes », a fait savoir Mme Stefanichina. 

Mariana Bezuhla, cheffe adjointe de la commission parlementaire pour la sécurité nationale, la défense et le renseignement, a tenu à jour les membres de l’AP-OTAN concernant les progrès de l’Ukraine dans la transformation de son pilier défense et sécurité. À ce titre, elle a mis en évidence les efforts du pays visant à moderniser son agence de sécurité, et ce, dans l’optique d’en faire, à terme, un nouveau service de contre-espionnage. D’après elle, le parlement est déterminé à repenser les procédures d’approvisionnement et la politique d’informations classifiées dans le secteur de la défense et la sécurité pour enrayer la corruption et atteindre les normes de l’OTAN en la matière. Mme Bezuhla a également noté que l’Ukraine avait accompli de véritables progrès pour renforcer son contrôle parlementaire sur le plan de la défense et de la sécurité. 

De son côté, le premier porte-parole adjoint Oleksandr Korniyenko a présenté d’autres aspects du programme ukrainien de réformes, tout en mettant en exergue des initiatives récentes concernant le secteur agraire, le système bancaire, la décentralisation, le système judiciaire et la lutte contre la corruption. Cependant, plusieurs membres parlementaires de l’opposition ont soulevé des inquiétudes quant au rythme de certaines réformes et aux reculs éventuels sur des mesures de réformes prises sous l’administration précédente. De ce fait, ils ont appelé les partenaires occidentaux à maintenir l’intérêt porté à l’Ukraine et à continuer d’exhorter les autorités gouvernementales à faire avancer le programme de réformes. 

Le 27 octobre, les délégués ont eu l’opportunité de se rendre sur la base navale occidentale d’Odessa, où ils ont été accueillis par le vice-amiral Oleksiy Niezhpapa, commandant de la flotte ukrainienne. 

Qui plus est, les 27 et 28 octobre, les membres de l’AP OTAN ont pris part à l’« Odesa Debate », une conférence annuelle de haut niveau organisée par le German Marshall Fund of the United States et la Fondation Boumbouras pour encourager le dialogue entre l’Ukraine et ses partenaires transatlantiques. 

L’UNIC et le GNIC représentent respectivement les pendants parlementaires de la commission OTAN-Ukraine et de la commission OTAN-Géorgie. Ces deux Conseils ont été créés par l’Assemblée parlementaire de l’OTAN afin de manifester l’intérêt et l’implication des parlementaires dans la coopération entre l’OTAN, l’Ukraine et la Géorgie et pour servir de tribune permettant aux membres d’aborder toutes les questions d’intérêt commun.