Ouverture de la session annuelle de l’AP-OTAN avec trois grands points à l’ordre du jour : l’avenir de l’OTAN, la pandémie de Covid-19 et la Chine

18 novembre 2020

Le mercredi 18 novembre, l’Assemblée parlementaire de l’OTAN a donné le coup d’envoi de sa session annuelle. Au programme de cette session qui, pour la toute première fois, se tiendra en ligne, six jours de débats sur les défis lancés à la sécurité mondiale – tels que la montée en puissance de la Chine ou la pandémie de Covid-19 – et sur le processus de réflexion « OTAN 2030 », dans le contexte duquel les trente pays membres de l’Organisation réfléchissent à l’avenir même de cette dernière.

Alors que l’ombre de la pandémie de Covid-19 plane sur le monde, de hauts responsables des gouvernements alliés et de l’OTAN, dont le secrétaire général de celle-ci, Jens Stoltenberg, mais aussi des législateurs et des experts de renom parleront des dépenses de défense, de la modernisation des forces armées russes, de la situation dans le bassin de la mer Noire et les Balkans occidentaux et du rôle vital des femmes dans la sécurité.

Dans leur ensemble, les travaux de la session mettront l’accent sur la future forme de l’OTAN. Ouvrant cette 66e session annuelle, le président de l’AP-OTAN, Attila Mesterházy (Hongrie), a déclaré que « l’une de [ses] principales priorités était de veiller à ce que l’Assemblée puisse faire entendre sa voix dans ce débat et contribuer à façonner l’avenir de l’Organisation ».

L’actuel Concept stratégique, qui définit les tâches fondamentales de l’OTAN, a dix ans. Depuis son adoption, la Russie a annexé la péninsule de Crimée, qui fait partie du territoire ukrainien, un terrorisme particulièrement brutal a fait son apparition avec l’entrée en scène de Daech, la Chine a étendu son influence, de nouvelles menaces hybrides ou cybermenaces ont vu le jour et les effets du changement climatique se font ressentir plus largement.

Un projet de déclaration rédigé par M. Mesterházy doit être mis aux voix lundi ; il traite essentiellement de l’adaptation de l’Alliance et réaffirme l’attachement de celle-ci aux valeurs transatlantiques et sa détermination à garantir la sécurité des pays membres durant la décennie à venir et au-delà.

M. Mesterházy présentera ce projet à la séance plénière, dont l’ordre du jour comprend les trois grands axes « OTAN 2030 » : « renforcer l’unité politique de l’OTAN,  préserver sa puissance militaire et élaborer une stratégie d’une portée plus mondiale ».

L’Assemblée « peut apporter une valeur ajoutée particulière », a estimé M. Mesterházy, car c’est « une entité éminemment politique. [Elle est] donc souvent mieux à même d’aborder les questions d’une manière franche et transparente, sans être tenue par les contraintes de la diplomatie gouvernementale. Par ailleurs, [elle représente] toute la diversité de la mosaïque politique composée par les pays membres et [leurs] citoyens. »

Mercredi également, le Premier ministre grec*, Kyriákos Mitsotákis, est intervenu devant l’Assemblée siégeant au complet. Il a souligné la nécessité de faire face aux menaces émanant du terrorisme et des « acteurs fantômes » qui se cachent derrière les attaques hybrides et les cyberattaques. Il a évoqué, par ailleurs, l’existence de certaines tensions interalliées qui devraient sans doute alimenter quelques discussions très franches au cours des cinq prochains jours.

« Nous devons travailler avec ceux qui partagent les valeurs de l’Alliance et qui peuvent contribuer à relever les défis sécuritaires à l’extérieur des frontières de l’OTAN », a dit M. Mitsotákis, qui a pressé les Alliés eux-mêmes de ne pas négliger « les implications géopolitiques de leurs politiques et de leurs actes, surtout lorsque ces politiques et ces actes influent directement sur la sécurité et la cohésion générales de l’Alliance ».

D’autre part, M. Mitsotákis s’est félicité de l’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis ; il a fait observer que « [l’] Alliance non seulement accroît la puissance de l’Amérique, mais garantit la défense de l’Europe ».

Mercredi encore, l’Assemblée a salué le rôle joué par les forces armées alliées dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 et et a demandé instamment une amélioration de la coopération internationale, tant pour combattre la pandémie actuelle que pour instaurer une résilience propre à parer aux risques inhérents à de futures urgences sanitaires.
« La pandémie a causé la mort d’un bien trop grand nombre de nos concitoyens et paralysé notre économie et nos sociétés, en même temps qu’elle nous a contraints à remettre en question des aspects essentiels de notre mode de vie », a déclaré M. Mesterházy.

« Nous pouvons enfin apercevoir au loin le bout du tunnel grâce à la vitesse remarquable à laquelle progresse la mise au point d’un vaccin. Cependant, nous resterons aux prises avec la pandémie pendant de longs mois encore et les conséquences de ce fléau se feront ressentir des années durant. »

L’influence de la Chine sera l’objet de bien des discussions pendant la session : les Alliés sont de plus en plus préoccupés par la montée en puissance et les ambitions planétaires du géant asiatique, sa volonté de se doter de moyens militaires modernes, ses manœuvres de désinformation, ses campagnes hybrides et jusqu’à ses activités spatiales.
Pour M. Mesterházy, la Chine représente davantage un défi qu’une opportunité.

« La Chine nourrit des ambitions géopolitiques semblables à celles de la Russie, mais elle agit avec plus de finesse et d’efficacité avec le concours de tanks et de banques. Aussi, sans perdre de vue les opportunités, nous devons mieux cerner les problèmes que posent directement à l’OTAN, comme aux Alliés, les ambitions et les actes de portée mondiale de ce pays, de même que sa coopération avec la Russie », a dit le président de l’Assemblée.

M. Mesterházy s’est attardé sur la campagne de désinformation que la Chine avait engagée autour de la pandémie et sur les problèmes posés tant par les investissements de Pékin dans le monde entier – y compris dans certains pays membres de l’OTAN – que par sa mainmise sur la technologie de la cinquième génération de télécommunications (5G).

Dans un projet de résolution qui devrait être adopté lundi prochain, les parlementaires demanderont aux pays alliés et à leurs partenaires de prendre conscience de la menace que représente la Chine et, en même temps, de reconnaître et d’exploiter les opportunités que pourrait offrir une amélioration du dialogue avec les autorités chinoises.

Rédigé par Gerald E. Connolly, ce projet recommande que le Concept stratégique, qui définit les priorités de l’OTAN, soit adapté de manière à prendre en compte les préoccupations croissantes que suscite la Chine.

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