Renforcer la coopération entre les Alliés et leurs partenaires démocratiques des Balkans au Pacifique

25 mai 2024

SOFIA (Bulgarie) - Des Balkans occidentaux à la région Asie-Pacifique, les Alliés devraient intensifier leur coopération avec leurs partenaires démocratiques afin de contrecarrer les efforts qu’y déploient des puissances autoritaires pour étendre leur influence au niveau mondial et remettre en cause l’ordre international, fondé sur des règles, ont fait valoir samedi les législateurs des 32 pays membres de l’Alliance.

Plusieurs avant-projets de rapport sur les nouveaux enjeux sécuritaires dans les Balkans occidentaux et la nécessité, pour les Alliés, d’établir des partenariats fondés sur des valeurs avec les forces démocratiques de la région Asie-Pacifique, ont figuré en bonne place à l’ordre du jour des discussions qui se sont tenues à Sofia, au cours de la journée d’ouverture de la session de printemps de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN).

La guerre illégale menée par la Russie contre l’Ukraine a également occupé une place importante en cette première journée, de même que la nécessité de renforcer les contrôles portant sur les technologies sensibles pour empêcher la Russie de contourner les sanctions et éviter que la Chine ne prenne de l’avance, au plan technologique, sur les Alliés.

La commission des sciences et des technologies (STC) s’est concentrée sur le rôle central des semi-conducteurs dans l’offensive engagée par la Chine pour s’assurer une supériorité technologique, ainsi que sur les défis à relever et les opportunités à exploiter par l’Alliance concernant l’intelligence artificielle (IA) et la biologie synthétique.

Les menaces et les défis que la Russie et la Chine représentent ont constitué le fil conducteur des discussions menées par l’Assemblée.
« Moscou [...] use [dans les Balkans occidentaux] de son influence pour façonner la politique régionale, mais aussi pour étendre plus largement son influence en Europe », écrit Lord Lancaster (Royaume-Uni) dans son avant-projet de rapport sur cette région. Il avertit que l’un des objectifs premiers de la Russie est d’« empêcher l’intégration de la région dans la zone euro-atlantique ».

Il n’en reste pas moins que la puissance économique de la Chine lui permet désormais de supplanter la Russie en tant que principal partenaire dans la région, indique l’avant-projet de rapport de la commission de la défense et de la sécurité (DSC). Si leurs objectifs régionaux peuvent être différents, Moscou et Pékin « partagent, face à l’Occident, des visées plus larges, comme la rupture du consensus entre Alliés et la mise à l’arrêt de la consolidation de la zone euro-atlantique ».

Lord Lancaster a appelé à un renouvellement des engagements de l’OTAN dans les Balkans occidentaux, notamment en encourageant le dialogue entre entités rivales, en intensifiant la coopération avec les partenaires régionaux sur le plan militaire ainsi qu’en matière de cybersécurité, et en renforçant la présence des forces de l’OTAN au Kosovo pour prévenir toute menace de reprise de la violence.

S’agissant de la région indo-pacifique, l’avant-projet de rapport du membre du Congrès américain Neal Patrick Dunn indique que les Alliés « ont conscience des menaces et des défis que pose la Chine pour la stabilité mondiale » à travers « la posture agressive de Pékin en mer de Chine méridionale, la perspective révisionniste des autorités chinoises à l’égard de l’architecture mondiale de sécurité, qui transparaît en particulier à travers leur soutien à la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine[,] et le rejet manifeste des principes fondateurs sur lesquels repose l’ordre international fondé sur des règles ».

Pour défendre les valeurs et les intérêts des Alliés dans la région, M. Dunn, dans l’avant-projet de rapport qu’il a présenté à la commission de l’économie et de la sécurité (ESC), invite les pays membres de l’OTAN à renforcer leurs liens avec les partenaires de cette région animés du même esprit. « Il faut également que les Alliés continuent de collaborer étroitement avec leurs partenaires d’Asie-Pacifique afin de promouvoir la gouvernance démocratique dans la région », a-t-il fait valoir. Dans cette zone, les Alliés pourraient ouvrir un bureau de liaison de l’OTAN au Japon, encourager la coopération en matière d’innovation technologique et de cybersécurité, et organiser davantage d’exercices conjoints tout en renforçant la coopération militaire. En même temps, les Alliés devraient s’efforcer, dans la mesure du possible, d’engager des discussions avec la Chine et de « [d]éterminer quelles sont les plateformes les plus à même de favoriser l’établissement de relations de confiance avec » cette dernière.

Dans un autre avant-projet de rapport de l’ESC, la parlementaire britannique Harriett Baldwin recommande aux pays membres de l’Alliance d’imposer des contrôles plus stricts aux exportations de technologies sensibles ou à double usage pour empêcher leurs rivaux stratégiques d’acquérir des technologies militaires avancées. Les Alliés devraient engager des sommes plus importantes pour faire respecter les restrictions ; ils devraient aussi accroître leurs efforts en matière de contre-espionnage et, s’il le faut, mettre en place un système de sanctions secondaires pour bloquer l’acheminement par la petite porte, vers les pays concurrents, de ces technologies.      

« Les membres de l’OTAN ont besoin d’un cadre plus complet pour réglementer le commerce des technologies sensibles avec leurs rivaux », écrit-elle. « Les États ont besoin d’instruments et de ressources pour mieux faire respecter les restrictions, et ils devraient notamment mettre en œuvre des sanctions secondaires à l’encontre des pays qui facilitent ce commerce (...) [car] les contrôles commerciaux se révèlent inutiles si les contrevenants gardent le sentiment de pouvoir agir en toute impunité ».

Les semi-conducteurs jouent un rôle déterminant dans la concurrence technologique et les Alliés doivent évaluer les dépendances et les risques relatifs à la chaîne d’approvisionnement vis-à-vis de la Chine dans ce domaine, relève le législateur islandais Njall Trausti Fridbertsson dans l’avant-projet de rapport qu’il a présenté à la STC.  

« La Chine apparaît de plus en plus comme une puissance susceptible de remettre en question la supériorité technologique de l’OTAN », écrit-il avant d’ajouter que Pékin « affiche des ambitions et mène des politiques coercitives qui sont contraires aux intérêts, à la sécurité et aux valeurs de l’Alliance ». M. Fridbertsson rappelle qu’« [i]l est donc capital, sous l’angle économique et sécuritaire, de maintenir une position dominante dans la technologie des semi conducteurs et d’assurer l’intégrité des chaînes de valeur intervenant dans la conception, la fabrication, le conditionnement et la distribution de ces puces ».

L’intégration de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire est une tendance « irréversible » synonyme de défis comme de perspectives d’avenir pour les Alliés, signale le parlementaire luxembourgeois Sven Clement. Dans son avant-projet de rapport présenté à la STC, il recommande ainsi aux gouvernements et aux parlementaires des pays de l’Alliance : de poursuivre l’élaboration de normes pour une utilisation éthique de l’intelligence artificielle, et, pour ce faire, d’intensifier les échanges avec les acteurs externes ; d’appuyer la création d’un écosystème d’innovation pour mettre l’IA à la disposition des forces armées ; et de mieux faire connaître le rôle de l’intelligence artificielle afin d’en renforcer la légitimité et pour que soit acceptée une augmentation des investissements dans ce domaine.

Des considérations analogues interviennent, étant donné l’utilisation de la biologie synthétique à des fins de sécurité et de défense. « La biologie synthétique offre de nouvelles possibilités aux forces armées dans des domaines tels que le stockage et la production d’énergie, la création de matériaux et le perfectionnement de matériaux avancés, la détection, les traitements médicaux et l’amélioration humaine », indique le député au Bundestag Joe Weingarten. « [I]l est nécessaire d’équilibrer la hiérarchisation des opportunités et des menaces liées à la biologie synthétique. Les mesures de préparation et d’atténuation des risques requises ne doivent pas occulter les opportunités de cette technologie », ajoute-t-il.
 

 

Lire aussi

SEE MORE