À son sommet de Washington, l’OTAN devra intensifier son soutien à l’Ukraine et renforcer ses propres capacités de défense

26 mai 2024

SOFIA (Bulgarie) – Dimanche, des parlementaires des 32 pays membres de l’OTAN ont estimé que celle ci devait saisir l’occasion du sommet de son 75e anniversaire pour, d’une part, accroître son soutien à long terme de l’Ukraine et, d’autre part, renforcer ses propres capacités afin de parer à la menace russe et à d’autres périls pesant sur la sécurité du monde.

S’exprimant devant l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, qui tient sa session de printemps à Sofia, Marcos Perestrello (Portugal) a déclaré : « La conjoncture géopolitique est sans doute plus problématique qu’elle ne l’a jamais été depuis la seconde guerre mondiale. (...) Nous sommes entrés dans une ère d’insécurité mondiale ».

« Les enjeux sont très élevés et l’heure n’est plus aux demi-mesures », a-t-il ajouté. 
« En mettant en chantier un ambitieux programme de consolidation de la dissuasion et de la défense de l’OTAN et en apportant à l’Ukraine toute l’aide dont elle a besoin, nous réduirions de facto les risques d’une guerre qui impliquerait les pays alliés ».

De l’avis de Tomas Valasek (Slovaquie), qui a rédigé un avant-projet de rapport pour la commission politique de l’Assemblée, les participants au sommet anniversaire qui se déroulera à Washington du 9 au 11 juillet doivent réaffirmer leur détermination à soutenir l’Ukraine « jusqu’à la victoire finale, signalant ainsi à Vladimir Poutine qu’il aurait tort de compter sur une lassitude de l’Ouest ».

L’OTAN doit aider l’Ukraine, certes, mais elle doit aussi consolider ses propres défenses, ce qui suppose en particulier que les Alliés européens redoublent d’efforts afin d’atteindre les objectifs fixés pour les dépenses de défense et qu’ils convertissent «[la] hausse de [ces dépenses] en capacités militaires bien réelles ». Les pays alliés doivent augmenter les effectifs de leurs forces armées, combler les manques de matériel d’importance majeure et accélérer le rythme de production de leurs industries de la défense. « L’Europe doit poursuivre ses efforts », a insisté le rapporteur.

Le journaliste d’investigation Christo Grozev a mis en lumière la menace hybride que la Russie laisse planer sur la démocratie occidentale par le biais de la désinformation, des attaques cybernétiques, du sabotage et de bien d’autres manœuvres de déstabilisation. « La Russie s’estime en guerre contre l’Ouest », a affirmé M. Grozev aux parlementaires dans une intervention en visioconférence. « Si les pays occidentaux ne comprennent pas collectivement qu’une guerre de l’information leur a été ouvertement déclarée, il leur sera impossible de riposter efficacement ».

M. Grozev a ajouté que les pays membres de l’OTAN devaient adopter d’urgence une réponse qui soit à la hauteur des circonstances, notamment en sanctionnant plus durement les propagateurs russes de fausses informations, en contrôlant plus strictement les campagnes de déstabilisation menées sur les réseaux sociaux et en investissant davantage dans la coordination des actions de contre-renseignement.

Indépendamment de la menace russe, le sommet de Washington devrait doter l’OTAN d’un état de préparation optimal face aux autres défis engendrés par « l’instabilité de la sécurité mondiale » : M. Valasek a cité à ce propos le révisionnisme chinois, le terrorisme international, l’expansion des technologies de rupture et le changement climatique. À Washington, il conviendrait également d’aller de l’avant quant à l’ouverture d’un centre pour la résilience démocratique au siège de l’OTAN.

L’avant-projet de rapport recommande en outre aux dirigeants de l’OTAN de confirmer que la progression de l’Ukraine sur la voie de l’accession à l’Alliance est « irréversible » et qu’elle se poursuivra une fois les critères pertinents satisfaits. Le chef de la délégation de l’Ukraine auprès de l’Assemblée, Yehor Cherniev, a fait le point sur l’avancement des travaux menés à cet effet, dont le renforcement du contrôle démocratique des forces armées, l’harmonisation de la législation avec les traités de l’OTAN, ou encore, la réforme des procédures d’acquisition de matériels militaires.

« Nous comprenons », a dit M. Cherniev, « que notre avenir dépend de nos efforts : nous devons évidemment avoir à l’esprit le présent, la situation sur le champ de bataille, mais aussi notre avenir à l’intérieur d’entités comme l’OTAN ou l’Union européenne ». 

Par ailleurs, M. Cherniev a informé la commission politique des derniers événements survenus sur les lignes de front, dont le bombardement par les Russes d’un centre commercial de Kharkiv samedi dernier, bombardement qui a coûté la vie à au moins douze civils. Ce genre de tragédie pourrait être évité, a ajouté l’intervenant, si les forces ukrainiennes disposaient d’un plus grand nombre de systèmes de défense aérienne occidentaux et si les restrictions à l’emploi sur le sol russe des armes fournies par l’Ouest étaient levées.

« La frappe a été exécutée par un appareil en provenance de l’espace aérien russe ; nous n’avons pas pu l’abattre, faute d’autorisation d’utiliser des armes occidentales sur le territoire russe », a précisé M. Cherniev. Ces mêmes restrictions ont également gêné les troupes ukrainiennes dans leur réaction à l’offensive terrestre russe dans la région de Kharkiv.

L’agression déclenchée illégalement par la Russie contre l’Ukraine a aggravé les risques courus par d’autres États européens non membres de l’OTAN, a fait remarquer Ana Maria Catauta, à commencer par la République de Moldova, la Géorgie et la Bosnie Herzégovine. L’OTAN devrait approfondir ses relations avec ces trois pays pour les aider à faire pièce aux menaces – parmi lesquelles les manœuvres d’intimidation orchestrées par Moscou – qui visent leurs institutions démocratiques.

Dans un avant-projet de rapport rédigé pour la commission politique, Mme Catauta a  souligné que « rassurer ces trois partenaires les conforte dans leurs aspirations et renforce la résilience de toute la communauté euro-atlantique face aux menaces autoritaristes ».

Le projet de loi géorgien sur la « transparence de l’influence étrangère » a suscité un vaste débat au sein de la commission politique. Dans la déclaration qu’elle a publiée dimanche matin, l’Assemblée a qualifié ce texte « mesure rétrograde à l’endroit de la démocratie géorgienne », ajoutant qu’il « [allait] à l’encontre des aspirations [de la Géorgie] à rejoindre aussi bien l’OTAN que l’Union européenne et des valeurs auxquelles ces dernières sont attachées ».

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