À Stockholm, les membres de l’AP-OTAN expriment tout leur soutien envers les pays partenaires dangereusement exposés

31 octobre 2023

Face à la détérioration de la situation actuelle, la coopération entre l’Alliance et ses partenaires les plus vulnérables doit rester solide pour surmonter les défis de sécurité et défendre les valeurs et intérêts communs. « Ces partenaires dangereusement exposés sont en première ligne dans la lutte pour la protection des idéaux démocratiques qui nous unissent. En tant qu’Alliance, leur apporter notre aide n’est pas qu’une simple possibilité ; c’est une nécessité vitale », a déclaré Mimi Kodheli, ancienne vice-présidente de l’AP-OTAN, dans son discours inaugural. En retour, les Alliés doivent étudier les différentes expériences de leurs partenaires et en tirer des enseignements pour savoir réagir face à des menaces similaires. Telles ont été les conclusions du séminaire Rose-Roth organisé par l’Assemblée parlementaire de l’OTAN à Stockholm (Suède) les 23 et 24 octobre derniers et auquel ont assisté 60 parlementaires issus de 20 pays membres et partenaires de l’OTAN.

Actuellement, il ne fait aucun doute que les principales menaces contre la sécurité euro-atlantique et les principes démocratiques sous-jacents émanent d’Ukraine. La guerre brutale et illégale menée par la Russie contre l’Ukraine est la cause d’une profonde souffrance humaine et représente une violente agression contre les principes les plus chers à la démocratie, a déclaré Jessika Roswall, ministre suédoise des affaires européennes. Rappelons qu’après la nouvelle invasion de l’Ukraine par la Russie, la Suède, comme la Finlande, a pris le parti de revoir sa copie en matière de politique étrangère en vue de devenir prochainement le 32e pays membre de l’OTAN. La détermination sans faille du peuple ukrainien face à cette agression est une véritable source d’inspiration. Ils se battent « pour la sécurité et la liberté de leur pays mais aussi pour toute l’Europe », a rappelé l’ancien premier ministre suédois Carl Bildt.

Défendre la sécurité et les valeurs communes nécessite une réponse collective. Les Alliés et leurs partenaires ont fourni à l’Ukraine une assistance militaire, financière et humanitaire à grande échelle. Cette assistance doit être renforcée et prolongée dans le temps jusqu’à ce que l’Ukraine l’emporte. L’amiral Rob Bauer, président du comité militaire de l’OTAN, a rappelé l’importance des enjeux, faisant remarquer que « si la Russie met fin aux combats en Ukraine, la guerre est terminée. Mais si l’Ukraine cesse de se battre, le pays est perdu. Nous avons donc l’obligation morale de soutenir l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra ». Galyna Mykhailiuk, membre de la délégation ukrainienne à l’AP-OTAN, a elle aussi insisté sur ce point. Selon elle, l’Ukraine a besoin de recevoir des armes dès que celles-ci sont prêtes à être livrées afin de repousser l’agression russe à un tournant de la guerre.

La Suède contribue à cet effort. « Soutenir l’Ukraine est une décision juste et stratégique », a déclaré Pål Jonson, ministre suédois de la défense. Il estime que les enjeux de cette guerre sont colossaux, car une victoire de la Russie serait catastrophique pour l’Ukraine, la sécurité euro-atlantique et l’ordre international fondé sur des règles. Stockholm entend aider l’Ukraine jusqu’à la victoire finale de celle-ci. Comme l’a fait remarquer Julia Kronlid, vice-présidente du Riksdag, « plus que jamais, le parlement suédois condamne l’invasion de l’Ukraine par la Russie et offre tout son soutien à l’Ukraine ».

L’Ukraine reste fermement déterminée à rejoindre l’OTAN, a déclaré Mme Mykhailiuk aux membres présents. Engagée dans une guerre existentielle contre le puissant agresseur russe, elle a su se montrer à la hauteur des enjeux. Cette épreuve a galvanisé la société ukrainienne autour de l’urgence à se conformer aux exigences de défense nationale dans une période de crise profonde.

Toutefois, l’intensité des combats, les bombardements à l’aveugle par la Russie et les champs de mines laissés dans le sillage des forces russes dans l’est de l’Ukraine ont eu des conséquences dramatiques pour le peuple ukrainien. Pour aider à la reconstruction du pays, les Alliés et leurs partenaires devront poursuivre leur assistance financière et humanitaire à long terme. Mme Mykhailiuk a également abordé la question des crimes de guerre largement perpétrés par les forces russes en Ukraine, y compris la déportation de plusieurs milliers d’enfants ukrainiens. Plusieurs intervenants ont exhorté les Alliés et leurs partenaires à aider l’Ukraine à traduire en justice les dirigeants russes et bélarussiens responsables de ces crimes.

Les conséquences de la guerre de la Russie – insécurité alimentaire croissante, enjeux énergétiques, risques nucléaires et progression des inégalités, entre autres – se ressentent non seulement en Europe et en Amérique du Nord, mais aussi dans le reste du monde, a insisté François Voeffray-Peyro, ambassadeur de la Suisse en Suède. La Géorgie, la Bosnie-Herzégovine, la République de Moldova et les autres partenaires de l’OTAN dans la zone euro-atlantique en subissent également les conséquences. Le comportement inacceptable et délétère de Moscou a amplifié les menaces auxquelles ils sont confrontés, en particulier dans le domaine hybride.

Comme avec l’Ukraine, il est indispensable d’apporter un soutien politique et pratique à la Géorgie, la Bosnie-Herzégovine et la République de Moldova, a déclaré Tobias Billström, ministre suédois des affaires étrangères. La Suède possède une solide expérience en matière de résilience sociétale dont elle peut faire bénéficier ces partenaires – ainsi que les pays membres de l’OTAN – souhaitant renforcer leur propre résilience. Comme l’ont fait remarquer Charlotte Petri Gornitzka, directrice générale de l’agence suédoise des contingences civiles, et Magnus Hjort, directeur général de l’agence de défense psychologique, renforcer la résilience sociétale et démocratique nécessite l’adoption d’une approche globale impliquant la société dans son ensemble et plus orientée vers la défense psychologique.

Cible d’une agression directe de la part de la Russie, la Géorgie maintient sa candidature officielle à l’OTAN formulée il y a 20 ans. Faisant état des progrès réalisés par son pays depuis le sommet de l’OTAN de Bucarest en 2008, Lasha Darsalia, premier vice-ministre géorgien des affaires étrangères, a rappelé que la Géorgie avait renforcé son interopérabilité avec l’OTAN et contribué à la défense collective. Malgré sa petite taille et ses capacités limitées, elle contribue considérablement à la sécurité européenne et de la mer Noire. Elle est également traversée par des voies de transit indispensables pour réaliser les ambitions européennes de diversification des fournisseurs énergétiques.

La Bosnie-Herzégovine a elle aussi avancé sur le chemin de l’intégration euro-atlantique. Le pays se confronte cependant à des défis énergétiques et économiques colossaux, et sa sécurité est en proie à des menaces complexes, a souligné Slaven Galic, vice-ministre bosnien de la défense. Ces enjeux seront abordés plus en détail à l’occasion du deuxième séminaire Rose-Roth de l’AP-OTAN de l’année, qui se tiendra à Sarajevo, Bosnie-Herzégovine, du 14 au 16 novembre prochains.

L’invasion totale de l’Ukraine par la Russie a eu des effets retentissants en République de Moldova. Comme l’a expliqué Florent Parmentier, secrétaire général du centre de recherches politiques de Sciences Po Paris (CEVIPOF), le pays a réévalué l’intégralité de ses relations avec la Russie et renforcé ses aspirations européennes. L’invasion a souligné l’importance pour la République de Moldova de resserrer ses liens avec l’Union européenne et l’OTAN dans un souci croissant de renforcer sa propre sécurité, d’écarter les menaces potentielles et de protéger les valeurs démocratiques.

La coopération entre l’OTAN et ses partenaires n’a jamais été aussi forte, a déclaré Gerlinde Niehus, directrice adjointe de la direction coopération en matière de défense et de sécurité, division opérations de l’OTAN. C’est aussi l’avis de Judith Gough, ambassadrice du Royaume-Uni en Suède, pour qui « la solidité des partenariats de l’OTAN est indispensable pour relever les défis actuels ». Tanya Hartman, cheffe de la section politique orientale au sein de la division affaires politiques et politique de sécurité de l’OTAN, tempère ces propos en faisant remarquer que, pour renforcer la sécurité des pays partenaires et répondre à leurs besoins socio-économiques, les Alliés doivent œuvrer en priorité avec les organisations internationales qui partagent leurs valeurs, comme l’Union européenne. L’OTAN et l’UE sont parvenues à maintenir un front uni face à l’agression russe sans précédent. Les deux organisations travaillent en étroite collaboration pour aider l’Ukraine et coordonner l’assistance qu’elles fournissent aux autres nations partenaires, a constaté Cosmin Dobran, directeur de l’approche intégrée pour la sécurité et la paix au service européen pour l’action extérieure. Darko Stancic, directeur adjoint et chef de la division Europe et Asie centrale au DCAF, a insisté sur le fait que les pays et les organisations partageant les mêmes objectifs doivent communiquer sans ambiguïté le même message politique afin de « faire des valeurs et des normes des réalités institutionnelles concrètes ».

Dans le cadre du séminaire, les participants ont visité le Régiment des garde-côtes (Livgardet), où ils ont pu obtenir un aperçu des capacités opérationnelles des forces armées suédoises.

Le séminaire a été organisé par l’AP-OTAN en coopération avec le parlement suédois et avec le généreux soutien du département fédéral suisse de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), domaine politique de sécurité, et du centre de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité (DCAF). La promotion des échanges et d’une compréhension mutuelle entre les parlementaires des pays Alliés et partenaires constitue l’un des objectifs principaux des séminaires Rose-Roth. Ceux-ci entendent également aider les parlements partenaires à mettre au point des outils permettant un contrôle parlementaire efficace et démocratique de la défense et de la sécurité.


Photos © Melker Dahlstrand / Sveriges riksdag

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