Les parlementaires de l’OTAN soulignent la nécessité d’accélérer l’innovation dans le domaine de la défense et de se préparer à l’arrivée des armes hypersoniques

18 septembre 2020

Un lien à l'enregistrement vidéo de cette réunion est disponible en fin de communiqué 


L’avance technologique de l’OTAN dans le domaine militaire s’effrite rapidement, a averti Leona Alleslev (Canada), rapporteure spéciale de la commission des sciences et des technologies de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, lors d’une réunion en ligne le 17 septembre, qui a rassemblé 38 parlementaires des pays membres et partenaires de l’OTAN. 

Les adversaires de l’OTAN sont de plus en plus agiles et utilisent des technologies peu coûteuses, avec un effet extrêmement perturbateur. 

En présentant son projet de rapport sur l’innovation dans le domaine de la défense, la rapporteure spéciale a noté que le recul de l’avance des Alliés dans le domaine de la technologie militaire est en partie dû à la réduction antérieure du financement de l’innovation technologique militaire. Parallèlement, les concurrents directs rattrapent leur retard et la large disponibilité de technologies à visées commerciales offre aux acteurs non étatiques des capacités militaires significatives, a expliqué Leona Alleslev. 

L’adaptation de la technologie commerciale dans le secteur de la défense est devenue de plus en plus importante. Les programmes gouvernementaux ne sont plus les principaux moteurs du progrès technologique. Ce rôle est désormais assumé par le secteur privé, a-t elle expliqué. 

Les capacités des pays membres de l’OTAN restent inégalées dans de nombreux domaines de la recherche et de la technologie. Les Alliés se trouvent donc moins confrontés à une course à la technologie qu’à une course à l’adoption des nouvelles technologies. Pour combler le fossé entre les développements scientifiques et leur application et pour accélérer le processus d’adaptation de la technologie, Leona Alleslev a déclaré que les Alliés devaient développer une planification plus stratégique dans leur approche scientifique et technologique (S&T) et qui favorise une mentalité différente, innovante et avec une plus grande appétence aux risques. Elle a souligné en particulier la nécessité d’explorer des outils financiers pour les « fonds d’amorçage » qui accompagnent les démonstrations technologiques et les études rapides. Les pays alliés doivent également renforcer leur soutien au réseau S&T de l’OTAN qui, entre autres, favorise la cohérence, la collaboration, les économies d’échelle et l’efficacité des efforts nationaux. Qui plus est, les Alliés devraient mieux se coordonner pour ce qui est du contrôle des exportations de technologies, de la sélection des investissements, du vol de propriété intellectuelle et des restrictions à la collaboration avec des institutions liées aux forces armées ou posant d’autres problèmes en Chine et en Russie, a ajouté la parlementaire canadienne. Enfin, les Alliés doivent améliorer coopération et coordination des réponses politiques aux défis et aux opportunités que présentent les technologies émergentes.

Leona Alleslev a conclu en soulignant que, même si les Alliés ont fait des progrès notables pour améliorer l’innovation en matière de défense, d’autres avancées seront nécessaires pour retrouver l’avantage technologique et éviter de perdre de vue l’objectif et les ressources nécessaires. 

La commission a également discuté du projet de rapport intitulé Les armes hypersoniques : un défi technologique pour l’OTAN et ses pays membres ? présenté par Susan Davis (États Unis), rapporteure générale de la commission. La rapporteure a souligné qu’un nouveau type d’armes, capables se déplacer à plus de cinq fois la vitesse du son, constituait un nouveau défi pour l’OTAN. La combinaison de la vitesse et de la manœuvrabilité des missiles hypersoniques leur permet de contourner les défenses antimissiles existantes et de réduire considérablement les délais d’alerte pour tout acteur ciblé en raison de leurs trajectoires imprévisibles.

La Russie et la Chine ont fait de grands progrès dans leurs programmes d’armes hypersoniques. La Russie affirme qu’elle a commencé à déployer son système Avangard et, selon Susan Davis, il est très probable que des armes hypersoniques opérationnelles soient déployées d’ici la fin de 2020. Une autre préoccupation majeure est la diffusion des connaissances relatives à cette technologie à d’autres pays, comme l’Iran ou la Corée du Nord. 

Les armes tactiques hypersoniques réduisent considérablement les délais d’alerte en cas d’attaque éventuelle. Une arme hypersonique peut atteindre une cible à 2 000 km de distance en un temps plus ou moins équivalent à celui nécessaire à une arme subsonique pour atteindre une cible à 150 km de distance. La membre du Congrès américain a souligné que les armes hypersoniques pourraient être utilisées contre des infrastructures militaires et civiles européennes critiques et rendre le système de défense antiaérienne et antimissile intégré (IAMD) de l’OTAN inopérant. Les armes hypersoniques pourraient également être employées en vue de détruire des éléments critiques de l’architecture de l’IAMD de l’OTAN sans ou avec peu d’avertissement préalable car les délais de réaction pour les infrastructures ciblées sont plus courts.

Plusieurs Alliés de l’OTAN, dont les États-Unis en première ligne, développent également la technologie hypersonique. Les activités des États-Unis dans le domaine de l’hypersonique visent à produire des prototypes opérationnels qui pourraient être utilisés pour le développement ultérieur d’armes hypersoniques tactiques avancées. Contrairement à la Russie, les États-Unis n’envisagent ni ne développent actuellement d’armes hypersoniques à tête nucléaire. Pour l’heure, les efforts américains en matière d’armes hypersoniques donnent la priorité au développement de capacités de frappe conventionnelles de précision à courte et moyenne portée. Certains Alliés travaillent également sur des technologies visant à contrer les armes hypersoniques, comme un réseau de capteurs en orbite terrestre basse qui pourrait détecter tout missile hypersonique en approche.

« Les Alliés et l’OTAN en tant qu’organisation ne peuvent pas se permettre d’ignorer les progrès réalisés par la Russie, la Chine et d’autres pays dans le développement d’armes hypersoniques », a noté Mme Davis. Les Alliés doivent donc poursuivre et, si nécessaire, intensifier leurs propres efforts dans ce domaine. Une coopération étroite entre les programmes de recherche nationaux des Alliés devrait être encouragée et soutenue, en se concentrant, par exemple, sur l’échange de renseignements, la recherche et la conception. Selon la membre du Congrés, l’Organisation OTAN pour la science et la technologie (STO) peut contribuer à faire avancer la recherche sur la technologie hypersonique, notamment sur les systèmes de propulsion, les matériaux, le commandement et le contrôle, ainsi que sur les systèmes de guidage.

En outre, l’OTAN en tant qu’organisation devrait évaluer et discuter des implications des armes hypersoniques en matière de stabilité stratégique, de dissuasion, d’adoption de capacités, d’interopérabilité et de maîtrise des armements. Susan Davis a conclu en soulignant que l’OTAN devrait également aborder la question de la prolifération, par exemple, en cherchant à renforcer le régime de contrôle de la technologie des missiles.
 


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