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Tirana, dimanche 29 mai 2016 – La crise des réfugiés en Syrie est souvent décrite comme une tragédie sociale et humanitaire qui transforme le paysage politique de l’Orient et de l’Europe. Toutefois, selon le parlementaire islandais Ossur Skarphedinsson, rapporteur de la sous-commission de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN sur les relations économiques transatlantiques, les conséquences économiques des grandes vagues migratoires sont souvent sous-estimées et mal comprises
Dans un projet de rapport discuté samedi à la commission de l’économie et de la sécurité lors de la session de printemps de l’AP-OTAN qui se tient à Tirana, Albanie, M. Skarphedinsson a affirmé que l’Europe est confrontée à une série de problèmes de disponibilité de main-d’œuvre qui risquent, dans les prochaines décennies, de faire obstacle à la croissance économique. « Il existe un écart de plus en plus grand entre le nombre de retraités et le nombre de travailleurs en activité nécessaires au soutien d’un régime des retraites », a indiqué le rapporteur. « L’Europe doit trouver de nouveaux moyens d’ouvrir ses marchés de l’emploi, afin de permettre à un plus grand nombre de gens d’avoir un travail. » Offrir des emplois aux réfugiés et autres migrants pourrait être une solution, a-t-il ajouté.
Comme l’indique le projet de rapport, la vague de migrants qui afflue en Europe pourrait constituer non pas un fardeau, mais bien une opportunité économique. Cela nécessitera cependant la mise en œuvre de politiques bien étudiées pour s’assurer que cette main-d’œuvre potentielle s’intègre rapidement sur les marchés de l’emploi et de manière acceptable, tant sur le plan social que politique. Ce ne sera toutefois pas une tâche facile.
Plusieurs pays européens s’engagent néanmoins sur cette voie. La Suède et l’Allemagne se sont rendu compte que les réfugiés qui occupent un emploi représentent une charge beaucoup moins lourde que ceux qui sont contraints de vivre des largesses de l’État parce qu’ils n’ont pas légalement accès à un travail. Comme on peut le lire dans le rapport de M. Skarphedinsson, ces deux pays ont compris que lorsque les réfugiés ont le droit de travailler, ils sont en mesure de payer des impôts, et leur présence est donc plus susceptible de stimuler la croissance du PIB, tant du côté de l’offre que de la demande. De surcroît, le fait d’occuper un emploi est un facteur d’intégration sociale, ce qui réduit le risque d’aliénation, elle-même source potentielle de problèmes sociaux.
Si certains craignent que l’emploi des réfugiés ne tire localement les salaires vers le bas, peu d’indices permettent de prouver que ce soit le cas en Europe, où les rémunérations ne bougent pas beaucoup et où le nombre de réfugiés est trop faible pour avoir sur elles un véritable impact. Ce n’est pas le cas en revanche dans certaines régions du Liban, où les réfugiés représentent aujourd’hui pas moins d’un quart de la population. Dans ce pays, la plupart des réfugiés sont des travailleurs peu qualifiés qui font directement concurrence aux travailleurs libanais. Cela a entraîné une baisse des salaires, en particulier dans le secteur informel, et est venu s’ajouter aux autres problèmes liés aux réfugiés tels que la pénurie d’eau et de logements ainsi que des demandes auprès de services publics limités (notamment en matière d’éducation).
Un grand nombre des réfugiés vivant aujourd’hui en Europe – où les capacités d’accueil sont nettement plus importantes – sont susceptibles d’y rester un certain temps. La réponse qui sera apportée à la situation par les gouvernements européens déterminera en fin de compte les coûts qu’ils devront assumer. Il est recommandé aux gouvernements d’intégrer rapidement les nouveaux migrants et réfugiés sur le marché de l’emploi. Dans son rapport, M. Skarphedinsson suggère par conséquent que les gouvernements procèdent à une évaluation des compétences et mettent en place des programmes de formation adaptés aux besoins des nouveaux arrivants. Il leur est également conseillé de réduire, tout au moins temporairement, certaines exigences de qualifications excessivement strictes.
Dans un exposé présenté à la commission de l’économie et de la sécurité, Jean-Christophe Dumont, chef de la Division des migrations internationales à l’OCDE, a souligné que les coûts réels, pour l’Europe et l’Amérique du Nord, de l’accueil des réfugiés ont été négligeables compte tenu de la taille et du niveau de développement de ces économies. Il a précisé que peu de pays avaient dû procéder à d’importants ajustements budgétaires pour accueillir les très nombreux migrants arrivés l’an dernier ; en revanche, l’augmentation des dépenses publiques devrait avoir ponctuellement un impact sur la croissance du PIB tirée par la demande.
L’offre de possibilités de travail indépendant et l’allègement des exigences administratives pour les entreprises naissantes seraient également utiles ; cela permettrait en outre, dans de nombreux cas, d’introduire des changements de politique bienvenus sur un continent où les exigences administratives sont en partie responsables des taux de chômage élevés.
Enfin, les formations linguistiques et l’accès à l’éducation devraient faciliter l’intégration des migrants, tant sur le plan social qu’économique. Même si les réfugiés formés en Europe retournent dans leurs pays d’origine, conclut le rapport de M. Skarphedinsson, ils auront acquis des compétences qui peuvent être capitales pour la reconstruction nationale. En d’autres termes, comme l’a formulé Jean-Christophe Dumont : « L’intégration doit être abordée comme un investissement au service de la croissance économique à venir. »
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