Parlementaires de l’OTAN et Ministres turcs débattent autour de la tentative de putsch et de la riposte des autorités d’Ankara

19 novembre 2016

Istanbul, le 19 novembre 2016 – Samedi, des membres de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN ont interrogé des ministres turcs sur la tentative de putsch qui a ébranlé le pays en juillet dernier, ayant eu comme conséquences la mise à pied et l’arrestation de dizaines de milliers de personnes.

Tout en exprimant leur solidarité à l’égard du gouvernement et du peuple turcs, qui ont résisté à la tentative de putsch ayant fait plus de 240 morts, plusieurs parlementaires se sont dits préoccupés par les multiples licenciements, suspensions ou arrestations d’enseignants, de membres de l’opposition, de fonctionnaires, de juges, de journalistes et de militaires.

« Nous concevons qu’un fait aussi traumatisant exige une réaction forte », a déclaré Salima Belhaj (Pays-Bas), « mais (...) le traitement réservé au concept de l’État de droit en Turquie nous inquiète ».

Mme Belhaj et d’autres membres de l’AP-OTAN ont assailli de questions le ministre de la Justice, Bekir Bozdağ, quand celui-ci s’est adressé à la commission sur la dimension civile de la sécurité de l’Assemblée. M. Bozdağ a souligné que la riposte à la tentative de putsch des autorités turques était conforme à la loi.

Les ministres turcs ont déploré la lenteur avec laquelle les Alliés ont condamné la tentative de putsch du 15 juillet ; ils ont aussi demandé aux pays occidentaux d’aider davantage la Turquie à lutter contre le terrorisme, à renforcer ses défenses et à gérer les quelque 3 millions de réfugiés, pour la plupart d’origine syrienne ou iraquienne, qui sont venus chercher refuge sur son territoire.

« Nous ne voyons pas de solidarité de la part de la communauté internationale », a dit M. Bozdağ. « C’est une immense déception ».

Le ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a indiqué que la Turquie jouait un rôle crucial pour la sécurité des flancs sud et est de l’OTAN et qu’elle attendait de l’Alliance des mesures de réassurance supplémentaires. « L’OTAN doit aussi tenir ses promesses (...) de telle sorte que tous ses membres puissent se sentir en sécurité sur les flancs est et sud », a dit le ministre à la commission politique de l’Assemblée. « C’est la raison pour laquelle nous demandons à l’OTAN d’agir. »

Les parlementaires de l’OTAN ont dit avoir conscience du rôle plus important qui incombait à la Turquie compte tenu du conflit dont la Syrie voisine était le théâtre, et des efforts qu’elle déployait pour venir à bout de la crise des réfugiés, mais les mesures prises dans le prolongement de la tentative de putsch ont fait l’objet d’interrogations réitérées.

« Nous savons gré à la Turquie de son soutien indéfectible à l’OTAN », a dit Lord Hamilton of Epsom (Royaume-Uni), « mais nous avons bien l’impression, au Royaume-Uni, que la riposte [à la tentative de putsch] a été quelque peu disproportionnée. (...) Il faut qu’un équilibre s’instaure entre les libertés individuelles de nos concitoyens et la sécurité de l’État. »

Les parlementaires de l’OTAN ont, par ailleurs, interpelé les ministres turcs à propos des droits des femmes en Turquie, des relations entre le pays et l’Union européenne et de la liberté de la presse. Ils se sont notamment inquiétés de la levée de l’immunité parlementaire d’un certain nombre de députés turcs.

« L’OTAN n’est pas simplement une alliance militaire, c’est aussi une alliance mue par des valeurs communes à ses membres, la défense des droits humains, des libertés », a dit Ulla Schmidt (Allemagne). « Si les médias qui se montrent critiques vis-à-vis des autorités sont, les uns après les autres, confrontés à de terribles difficultés, s’ils sont fermés, si des journalistes sont arrêtés, cela nous préoccupe aussi. »

À la conférence de presse qu’ils ont tenue conjointement plus tôt dans la journée, Michael R. Turner, président de l’Assemblée, et Osman Aşkın Bak, chef de la délégation de la Turquie auprès de cette dernière, ont souligné combien cette session d’Istanbul était importante et opportune. « Cette session revêt une signification spéciale pour nous » parce qu’elle donne à de hauts responsables turcs l’occasion d’exposer leur point de vue sur l’OTAN et d’expliquer aux parlementaires ce qui s’est passé durant les quatre mois qui se sont écoulés depuis la tentative de putsch, a indiqué M. Bak. Pour sa part, M. Turner a exprimé son soutien à la Turquie dans la lutte qu’elle mène contre le terrorisme et dans ses efforts pour accueillir sur son sol quelque 3 millions de réfugiés syriens, tout en se remettant du putsch manqué. « Tenir cette session à Istanbul est une autre façon de manifester notre solidarité avec la Turquie et son peuple et de dire que nous sommes conscients du traumatisme engendré », a déclaré le président de l’Assemblée, qui a ajouté : « Nous sommes ici pour soutenir la démocratie turque. (…) Solidarité et démocratie vont de pair. Ce sont des valeurs partagées par les pays membres

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