Le concours de l’occident est sollicité pour surmonter la lassitude des Balkans et éviter la déstabilisation de la région.

27 mars 2017

27 mars 2017 - Plusieurs pays des Balkans occidentaux traversent une crise politique et économique grave qui complique leurs relations avec l’Union européenne et l’OTAN. À l’heure où la première motivation pour la mise en œuvre de réformes reste l’intégration euro-atlantique, l’Union européenne connait une crise identitaire qui, aux yeux de nombreux citoyens de la région, semble réduire les possibilités d’adhésion. Cette situation ouvre la voie aux mouvements nationalistes et sectaires qui pourraient en profiter pour bloquer les réformes, miner les efforts d’adhésion et raviver des tensions très anciennes dans la région.

Ce thème était au cœur d’un séminaire de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN tenu du 21 au 23 mars à Sarajevo et auquel participaient les parlementaires des États membres, associés et observateurs de l’AP-OTAN, y compris des législateurs de tous les pays des Balkans occidentaux.

Les difficultés auxquelles la Bosnie-Herzégovine est confrontée illustrent cette inquiétante dynamique. Srecko Latal, un analyste politique indépendant, a déclaré aux participants que le pays souffrait gravement de l’inefficacité des institutions, du népotisme, du dysfonctionnement des médias et de la faiblesse de la société civile.

L’analyse de la générale de brigade Giselle Willz, commandante de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine était plus positive. Elle a déclaré que le pays avait incontestablement bénéficié de son partenariat avec l’OTAN et qu’il avait entrepris des réformes essentielles de ses institutions de défense, notamment la réalisation du premier examen exhaustif de la défense et la création d’unités multiethniques respectant les normes de l’OTAN en la matière. En revanche, l’incapacité à fournir un registre des propriétés militaires empêche de passer à l’étape suivante et d’activer le plan d’action pour l’adhésion.

La politisation de la question des propriétés militaires est la véritable cause de ces retards, même si des raisons techniques peuvent être invoquées. Aucune propriété militaire n’a été enregistrée dans l’entité serbe, la Republika Srpska. Nedeljko Cubrilovic, président du parlement de la Republika Srpska, a indiqué que la population de cette région s’opposait au projet d’adhésion à l’OTAN. Mladen Ivanic, l’actuel président de la présidence collégiale de Bosnie-Herzégovine, élu par la Républika Srpska, a déclaré que la Bosnie-Herzégovine « devrait demander l’adhésion à l’OTAN à condition que tous les pays des Balkans la rejoignent », ce qui n’est pas envisageable dans l’avenir proche. Néanmoins, l’activation du plan d’action pour l’adhésion fait l’objet d’un consensus parmi les dirigeants du pays.

Les réformes sont au point mort dans l’ensemble de la région, ce qui s’explique notamment par les troubles politiques intérieurs. En ex-République yougoslave de Macédoine*, le président refuse de confier un mandat à la coalition de partis qui constituent pourtant une majorité claire, bien que l’UE et l’OTAN aient signalé que l’action du président allait à l’encontre de la bonne gouvernance. Le gouvernement est dans l’impasse dans ce pays. Dans le même temps, au Monténégro, l’opposition boycotte le parlement. Les relations entre Belgrade et Pristina sont de plus en plus tendues ; les autorités kosovares annoncent qu’elles veulent créer une armée régulière, une initiative qui, d’après l’OTAN, mettrait en péril la coopération avec l’Alliance. La Serbie refuse de coopérer avec le Kosovo dans de nombreux domaines et, selon Marta Szpala, membre éminente du Centre for Eastern Studies de Varsovie, ni l’UE ni les États-Unis n’ont fait suffisamment d’efforts pour aider les parties à surmonter ces dissensions.

Plusieurs intervenants ont suggéré que la Russie pouvait et devait jouer un rôle de stabilisation dans les Balkans occidentaux, aux côtés de l’UE et des États-Unis. Néanmoins, la Russie a plutôt eu tendance à mettre de l’huile sur le feu en vue de compliquer l’intégration à l’UE et à l’OTAN. Savo Kentera, président du Conseil atlantique du Monténégro, a accusé directement la Russie de chercher à déstabiliser son pays afin de l’empêcher d’adhérer à l’OTAN. La Russie a également utilisé la question du Kosovo pour renforcer son influence en Serbie. Elle a utilisé ses investissements de façon stratégique afin de maintenir son ascendant et il est généralement admis qu’elle soutient des parties et des mouvements anti-OTAN et anti-UE dans la région.

Milos Popovic, du Belgrade Centre for Security Policy, a déclaré que, dans la mesure où les perspectives économiques sont mauvaises, nombre d’entre eux sont la proie de la démagogie et de la désinformation. M. Popovic a indiqué que, d’après un récent sondage, seuls 9 % des Serbes voteraient en faveur de l’adhésion à l’OTAN.

Du 21 au 23 mars, des parlementaires des États membres, associés, membres associés méditerranéens et observateurs de l’AP-OTAN se sont réunis en Bosnie-Herzégovine pour le 94e séminaire Rose-Roth. Le séminaire, qui se tenait pour la quatrième fois à Sarajevo, s’intitulait « Les Balkans occidentaux : enjeux de la transition, aspirations européennes et liens avec la région MOAN », et a été organisé conjointement avec les membres du Groupe Spécial Méditerranée et Moyen-Orient de l’AP-OTAN.


[1] * La Turquie reconnaît la République de Macédoine sous son nom constitutionnel.

Lire aussi

    No related articles