LJUBLJANA – Les pays membres de l’Alliance atlantique ne doivent pas accepter un accord de paix qui serait conclu à la hâte en Ukraine car il porterait atteinte à la souveraineté du pays et récompenserait l’agresseur russe, a souligné avec insistance, samedi, l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN).
Un rapport adopté par la commission politique (PC) de l’AP-OTAN examine comment obtenir une paix juste et durable en Ukraine. Tout en se félicitant des efforts diplomatiques en cours, son autrice souligne que tout accord devra s’appuyer sur des garanties de sécurité substantielles.
« [Les initiatives diplomatiques] devraient viser la paix, et non la conciliation. S’il est permis à la Russie, qui est l’agresseur, d’atteindre ses objectifs, alors cela sera synonyme de défaite stratégique non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour l’Europe et pour toute la communauté des nations démocratiques », affirme avec insistance Simona Flavia Malpezzi, la législatrice italienne ayant établi ce rapport.
Au-delà de ces garanties, tout accord de paix doit viser à défendre la souveraineté et le choix démocratique de l’Ukraine, à pas reconnaître les annexions illégales auxquelles la Russie a procédé, à faire en sorte que les auteurs de crimes de guerre soient traduits en justice et à assurer le retour des enfants qui ont été enlevés, ajoute Mme Malpezzi.
L’Ukraine est l’un des principaux thèmes de la session annuelle de l’Assemblée, qui se tient cette année à Ljubljana (Slovénie).
La ministre slovène des affaires étrangères et européennes, Tanja Fajon, s’est félicitée des efforts déployés par les États-Unis et l’Europe pour obtenir une paix juste et durable en Ukraine.
« Les attaques continues perpétrées par la Russie contre les civils et les infrastructures montrent qu’elle a choisi la voie de l’escalade plutôt que celle de la paix. Nous devons rester unis et fermes dans nos principes et appuyer l’Ukraine, tout en continuant à faire pression sur la Russie pour qu’elle mette fin à cette agression », a-t-elle indiqué à la PC.
Le premier vice-président du Parlement ukrainien, Oleksandr Korniyenko, a informé les parlementaires des derniers développements en Ukraine.
« La Russie poursuit ses frappes quotidiennes de missiles et de drones contre nos infrastructures critiques, nos installations gazières et énergétiques, nos villes et nos ports. C’est la raison pour laquelle l’Ukraine a besoin de toute urgence que votre soutien soit maintenu – pour protéger nos infrastructures énergétiques avant l’hiver », a prévenu M. Korniyenko.
Les parlementaires ont approuvé un rapport établi par Yehor Cherniev, chef de la délégation ukrainienne auprès de l’AP-OTAN, dans lequel il est indiqué que la Russie compte poursuivre sa guerre illégale dans l’espoir que « s’érode » le consensus occidental autour du soutien à apporter à Kyiv.
« La capacité de résistance de Kyiv repose sur un appui extérieur ininterrompu, sur l’expansion continue de sa base industrielle de défense et sur le renforcement rapide des systèmes de défense aérienne et antimissile, qui peuvent briser les attaques air-sol hybrides menées par la Russie », a conclu M. Cherniev.
Ce dimanche, l’Assemblée devrait adopter un projet de résolution aux fins de réaffirmer son soutien indéfectible en faveur de l’Ukraine et de réitérer sa volonté d’obtenir une paix juste et durable.
Les législateurs ont souligné que les Alliés avaient répondu à l’agression russe par le renforcement de leur dissuasion et de leur défense, mais que l’OTAN ne dispose toujours pas d’une stratégie globale vis-à-vis de la Russie.
Les membres de la commission de la défense et de la sécurité (DSC) ont adopté un projet de rapport établi par la sénatrice canadienne Rebecca Patterson, qui étudie les possibilités d’une future stratégie OTAN vis-à-vis de la Russie.
« Nous ne pourrons pas normaliser nos relations avec la Russie tant qu’il n’y aura pas de paix juste et durable en Ukraine », a fait valoir Mme Patterson lors de la présentation de son rapport.
Néanmoins, note-t-elle dans celui-ci, l’engagement en matière de maîtrise des armements pourrait continuer de faire partie du programme de l’OTAN pour l’après-guerre, ce qui serait le signe que l’Alliance ne recherche ni l’escalade ni le conflit direct.
« Débattre des questions de maîtrise des armements avec la Russie ne constitue pas un acte d’altruisme ou une concession, c’est un moyen de renforcer la sécurité des Alliés », souligne-t-elle dans son rapport.
Autre priorité de la future stratégie de l’OTAN : la lutte contre l’influence malveillante de la Russie dans la région de la mer Noire, devenue l’un des théâtres où cristallisent les rivalités géopolitiques.
Dans le rapport qu’il a présenté à la commission de l’économie et de la sécurité (ESC), le parlementaire hongrois Tamás Harangozó expose les intentions de Moscou de disposer d’un accès aux ressources essentielles et de prendre le contrôle des voies maritimes en mer Noire.
« Moscou continue d’exercer une pression notable sur les pays bordant la mer Noire, qui se concrétise par des occupations militaires, de la coercition économique, du chantage énergétique et une guerre hybride », rappelle le rapport.
La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a déjà bouleversé la région et a de profondes répercussions sur la sécurité régionale, le commerce mondial et les chaînes d’approvisionnement en énergie. Assurer la survie d’une Ukraine forte et stable, que des garanties de sécurité substantielles viendraient étayer, est donc essentiel. Faute d’agir en ce sens, l’instabilité ne pourra qu’y être attisée, ont prévenu les parlementaires.
« Les deux organisations [l’OTAN comme l’Union européenne] peuvent concourir à accroître la stabilité de la mer Noire, à maintenir l’ouverture des voies commerciales, à renforcer les chaînes d’approvisionnement, à assurer la circulation de l’énergie, des denrées alimentaires et des autres produits de base et à créer les conditions d’une prospérité et d’une résilience futures à l’échelle régionale face aux pays qui poursuivent de dangereux projets impériaux », conclut le rapport.
Si l’Assemblée est, sur le plan institutionnel, distincte de l’OTAN, elle constitue un trait d’union essentiel entre cette dernière et les parlements de ses pays membres. Elle assure une plus grande transparence des politiques de l’OTAN et permet aux législateurs et aux citoyens de l’Alliance de mieux en percevoir les objectifs et les missions. En 2025, l’Assemblée célèbre 70 ans de diplomatie parlementaire.
Contact presse : press@nato-pa.int
Photos © NATO PA | ©National Assembly - Matija Sušnik
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