Rebecca PATTERSON (Canada)
12 octobre 2025
Ce rapport a été adopté par la commission de la défense et de la sécurité lors de la 71e session annuelle tenue à Ljubljana, en Slovénie.
Alors que la fin de la guerre froide avait permis de grandes avancées en matière de coopération entre l’OTAN et la Russie, les relations entre les deux parties ont enregistré une dégradation brutale. Elles semblent même, depuis 2022, avoir atteint un point de non-retour puisque les rapports se limitent aujourd’hui à l’échange de communications basiques entre forces armées. En effet, l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie a poussé les Alliés à apporter les modifications les plus fondamentales jamais introduites depuis des décennies à leur politique de dissuasion et de défense. Ceux-ci ont renforcé leur flanc oriental de manière substantielle et ils ont élaboré pour l’Europe de nouveaux plans régionaux de défense – initiatives nécessitant de nouvelles contributions et de nouveaux investissements importants visant à décourager toute nouvelle agression potentielle de la Russie. Lors du sommet 2025 de La Haye, les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OTAN ont adopté leurs objectifs les plus ambitieux à ce jour en matière de dépenses de défense, portant les seuils applicables à ces dernières à 5 % du PIB, dont 3,5 % consacrés aux besoins ayant trait à la défense proprement dite et 1,5 % aux investissements liés à la sécurité. Les Alliés ont également décrété des mesures visant à redynamiser et à élargir la base industrielle de défense transatlantique en vue d’accroître considérablement la production et de l’aligner ainsi sur les exigences des nouveaux plans de défense de l’OTAN.
Dans leur concept stratégique en 2022, les Alliés ont déclaré sans ambages que la Fédération de Russie représentait la menace la plus importante et la plus directe pour leur sécurité. Dans ce contexte diplomatique tendu, la Russie a initié une nouvelle forme dangereuse de guerre larvée en recourant, partout dans l’Alliance, à des tactiques de guerre hybride toujours plus nombreuses visant à semer la discorde parmi les Alliés avec pour objectif de briser leur cohésion et, à terme, de faire éclater l’Alliance.
Malgré cette évolution inquiétante dans le face-à-face avec Moscou, l’OTAN ne dispose pas de stratégie globale vis-à-vis de la Russie.
Lors du sommet de Washington en 2024, les dirigeants alliés se sont donc donné pour mission « de formuler des recommandations sur l’approche stratégique de l’OTAN face à la Russie » (OTAN, 2024d). Au vu des défis posés aujourd’hui par la conjoncture sécuritaire et politique, la tâche s’annonce ardue. Comme le démontre clairement le présent rapport, il n’y aura pas de retour au statu quo ante : la Russie a mis le paysage sécuritaire européen de l’après-guerre froide en pièces, et l’Alliance doit à présent forger avec Moscou une autre relation, qui sera forcément plus axée sur la confrontation. La rapporteure soutient toutefois que, si un renforcement de la dissuasion et de la défense constitue à ce jour – alors que le conflit en Ukraine continue de faire rage – la seule option viable au regard de la Russie, l’OTAN pourrait, au nom de la sécurité des Alliés, inscrire à l’ordre du jour d’après-guerre certaines formes limitées de dialogue, par exemple dans le domaine de la maîtrise des armements.