Photos de la visite
Malgré la nouvelle agression perpétrée par la Russie sur le flanc Est de l’OTAN, les Alliés doivent rester attentifs à la situation sur le flanc Sud et faire face aux impérieux facteurs d’insécurité propres à la région méditerranéenne. C’est là le principal message à retenir des réflexions auxquelles se sont livrés les membres du Groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN lors de leur visite des 8 et 9 novembre dans la capitale grecque. La délégation de l’AP-OTAN, qui se composait de 24 parlementaires de 12 pays alliés, a été accueillie par Spilios Livanos, chef de la délégation de la Grèce auprès de l’AP-OTAN et vice-président de cette dernière. Les travaux se sont déroulés sous la présidence conjointe des vice-présidents du GSM Manoussos Konstantinos Voloudakis (Grèce) et Fernando Gutiérrez (Espagne).
Les mouvements migratoires de masse, l’instabilité politique, le sous-développement économique, les crises de gouvernance, les conflits et le changement climatique continuent à secouer divers pays du littoral méditerranéen et de l’ensemble de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MOAN). De surcroît, la nouvelle invasion de l’Ukraine par la Russie a aggravé les menaces qui pèsent sur la sécurité alimentaire et énergétique de cette même région et suscitent de fortes tensions économiques, sociales et politiques qui pourraient déclencher d’autres vagues migratoires en direction de l’Europe. Pour des Alliés tels que la Grèce, l’OTAN apparaît comme une poutre maîtresse de la sécurité dans ce paysage perturbé.
Le ministre de l’Immigration et de l’Asile, Notis Mitarakis, a déclaré à la délégation que l’instrumentalisation de la migration par le Bélarus aux frontières orientales de l’Europe, à l’automne 2021, a signalé l’apparition d’un défi d’un genre nouveau pour les Alliés. Depuis la crise des réfugiés syriens de 2015, la Grèce s’emploie activement à défendre les droits humains et à protéger des vies humaines en Méditerranée. Le ministre des affaires maritimes et de la politique insulaire, Iannis Plakiotakis, a souscrit à ces propos. M. Mitarakis a souligné que répondre à ce défi exigeait de la solidarité entre pays animés de motivations semblables et il a invité instamment les Alliés à contribuer à l’atténuation des causes profondes de la migration, à commencer par l’instabilité politique, la crise économique, la détérioration de l’environnement et l’insécurité. Il a aussi affirmé que les auteurs de contrebande de migrants et de traite d’êtres humains ne sauraient être autorisés de facto à choisir qui peut vivre en Europe : ce choix doit rester la prérogative souveraine des gouvernements européens.
Plusieurs intervenants ont condamné la guerre déclenchée illégalement par la Russie contre l’Ukraine et se sont prononcés pour le maintien d’une assistance militaire et humanitaire aux Ukrainiens. Le ministre de la défense nationale, Nikolaos Panayotopoulos, a expliqué que les forces armées ukrainiennes avaient besoin maintenant d’aide dans le secteur de la défense aérienne car, avec l’approche des rudes mois d’hiver, elles devaient s’attendre à des attaques de drones. La Grèce a promis de tenir et d’accroître ses engagements vis-à-vis de l’Alliance en dépit des sévères contraintes imposées à l’économie par la pandémie de Covid-19, la crise des chaînes d’approvisionnement et la flambée des prix des produits énergétiques. Le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis entend porter les dépenses de défense à 4 % du PNB, 45 % de ce pourcentage étant consacrés à la recherche-développement et à l’acquisition de nouveaux matériels.
Dimitrios Tsalemis, directeur général du département de l’énergie au ministère de l’Environnement et de l’Énergie, a indiqué que la Grèce avait fait de l’exploitation de nouvelles sources d’énergie l’une de ses priorités absolues. Déplorant la persistance de la Russie à user de l’énergie comme d’un instrument géopolitique, il a avancé l’idée qu’en raison de la guerre en Ukraine les Alliés devraient finalement cesser d’importer des produits énergétiques russes. La Grèce se prépare à cette éventualité et le port d’Alexandroupolis abritera un terminal flottant qui augmentera la capacité d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance de fournisseurs du monde entier. Des réserves de gaz récemment découvertes en Méditerranée orientale offriront à la région des solutions énergétiques supplémentaires, a ajouté M. Tsalemis.
Panayotis Tsakonas, professeur à l’Université nationale et capodistrienne d’Athènes, a fait observer que la Grèce était aux prises avec plusieurs litiges entre États et l’instabilité qui régnait dans la région méditerranéenne. Elle se trouve à la croisée de moins en moins sûre de trois continents et assume des responsabilités frontalières majeures dont les implications s’étendent à toute l’Europe.
Spécialistes et responsables grecs ont été unanimes à insister sur la nécessité de régler les différends par le dialogue et le droit international. Thanos Dakos, conseiller pour la sécurité nationale auprès du Premier ministre, a préconisé la mise en place de plates-formes de sécurité multilatérales dans la région de la Méditerranée afin d’améliorer le dialogue. Pour sa part, le ministre délégué aux affaires européennes, Miltiadis Varvitsiotis, a évoqué l’accord conclu il y a peu entre Israël et le Liban au sujet du tracé de la frontière maritime entre les deux pays. Il y voit une démarche particulièrement prometteuse qui devrait servir de point de départ à un mouvement de réconciliation et de construction de la sécurité dans cette partie du monde.
À Athènes, le GSM a élu Fernando Gutiérrez (Espagne) à sa présidence ; Zaida Cantera (Espagne) et Jean-Marie Fiévet (France) ont été élus vice-présidents et Theo Francken a été élu rapporteur. Le Groupe a également adopté le projet de rapport intitulé Problèmes migratoires communs : la communauté transatlantique et la région MOAN.