Mads Fuglede, chef de la délégation danoise auprès de l’AP-OTAN, évoque la contribution du Danemark à la lutte contre la pandémie et au renforcement de la préparation et des capacités de réaction des Alliés pour atténuer les difficultés actuelles et à venir.
4 questions posées à Mads Fuglede :
I. Les efforts déployés par les Alliés pour fournir des ressources et une aide humanitaire aux pays les plus durement touchés ont été essentiels pour aider les Alliés et les partenaires à faire face à cette crise sans précédent. Pourriez-vous nous dire comment le Danemark a utilisé les structures de l’OTAN pour aider les autres et comment le Danemark a bénéficié de l’aide d’autres Alliés pendant la crise ?
La coordination et la coopération au sein de la famille de l’OTAN n’ont jamais été aussi importantes qu’en ces temps de crise. Les derniers mois ont mis en évidence la valeur et le potentiel de nos mécanismes d’assistance communs, ainsi que la solidarité entre nos pays alliés. Le Danemark a prôné ouvertement une réponse globale aux crises, qui combine efficacement les instruments militaires, politiques et civils de gestion des crises. Cette approche requiert que l’on identifie et que l’on s’adapte aux efforts nationaux, bilatéraux et internationaux déjà déployés.
Le Danemark a contribué au système global de réponse aux crises de l’OTAN en réduisant les restrictions et les procédures administratives pour les voyages aériens du gouvernement afférents à la Covid-19. En outre, le Danemark a fait parvenir des fournitures médicales essentielles à des pays alliés dans un cadre bilatéral.
Grâce à l’Agence OTAN de soutien et d’acquisition (NSPA), des lunettes de protection, des thermomètres, des écrans faciaux et près de 200 000 masques ont été livrés au Danemark en avril. Ces fournitures sanitaires ont été essentielles pour garantir la réactivité du système de santé danois et, par conséquent, la santé de nos citoyens.
II. Quelles mesures supplémentaires l’OTAN et les forces armées alliées devraient-elles prendre pour accompagner la réponse nationale et internationale à la crise de la Covid-19 ?
La situation actuelle a mis en évidence les avantages comparatifs de l’OTAN pour assurer une forte coordination entre alliés ainsi qu’un accès aux infrastructures et aux réseaux logistiques essentiels. Le Centre euro-atlantique de coordination des réactions en cas de catastrophe (EADRCC) de l’OTAN s’est révélé essentiel non seulement pour coordonner les demandes de soutien et les offres d’assistance, mais aussi pour assurer un flux constant d’informations entre les pays alliés. En outre, divers mécanismes de transport aérien ont aidé les pays membres à contourner la lourde bureaucratie afin d’assurer un déploiement rapide des avions et, par conséquent, une réaction rapide au coronavirus.
En ce qui concerne l’avenir, il est important de n’abandonner ni cette coordination renforcée ni les flux de travail rationalisés qui ont été mis en place pendant la crise actuelle. Une deuxième vague de Covid-19, et potentiellement d’autres pandémies, pourraient se profiler à l’horizon. Nous devrions donc capitaliser sur nos acquis actuels en emmagasinant des connaissances et en maintenant l’assistance mutuelle – car cela nous permettra de renforcer notre réponse aux futures crises.
III. Les forces aériennes du Danemark, des États-Unis et d’autres Alliés ont démontré lors de récentes missions d’entraînement combinées en mer Baltique que les Alliés pouvaient (et devaient) garder leur niveau de préparation opérationnelle pendant la crise de la Covid-19. Comment les forces armées danoises veillent-elles à ce que la disponibilité opérationnelle ne soit pas entravée, et ont-elles déjà tiré des enseignements pour les futures situations d’urgence civile ?
Il est essentiel que la contribution danoise continue à participer à la sécurité de la région de la Baltique. Ceci est particulièrement important pour la contribution à la présence avancée renforcée (eFP) dans les pays baltes, afin de ne pas compromettre la santé publique ni la préparation opérationnelle de la mission. Pour répondre à ces deux préoccupations, la Défense danoise a pris un certain nombre de mesures en étroite collaboration avec les Alliés. Les soldats en attente de déploiement dans le cadre de l’eFP ont commencé leur mission par une quarantaine de deux semaines dans des installations militaires danoises sécurisées. Pendant cette période, les soldats ont subi une évaluation médicale individuelle avant leur déploiement. Lorsqu’ils sont déployés, les repas et les activités récréatives des soldats sont coordonnés afin d’éviter les attroupements et de maintenir une distanciation sociale.
L’entraînement a été temporairement restreint et s’est déroulé en petits groupes à l’intérieur et autour du camp danois de Tapa, en Estonie. Toutefois, ces restrictions n’ont pas compromis la préparation opérationnelle de la mission. Les installations d’entraînement et de tir couvrent une superficie totale de 12 000 hectares – presque le double du plus grand camp d’entraînement danois. Ces installations ont permis la poursuite d’une formation efficace avec nos collègues britanniques et estoniens, assurant que notre Alliance reste une force de dissuasion Alliance dans la région.
IV. Quel est le rôle des parlementaires dans cette crise ? Et quel rôle la diplomatie interparlementaire, y compris au sein de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, peut-elle jouer pour atténuer cette crise et préparer la prochaine crise ?
La crise actuelle a montré le rôle important que jouent les gouvernements nationaux dans la réaction aux situations d’urgence nationale. Cependant, aucun gouvernement ne peut ou ne devrait agir seul. Les parlements doivent participer à un dialogue et une collaboration constructive avec les gouvernements afin d’adopter une législation rapide et efficace pour répondre aux défis urgents auxquels nos communautés sont actuellement confrontées. Le Parlement danois a adopté plus de 20 projets de loi en réponse à la Covid-19 afin de garantir l’emploi, la sécurité et la santé publique de nos citoyens. Ces lois ont été adoptées en un temps record, soulignant l’engagement du Parlement à trouver des réponses rapides à une menace changeante et pernicieuse. En d’autres termes, un engagement parlementaire fort est essentiel pour garantir des solutions générales, durables et légitimes lors des périodes difficiles.
Comme nous le constatons tous, la crise actuelle est, à tous égards, sans précédent. Dans une telle situation, le partage des connaissances, des meilleures pratiques et des enseignements tirés devient d’autant plus important. L’Assemblée parlementaire de l’OTAN peut être une plate forme précieuse dans ce sens. La nécessité d’une coopération internationale en matière de sécurité, par exemple, n’a pas diminué tout au long de la crise du coronavirus, bien au contraire. Tandis que de nouvelles configurations de sécurité mondiale se développent dans une réalité post-pandémie, les pays alliés devraient collaborer encore plus étroitement pour surmonter et atténuer les difficultés qui nous attendent à l’avenir.
Mads Fuglede, chef de la délégation danoise auprès de l’AP-OTAN