COVID-19 : Entretien avec Njall Trausti Fridbertsson sur l'approche de l'Islande, les plans nationaux de réponse à la pandémie et la coordination internationale

03 juin 2020

Njall Trausti Fridbertsson, chef de la délégation islandaise auprès de l'AP-OTAN, partage ses vues sur les mesures concrètes visant à renforcer la coordination internationale, les mesures préventives de l'Islande pour contenir la pandémie, et comment un plan national de réponse à la pandémie efficace et basé sur des preuves peut aider à minimiser les effets de COVID-19 et à mieux se préparer aux crises futures.

4 questions posées à Njall Trausti Fridbertsson:

I.    Les Alliés se sont employés à fournir des ressources et de l’aide humanitaire aux pays les plus gravement touchés, apportant ainsi un soutien tout à fait déterminant aux membres et partenaires de l’OTAN confrontés à cette crise sans précédent. Pouvez-vous nous dire comment l’Islande a tiré parti des structures de l’OTAN pour aider les autres membres, et dans quelle mesure elle a pu bénéficier elle-même de l’aide d’autres Alliés au cours de la crise ? 

Même si l’Islande n’a pas eu besoin, dans le cadre de la crise de la Covid-19, de recourir aux structures de l’OTAN pour fournir ou recevoir quelconque assistance, nous nous réjouissons vraiment de l’efficacité avec laquelle les mécanismes existants de l’Organisation – le Centre euro-atlantique de coordination des réactions en cas de catastrophe (EADRCC), la solution internationale pour le transport aérien stratégique (SALIS) et l’agence OTAN de soutien et d’acquisition  (NSPA), entre autres – ont montré leur efficacité à l’appui des efforts menés par les Alliés et les partenaires gravement touchés par la pandémie. 

II.    Quelles mesures supplémentaires l’OTAN et les forces armées alliées devraient-elles prendre pour appuyer les réponses nationales et internationales à la crise de la Covid 19 ?  

Il est tout à fait essentiel, en temps de crise, que l’OTAN assure la continuité de ses opérations, autrement dit, que l’Alliance poursuive quoi qu’il arrive la réalisation de ses tâches essentielles – ce qu’elle est parvenue à faire depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Aujourd’hui, nous nous préparons à dresser le bilan des enseignements tirés de cette crise, de manière à être mieux préparés à la suivante. Le quotidien de l’OTAN, c’est la dissuasion et la défense, la gestion des crises ou encore la sécurité coopérative, et l’Alliance n’est pas censée intervenir en première ligne en cas de crise sanitaire. Il est important, en prévision d’une nouvelle situation de ce type, de mettre en place des mesures concrètes destinées à renforcer la coordination au niveau international en répartissant clairement les tâches et, notamment, de définir explicitement quel rôle l’OTAN doit jouer et dans quelle mesure elle doit intervenir à l’appui des mesures nationales prises en réponse aux crises.

III.    Chaque pays ayant dû gérer la crise de la Covid-19 dans un contexte qui lui est propre, pensez-vous que l’Islande a tiré des enseignements dont d’autres Alliés pourraient s’inspirer face à la pandémie actuelle et en prévision d’urgences sanitaires futures ? 

Chaque pays doit absolument disposer d’un plan de réaction à jour et le soumettre à des révisions périodiques en collaboration avec les institutions et les spécialistes clés. Il est donc important, dans le cas qui nous préoccupe, que chaque pays se dote d’un plan national de réaction aux pandémies. C’est ce dispositif qui, en Islande, a permis de déclarer le niveau d’alerte maximal en réponse à la pandémie de coronavirus. Les mesures prises dans ce contexte s’adressaient principalement aux institutions et entreprises clés présentes en Islande, auxquelles il était demandé de faire le nécessaire pour parer à la menace bien réelle que présentait la Covid-19.

S’agissant des enseignements que l’Islande a pu tirer au contact de ses Alliés, je dirais qu’il est extrêmement important, pour chaque pays, de réfléchir à des mesures visant clairement à garantir que les infrastructures indispensables, et notamment le système de santé, puissent résister aux contraintes qu’une telle maladie imposerait à nouveau dans le futur. Les autorités islandaises ont appliqué des mesures dont l’efficacité est avérée, qui reposent sur des éléments factuels et ont déjà fait leurs preuves dans le passé, comme la quarantaine à domicile (quarantaine volontaire), l’isolement des personnes contaminées, le diagnostic précoce des cas de contamination et une communication efficace de l’information au public. 
Il est très important, aussi, de s’engager envers la communauté, de publier l’information en plusieurs langues et de faire en sorte qu’elle soit accessible.  Les principales mesures prises par l’Islande :

•    Recensement, dès le début de la crise, des zones à haut risque
•    Quarantaine obligatoire pour tous les résidents revenant de l’étranger 
•    Dépistage à grande échelle de la Covid-19
•    Taux élevé de traçage des contaminations (plus de 95 % à ce jour)
•    Quarantaine obligatoire pour toute personne ayant été en contact avec des individus contaminés 
•    Grands rassemblements interdits (limités à 20 personnes, puis à 200 personnes depuis le 25 mai 2020)
•  Fermeture des lycées et des universités, ouverture partielle des écoles primaires et des classes de maternelle
•    Communication active avec le public, notamment au travers de points de presse quotidiens organisés par la direction de la santé et le Département de la protection civile et de la gestion des situations d’urgence.

Les mesures de prévention décrétées par les autorités afin de contenir le risque de propagation du virus de la Covid-19 dans le pays reflètent les spécificités de l’Islande. Comme l’Islande compte peu de points d’entrée et présente la densité de population la plus faible en Europe, nous avons pu procéder rapidement à l’identification des cas, mettre en place des canaux de communication et, le cas échéant, mettre en quarantaine les personnes touchées. Au 1er janvier 2020, l’Islande comptait 364 134 résidents. Depuis le 3 mars, 57 187 tests ont été réalisés et 20 103 résidents ont été placés en quarantaine. Le nombre d’infections confirmées s’élève à 1 802, et 57 % des personnes touchées étaient déjà en isolement au moment du diagnostic.  

À côté des mesures évoquées plus haut, la population a été encouragée à télécharger l’application de traçage « Rakning C-19 », qui permet d’analyser les déplacements individuels et de détecter les contacts éventuels avec des personnes contaminées ou les cas suspects. Une fois que le citoyen, préalablement informé, a donné son accord pour que ses données soient partagées, l’équipe de traçage des contacts peut utiliser ses données de localisation et dialoguer avec lui de manière à l’informer quant aux personnes et aux lieux susceptibles d’avoir été exposés au virus.   

IV.    Quel est le rôle joué par les parlementaires dans cette crise ? Et dans quelle mesure la diplomatie interparlementaire, notamment au sein de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, peut-elle contribuer à atténuer les effets de cette crise et à se préparer à la crise suivante ?

Il est important que les parlementaires appliquent les mesures de précaution dans leur environnement de travail et notamment, qu’ils prévoient de limiter les rassemblements sociaux et pratiquent la distanciation sociale. Il est essentiel par ailleurs que les personnes à risque, c’est-à-dire présentant des problèmes de santé sous-jacents et donc, vulnérables à la maladie, évitent au maximum de se rendre sur leur lieu de travail. Le recours à la visioconférence doit donc être envisagé lorsque les conditions le permettent. L’action parlementaire est particulièrement importante, comme on a pu le constater à différentes reprises. En effet, ces dernières semaines, le parlement a beaucoup travaillé sur diverses propositions de loi émanant du gouvernement.

Le plan de réaction à l’épidémie de Covid-19 à l’échelle du parlement a été activé le 5 mars dernier. Il est calqué sur le plan national de réponse aux pandémies et a pour objectif d’atténuer autant que possible les effets de la pandémie sur les activités de l’Althing [le parlement islandais] et son administration. Il doit aussi assurer une réponse organisée et coordonnée en cas de pandémie.

La responsabilité de la mise en œuvre de ce plan d’urgence revient au directeur de l’Althing, mais les décisions relatives à la programmation des réunions parlementaires, aux amendements ou au retrait d’une mesure en vigueur sont prises par le président de l’Althing en consultation avec la commission de la présidence et les présidents des partis siégeant au parlement.

Pour ce qui concerne l’avenir, il est important de se tenir prêts. Dès lors, je considère que pour gérer efficacement la crise en cours et d’autres pandémies à venir, les membres de l’OTAN devront synchroniser leurs mesures respectives – en termes de vigilance précoce, de mise en place de campagnes de test systématiques et de traçage numérique des personnes ayant été en contact avec des cas avérés.


Njall Trausti Fridbertsson, chef de la délégation de l’Islande auprès de l’OTAN 

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