Tbilissi, le 27 mai 2017 – À sa session de printemps, l’Assemblée parlementaire de l’OTAN a lancé un avertissement solennel aux gouvernements des pays de l’Alliance : l’aptitude de l’Alliance à parer aux menaces qui pèsent sur sa sécurité sera gravement compromise si des mesures ne sont pas prises d’urgence pour renverser la tendance à la baisse qu’accusent les dépenses de recherche-développement, une tendance qui érode l’avantage transatlantique dans le domaine des technologies militaires.
Dans un projet de rapport soumis à l’Assemblée, le membre du Congrès des États-Unis, Thomas Marino, écrit : « Si l’OTAN veut conserver sa crédibilité en tant qu’alliance, elle ne doit jamais laisser planer le moindre doute sur son aptitude à s’acquitter de ses trois missions fondamentales : défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative ».
« La recherche-développement militaire revêt une importance cruciale pour chacune des trois missions », peut-on lire dans ce même rapport. « Il est vital que l’Alliance puisse recourir à toute la gamme des capacités disponibles pour dissuader un éventuel agresseur et se protéger contre les menaces de toute nature ».
La session de Tbilissi a donné aux membres de l’Assemblée une première occasion de passer en revue les résultats du sommet que l’OTAN a tenu à Bruxelles jeudi dernier ; les participants à ce sommet ont souligné la nécessité de renforcer les capacités militaires grâce à un partage plus équitable des charges afférentes aux dépenses de défense. Plusieurs intervenants ont rappelé que, faute d’investissements suffisants dans la sécurité, l’engagement essentiel inscrit à l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord quant à l’assurance d’une défense mutuelle pourrait difficilement être tenu.
Pour la baronne Ramsay of Cartvale (Royaume-Uni), « il ne sert à rien de rugir comme un lion en invoquant l’article 5 quand on n’a pas de crocs. En l’occurrence, nous devons agir ensemble et ne pas toujours compter sur les États-Unis pour faire le gros du travail ».
Le rapport de M. Marino indique que les dépenses militaires des pays de l’Alliance appartenant à l’Agence européenne de défense ont chuté de 23,5 % entre 2006 et 2012. Parallèlement, les dépenses de recherche-développement de la Russie ont doublé entre 2012 et 2015, tandis que celles de la Chine devraient augmenter au même rythme que les dépenses militaires du pays, qui affichent une croissance de 150 % pour les dix dernières années.
D’autres rapports soulignent également combien il est urgent que l’Alliance s’adapte à une évolution technologique à grande vitesse qui introduit des modifications fondamentales dans le paysage sécuritaire.
Eu égard à la multiplication actuelle des menaces qui émanent de pays comme la Corée du Nord ou l’Iran, ou encore, d’entités non étatiques comme Daech, les parlementaires ont insisté sur la nécessité pour l’OTAN de disposer d’une défense efficace contre les missiles balistiques.
Ainsi, le sénateur canadien Joseph A. Day déclare dans son projet de rapport que « la prolifération des missiles balistiques pose un problème spécifique pour le territoire, les capacités et la population de l’OTAN, de même que pour les forces déployées par les pays membres. Un système de défense antimissile moderne, dynamique et doté de souplesse géographique peut empêcher un adversaire de glaner les avantages qu’il escompterait obtenir par l’application d’une stratégie offensive reposant sur l’emploi de missiles ».
Pour sa part, dans un projet de rapport examiné par la commission de la défense et de la sécurité de l’Assemblée, la députée britannique Madeleine Moon insiste sur l’importance croissante des capacités basées dans l’espace, tant pour le secteur civil que pour le secteur militaire.
Selon ce projet de rapport, « la coordination des systèmes basés dans l’espace joue un rôle vital pour toutes les composantes majeures du dispositif de défense de l’OTAN, puisqu’elle permet une gestion efficace des forces classiques – sur le territoire national comme à l’étranger –, des capacités de dissuasion nucléaire et d’une défense antimissile balistique évolutive ».
Mme Moon poursuit : « La perte de ces systèmes compromettrait sérieusement l’aptitude de n’importe quelles forces armées modernes à défendre les populations ou des moyens d’une importance vitale, certes, mais aussi à riposter rapidement et efficacement lors d’une crise ».
Enfin, le parlementaire slovène Matej Tonin a établi pour la Commission des sciences et des technologies un projet de rapport consacré au développement rapide de l’« internet des objets » (IdO), qui permet à des réseaux d’objets matériels de communiquer entre eux ou avec leur environnement extérieur et qui présente tout à la fois des avantages et des inconvénients sur le plan de la sécurité.
« A mesure que les forces armées mettront en œuvre des dispositifs et des applications IdO », précise l’auteur du rapport, « le nombre de points d’entrée susceptibles d’être exploités par des cyberattaquants ne pourra qu’augmenter. Les gouvernements doivent, par ailleurs, redoubler d’efforts dans le domaine de la cyberdéfense et de la cybersécurité, de même que dans celui de la protection des infrastructures vitales, compte tenu de la quantité croissante de dispositifs et de services IdO en cours de déploiement ».