Les parlementaires de l’OTAN s’enquièrent des enjeux stratégiques, économiques et énergétiques essentiels des Émirats arabes unis

Aux yeux de leurs dirigeants et de nombreux experts, les Émirats arabes unis (EAU) sont devenus en quelque sorte un modèle pour le reste de la région. À la fois modérés et tolérants, les EAU ont établi un cadre fiable pour l’investissement et le développement du secteur privé ; ils ont instauré un partenariat important avec l’OTAN, et leur économie, très dynamique, se diversifie rapidement si bien qu’elle s’affranchit progressivement des exportations d’énergie.

Telle est l’idée centrale que se sont faite 32 parlementaires de 15 pays membres de l’OTAN, au cours d’une visite à Abou Dabi du 9 au 12 janvier 2018. Des membres de la sous-commission sur les tendances technologiques et la sécurité ainsi que du Groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN ont rencontré diplomates, représentants du gouvernement et universitaires, afin de s’entretenir dans les grandes lignes de la situation géopolitique dans le Golfe et des politiques économique, étrangère et de défense des EAU. Ils ont aussi pris part à une réunion conjointe du Conseil national fédéral (CNF) des Émirats arabes unis et de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), de même qu’au troisième forum annuel des législateurs de l’IRENA. Le secrétariat de l’IRENA se trouve à Abou Dabi. Cette visite a été rendue possible par le CNF, l’ambassade du Danemark (ambassade point de contact de l’OTAN dans les EAU) et son ambassadrice, Mme Merete Juhl.

Le pays considère que deux menaces prédominantes vont à l’encontre de ses objectifs : l’extrémisme et l’Iran. Ces derniers sont perçus par les EAU comme de graves menaces à leur projet national ainsi qu’à leur ambition de contribuer aux priorités mondiales, et les Émirats arabes unis se sentent tenus de répondre directement à ces défis.

Les EAU estiment qu’ils sont encerclés par l’Iran et ses alliés au Liban, en Syrie, en Iraq et au Yémen. Ils ont investi, et dans certains cas ont déployé leurs forces militaires, en vue de réduire ou de gérer cette menace. Leur implication dans le conflit au Yémen, par exemple, s’explique en grande partie par leurs vives préoccupations concernant l’Iran et par le risque que l’espace non gouverné soit comblé par des groupes extrémistes comme al-Qaida et Daech*. Enfin, à l’instar de l’Arabie saoudite, les EAU ont dans l’ensemble appuyé haut et fort la « non-certification » par le président Trump des engagements de Téhéran dans le cadre du Plan d’action conjoint (Joint Comprehensive Plan of Action, JCPOA), lequel vise à faire obstacle à la mise au point d’armes nucléaires en Iran. Les autorités émiraties ont déclaré à la délégation que le JCPOA avait donné des moyens d’agir à Téhéran et nourri ses ambitions stratégiques.

Un historien de l’Université de New York à Abou Dabi a indiqué aux délégués qu’une réorientation générationnelle était en cours dans le Golfe. Cette mutation tout comme les signaux contradictoires de Washington ont influé sur la guerre au Yémen et sur la crise qui affecte actuellement les relations entre le Qatar et les autres monarchies du Golfe. Ces deux situations ne se sont pas déroulées comme on l’avait prévu et déstabilisent en conséquence la région, a fait valoir l’intervenant.

Les dirigeants des EAU s’efforcent d’inculquer un système de valeurs fondé sur l’idée que leur pays a un rôle particulier à jouer et que cela implique nécessairement des sacrifices. Les Émirats arabes unis, qui ont subi de lourdes pertes dans le cadre du conflit yéménite, ne cherchent pas à dissimuler le nombre de victimes décédées. Il leur est au contraire rendu hommage lors du jour des Martyrs.

Sur le front énergétique, les EAU diversifient leurs propres approvisionnements malgré leurs richesses pétrolières considérables. Une grande centrale nucléaire actuellement en construction couvrira 25 % des besoins en électricité du pays. Les EAU ont par ailleurs massivement investi dans l’énergie solaire et abritent le secrétariat de l’IRENA, dont ils appuient sans réserve le programme visant à promouvoir le développement des énergies renouvelables. Bien qu’ils soient de grands exportateurs de pétrole, ils n’en prennent pas moins très au sérieux l’agenda climatique mondial et ont effectué d’importants investissements pour « décarboniser » l’économie. Amal Al Qubaisi, présidente du Conseil national fédéral, a indiqué à la délégation que son pays se préparait au jour où ses réserves pétrolières seraient épuisées - un jour que l’intervenante ne déplorera pas mais célébrera. Les autorités émiraties ont consenti d’énormes efforts pour que leur budget dépende moins des exportations énergétiques.

Amal Al Qubaisi a aussi évoqué l’émancipation des femmes dans la société émirienne. Elle a fait observer que les femmes jouent un rôle prépondérant au sein du gouvernement et dans les entreprises, qu’un tiers des ministères du pays sont dirigés par des femmes et que leur participation aux prises de décision est essentielle, puisqu’aucune société ne peut voler d’une seule aile.

La délégation s’est également rendue au Centre pour la cybersécurité, sur le campus de l’Université de New York à Abou Dabi. Hoda Al Khazemi, directeur du Centre, a présenté le programme de recherche interdisciplinaire, les membres du personnel (multinational) ainsi que le travail qu’il effectue avec le secteur privé, les gouvernements et un réseau d’universités pour développer de nouvelles technologies et de nouvelles pratiques au service de la cybersécurité et les diffuser largement. Le Centre travaille actuellement sur la criminalistique, la sécurité matérielle, les villes et les réseaux intelligents, le renseignement sur les menaces et l’analyse des réseaux, le cyberterrorisme, la cyberdéfense conceptuelle, la sûreté des transports, la cryptologie et la prolifération de fausses nouvelles. Il s’emploie en outre à définir ce que l’on pourrait entendre par cyberpaix (cyber peace) et à préciser les conditions dans lesquelles les pays pourraient convenir de ne pas lancer de cyberattaques.