Première visite virtuelle en Allemagne pour la commission des sciences et des technologies de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN

06 avril 2021

L’OTAN est bien préparée pour intervenir en cas d’attaque aux armes de destruction massive, y compris à l’arme biologique. Cependant, les progrès rapides dans le domaine des sciences de la vie posent de nouveaux défis à nos sociétés. C’est ce qu’a pu apprendre une délégation de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN) lors de sa toute première visite virtuelle en Allemagne le 31 mars 2021. Lors de cette visite, le domaine spatial a également été abordé.

Menée par Philippe Michel-Kleisbauer (France), président de la sous-commission sur les tendances technologiques et la sécurité, la délégation comptait 31 parlementaires issus de 20 pays membres de l’OTAN et associés.

Roman Wölfel, directeur de l’Institut de microbiologie de la Bundeswehr, et Michèle Gemünden, chercheuse principale au centre des études en sécurité de l’ETH de Zurich, ont fait un état des lieux détaillé du domaine de la biodéfense et des défis posés par la rapidité des avancées technologiques réalisées dans le domaine de la biotechnologie.

L’OTAN a renforcé ses capacités de biodéfense après la flambée du virus Ebola en Afrique de l’Ouest. C’est à ce moment-là que de nombreux pays membres de l’OTAN ont réalisé l’importance de ces compétences à la fois pour leur propre sécurité mais aussi en soutien à d’autres nations. Ainsi, les États membres de l’OTAN ont développé un nouveau concept opératoire pour les missions de l’OTAN en cas d’irruption d’une maladie infectieuse.

La délégation a été informée de l’importance cruciale du partage de connaissances et de soutien entre les pays. Le secteur de la biodéfense se caractérise par son important réseau d’institutions nationales militaires et civiles. Les capacités de recherche médicale militaire sont essentielles aux efforts nationaux de biodéfense, entre autres, car elles permettent de mener une surveillance continue des menaces biologiques. Cependant, malgré l’état satisfaisant de la collaboration, de la coopération et des échanges au sein de l’OTAN au sujet des maladies infectieuses, le partage de connaissances entre la recherche militaire et la recherche civile gagnerait à être renforcé afin d’éviter les redondances.

Le domaine des sciences de la vie progresse à toute vitesse grâce aux apports venus d’autres disciplines et aux nouvelles technologies. Malgré les avantages qu’elles apportent à la société, chaque nouvelle découverte dans ce domaine a le potentiel d’être utilisée à mauvais escient. Cette « dualité » est au cœur même du dilemme relatif au progrès dans les sciences de la vie. Il est urgent de former les scientifiques, en particulier les étudiants dans ce domaine, à la dualité potentielle de l’utilisation de leurs recherches. Il existe également des implications de biosécurité, le risque étant l’accès à des armes biologiques par des acteurs étatiques. Cela pose un défi en matière de maîtrise des armements, notamment à cause de l’absence d’un régime de vérification dans la Convention sur les armes biologiques. La délégation a été informée que le risque d’attaque terroriste à l’arme biologique était plus faible compte tenu de la complexité de la production de pathogènes par rapport à celle d’explosifs.

La délégation a également été briefée sur les opportunités et les défis liés au domaine spatial. Andrea Rotter, présidente de la division des affaires étrangères et sécuritaires à la Fondation Hanns Seidel, a informé la sous-commission du risque sérieux d’un prochain conflit dans l’espace. L’espace est devenu indispensable tant pour les applications civiles que militaires. « L’espace est un facilitateur indispensable des missions et des opérations », a-t-elle affirmé. « L’espace possède désormais une importance stratégique pour les États en tant qu’outil de démonstration de force et que terrain de futurs conflits, » a-t-elle fait remarquer. Toutefois, malgré les avantages indéniables qu’offrent les capacités spatiales lors d’opérations et de missions, une telle dépendance représente également l’une des plus grandes vulnérabilités des forces armées modernes.

En adoptant une politique spatiale et en reconnaissant l’espace comme milieu d’opérations en 2019, l’OTAN a commencé à rendre compte de l’importance croissante de l’espace. Cependant, l’Alliance doit aller plus loin en façonnant une conception commune des menaces liées au domaine spatial. La situation est d’autant plus critique que « presque tous les États membres utilisent l’espace, mais très peu d’entre eux sont des puissances spatiales », a expliqué Mme Rotter, avant d’ajouter que l’OTAN ne disposait pas de ses propres capacités spatiales et dépendait du bon vouloir des Alliés les mieux équipés dans ce domaine. À terme, l’OTAN devrait développer une doctrine spatiale globale qui, pour des raisons de transparence et de dissuasion, devrait être publiée sous forme de politique déclaratoire. 

D’autre part, il a été conseillé à l’Alliance et à ses membres de réfléchir et de poursuivre, avec les gouvernements qui partagent sa vision, des normes internationales définissant un comportement dans l’espace responsable afin de prévenir la militarisation de l’espace. Cela est particulièrement important car le Traité sur l'espace extra-atmosphérique de 1967 ne suffit plus pour gérer des enjeux de sécurité liés à une concurrence géopolitique croissante pour la domination de l’espace.

Matthias Wachter, directeur du service Sécurité, matières premières et espace de la Fédération allemande de l’industrie (BDI), a souligné l’importance cruciale des équipements spatiaux pour la société, étant donné la dépendance des économies nationales et internationale à ceux-ci. Ces dernières années, la commercialisation et la miniaturisation n’ont fait qu’accroître leur importance. En conséquence, « l’espace devient aussi de plus en plus encombré », affirme M. Wachter. Il a remarqué que sur les 5 000 satellites envoyés en orbite au cours des soixante dernières années, environ 3 000 étaient encore en fonctionnement. Parallèlement, a-t-il ajouté, 10 000 nouveaux satellites devraient être envoyés en orbite d’ici 2028. Le marché international de l’espace représente aujourd’hui environ 260 milliards de dollars, chiffre qui devrait être multiplié par 10 d’ici 2040. Avec la baisse des coûts, de nouveaux acteurs devraient émerger, ce qui entraînera un avantage économique mais aussi de nouveaux défis militaires et stratégiques. Un nombre croissant de pays et d’acteurs non-gouvernementaux seront capables de mettre des satellites en orbite, y compris à des fins militaires.

« Avec un plus grand nombre d’acteurs et de satellites dans l’espace, il existe un plus grand risque de confusion, de conflit ou de collisions accidentelles », selon Mme Rotter. M. Wachter a souligné l’urgence de trouver une solution respectée par tous. Malheureusement, « chacun cherche à défendre ses propres intérêts, il n’y a aucune limite ni aucune restriction », a-t-il déploré. Mme Rotter a ajouté que la croissance de l’activité spatiale et du nombre d’acteurs impliqués complique la situation. Le cadre juridique actuel de l’espace est obsolète, et ce, alors que plusieurs ensembles de législations nationales se réservent le droit d’exploiter des matières premières. « La coopération internationale est nécessaire, même sur les activités privées », a insisté Mme Rotter. La commission a également évoqué les dangers que représentent les débris spatiaux, une question importante à approfondir dans les plus brefs délais.

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